Cinquante ans après, Aubervilliers a toujours Charonne au cœur

lundi 13 février 2012

La Section d’Aubervilliers du PCF a organisé mercredi 8 février 2012 à 11h 30 un hommage à Suzanne Martorell assassinée au métro Charonne il y a exactement cinquante ans.

Cet hommage s’est déroulé devant l’immeuble dans lequel elle habitait, cité Robespierre. Après le dépôt d’une gerbe de fleurs rouges et l’écoute de la chanson de Lény Escudéro consacrée à Charonne, Pascal Beaudet, conseiller général et ancien maire, a prononcé l’allocution suivante :

« Nous nous retrouvons aujourd’hui, date du cinquantième anniversaire du massacre de Charonne, devant ce qui fut le domicile de notre camarade Suzanne Martorell.

Ce rendez-vous d’histoire et de mémoire a depuis 1963 toujours été honoré en ce lieu haut de symboles, car ce fut ici que Suzanne vécu, milita et partit pour la manifestation du 8 février 1962.

Le maire ayant, cette année, décidé de transférer l’hommage à Suzanne Martorell dans un autre lieu, situé 7 boulevard Edouard Vaillant, où le nom de Suzanne a été donné à un équipement municipal, la section d’Aubervilliers du Parti communiste a décidé de continuer la tradition.

En effet, alors que la commémoration du 50e anniversaire du massacre de Charonne donne lieu à des initiatives d’ampleur et notamment à la manifestation parisienne qui se déroule de la Station de métro où fut perpétré le crime d’Etat jusqu’au cimetière du Père-Lachaise, il nous est apparu très important que l’hommage à Suzanne soit rendu ici, dans la cité où elle vécut.
L’invitation adressée indique que la commémoration de ce jour s’inscrit dans le cadre des cérémonies du cinquantenaire de la guerre d’Algérie et de l’indépendance du peuple Algérien mais nous ne devons pas oublier que la manifestation du 8 février, si elle portait l’exigence de la fin de la guerre et du droit du peuple algérien à l’indépendance, était aussi dirigée contre les actions terroristes de l’OAS. Cela confère au massacre de Charonne une signification particulière : ce fut un acte de guerre civile commis contre le peuple progressiste.

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Prenons garde à ne pas laisser édulcorer la signification profonde de Charonne. Tout est en effet désormais possible dans le domaine de la révision de l’histoire. Le président de la République s’est monté très actif en ce domaine et il y a quelques semaines, il s’est engagé dans une nouvelle opération douteuse en déclarant souhaiter abolir les commémorations singulières pour fusionner en une seule l’hommage aux victimes de toutes les guerres. Cette intention représente un vrai scandale à l’égard de l’histoire, aucune guerre n’étant comparable : les partisans morts au combat au cours des années noires n’ont que très peu à voir avec les morts des guerres coloniales.
S’agissant de la guerre d’Algérie, nous nous devons de nous montrer particulièrement vigilants car des signes inquiétants se manifestent. Ainsi le Président de la République vient de remettre le 28 novembre 2011 la Grande croix de la Légion d’honneur au général Hélie Denoix de Saint-Marc qui, répudiant son engagement résistant antérieur, participa au putsch des généraux d’avril 1961.

Dans tout le sud-est de la France les nostalgiques de l’Algérie française s’agitent, tentent d’élever des stèles en l’honneur des tueurs fascistes de l’OAS et reçoivent, ce n’est guère surprenant, le soutien d’une candidate à l’élection présidentielle dont le père joua le rôle sinistre que l’on sait au cours de la guerre d’Algérie.

On le voit, la guerre d’Algérie reste un objet historique particulièrement brûlant et c’est pourquoi nous devons accorder une très grande importance à la, manière dont on en parle.

Bien sûr le temps s’écoulant, la mémoire vive de l’événement s’affaiblit. Les commémorations peuvent perdre de leur substance, devenir de simples moments institutionnels. Cela est, d’une certaine manière inévitable si on laisse faire. Mais le contraire est possible si se manifeste une volonté politique, non point une volonté politique de courte vue ou bien des intentions récupératrices ou ambiguës, mais une volonté politique d’expliquer aux générations nouvelles (mais aussi de rappeler aux générations plus anciennes) ce qui conduisit des citoyens d’Aubervilliers à rencontrer la tragédie.

C’est pour cela que nous ne laisserons pas s’installer l’oubli où le détournement. C’est pour cela que nous célébrerons la mémoire de nos martyrs. C’est pour cela que nous célébrons aujourd’hui le sacrifice de Suzanne Martorell, notre camarade. »

Une deuxième cérémonie s’est déroulée, à l’initiative de la municipalité cette fois, dans la cour de la résidence sociale située 7, boulevard Edouard Vaillant. Un certain nombre de communistes y a participé, d’autres ont rejoint le rassemblement parisien à Charonne et la manifestation qui suivait jusqu’au cimetière du Père-Lachaise.

Après que des gerbes de la municipalité et du groupe communiste aient été déposées, un hommage à été rendu à Suzanne Martorell dans le petit local dit « d’activités » de la résidence en présence d’une des filles et d’une petite fille de Suzanne. Le consul d’Algérie a salué le combat de Suzanne et Jacques Salvator a lu quelques extraits de témoignages sur le massacre. Au nom du parti communiste André Narritsens a repris l’essentiel des propos de Pascal Beaudet en insistant sur le fait « qu’il convenait en ce cinquantième anniversaire de continuer à affirmer le souvenir de Charonne dans un espace public consacré à ce geste depuis cinquante ans. »

Souhaitons que ce souhait sera entendu et que les conditions dans lesquelles l’hommage municipal à Suzanne Martorell a été rendu en 2012 ne se perpétuent pas.

2 Messages

  • L’offense faite à Suzanne Le 14 février 2012 à 14:22, par Annie

    J’ai été outrée de la désinvolture avec laquelle le maire a décidé de modifier le lieu de l’hommage à Suzanne Martorell.

    Il s’agit bien dans cette affaire de soustraire à l’espace public l’hommage à une victime de la répression policière gaulliste.

    De plus une gerbe municipale a été balancée (par le fleuriste ?) au pied de la plaque apposée sur la façade de l’ancien domicile de Suzanne.

    Il y a vraiment de quoi être en colère.

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  • Parenthèse ? Le 15 février 2012 à 08:30, par Jo

    J’ai cru comprendre dans les quelques mots prononcés par le maire suite à l’intervention d’André Narritsens que le lieu d’hommage à Mme Martorell reviendrait l’an prochain devant le domicile.

    Je ne suis pas très sûre d’avoir bien compris, les propos du maire ne se caractérisant pas par une grande clarté.

    Peut-on éclairer cela ?

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