Jack Ralite est nommé citoyen d’Honneur de la Palestine

"Je disais souvent « là-bas c’est ici ». Maintenant c’est réalisé."

Allocution de Jack Ralite

mardi 26 février 2013

Je ne sais comment dire, Monsieur l’Ambassadeur, ma vive et profonde émotion quand j’ai appris que vous me remettiez le titre si beau de citoyen d’honneur de la Palestine.

Jamais je n’aurais osé penser à cela et pourtant quand j’ai reçu votre lettre, Monsieur l’Ambassadeur, quelque chose de très doux, de très grand s’est emparé de moi.

Je disais souvent « là-bas c’est ici ». Maintenant c’est réalisé. Je suis mêlé intimement à la Palestine. A éclaté en moi un vrai bonheur.

Depuis très longtemps j’étais habité par un élan vers votre pays où vit un peuple extrêmement courageux qui malgré la cruelle adversité, la violence mortelle de la guerre, les odieuses colonisations, a toujours gardé son pouvoir d’agir au point de se trouver souvent une tête au-dessus de lui-même.

Pour les Palestiniens, désespoir n’est pas un mot politique. Le peuple palestinien est un souffleur de conscience, avec lequel sur toute sa géographie légitime j’ai une complicité, une « alliance mystérieuse » dirait Maupassant. J’ai un compagnonnage humain avec vous qui ne s’est jamais engourdi. J’ai le plaisir d’une amitié rare avec Leila Shahid et Elias Sanbar.

Dans notre temps qui sent le moisi, la luciole palestinienne brille toujours. Vous gardez un geyser de vie et d’histoire pour quiconque a l’oreille fine et écoute éperdument comme je l’ai fait à Beit Jala, ville jumelée avec Aubervilliers, aux camps martyrs de Sabra et Chatilla et en lisant votre immense poète Mahmoud Darwich que j’ai suivi jusqu’à son grand départ douloureux. Je me souviendrai toujours du geste d’au-revoir qu’il nous fit à Arles.

Je lisais aussi notre immense poète Aragon, surtout son merveilleux « Fou d’Elsa », authentique chant d’amour pour la culture arabe et sa rencontre avec la nôtre, au sortir de la guerre d’Algérie. Aragon écrit : « Combien de nous sont les mulets des deux croyances ».

Une phrase de Mahmoud aussi, voulez vous ? :

« J’inscris le National dans l’Universel pour que la Palestine ne se limite pas à la Palestine mais qu’elle fonde sa légitimité esthétique dans un espace humain plus vaste ».

Il reste que la Palestine est scandaleusement abandonnée, oubliée. Certes elle a gagné en visibilité puisqu’elle est devenue l’an passé membre de l’UNESCO, il y a peu de temps Etat observateur à l’ONU. La France a bien fait de s’associer à cette reconnaissance et de combattre les djihadistes au Mali. Le site de Bethleem a été aussi inscrit au patrimoine de l’Humanité. Mais au niveau israélien, il y a un blocage qui nie la possibilité de l’indépendance de la Palestine.

Le Président Obama n’a malheureusement rien fait dans son premier mandat et commence celui-ci en continuant de ne rien faire. On pourrait même ajouter en ne facilitant pas ceux qui sembleraient vouloir faire.

Tout cela est d’une très grande tristesse à laquelle vous me permettrez, c’est un impératif moral, d’ajouter celle de ce qu’il faut bien appeler le grand abandon du peuple syrien qu’un bourreau continue au jour le jour d’assassiner.

J’ai refusé 4 fois la légion d’honneur n’aimant pas porter mes sentiments à la boutonnière.

La citoyenneté d’honneur de la Palestine que j’accroche à mon cœur est une invitation impérative et éthique à utiliser notre pouvoir d’agir pour répondre au profond désir de Mahmoud Darwich disant : « Nous pouvons inverser la fatalité du gouffre » et « Nous serons un peuple si nous le voulons ». C’est aussi une ardente obligation pour les pays européens.

Le 22 février 2013

Répondre à cet article