Que nous dit le recensement de 2007 sur la situation d’Aubervilliers ? (3e partie)

Revenus et minima sociaux à Aubervilliers

mercredi 24 novembre 2010

Après avoir dégagé des statistiques concernant Aubervilliers des images issues des données population/logement et emploi/qualification tentons une approche à partir des éléments disponibles dans les domaines des revenus et des minima sociaux.

NdMT : Cet article fait suite à Évolution de la démographie à Aubervilliers et Emplois et qualifications à Aubervilliers, du même auteur.

Il est possible d’approcher la réalité des revenus au travers des statistiques fiscales concernant l’impôt sur le revenu.

Il convient tout d’abord d’observer, ainsi que l’établit le Tableau 1, que 95% des revenus perçus à Aubervilliers proviennent des salaires et pensions

Tableau 1 – Structure des revenus déclarés en 2007
Revenus salariaux 76 ,0%
Pensions, retraites et rentes 19,0%
Revenus des professions non salariées 2,1%
Autres revenus 2,9%

La deuxième observation concerne le nombre de foyers fiscaux [1] imposables ou non imposables à l’impôt sur le revenu ainsi que le niveau de revenu moyen par foyer.

Tableau 2 – Imposables, non imposables et revenu moyen par foyer en 2001 et 2006
Nombre (2001) Revenu mensuel moyen par foyer en 2001 Nombre (2006) Revenu mensuel moyen par foyer en 2006
Imposables 14 775 (40%) 1 508 € 15 126 (38,50%) 1 568€
Non imposables 22 339 (60%) 465 € 24 156 (61,50%) 488€
Total 37 114 (100%) 39 282

Afin de bien apprécier les chiffres ci-dessus il convient de rappeler qu’en 1988 près de 7 foyers fiscaux sur 10 acquittaient l’impôt sur le revenu. En 2006 ils sont moins de 4 sur dix et la part des non imposable est en progression : en 1999, 57,7% des foyers fiscaux n’acquittaient pas l’impôt sur le revenu ; en 2006 le % s’élève à 61,50%.

Une statistique est disponible pour 2008 qui établit la médiane des revenus déclarés par unité de consommation [2] en 2008 à 10 799 euros (soit 900€ par mois). Autrement dit la moitié des unités de consommation gagne moins et l’autre moitié gagne plus que cette somme.

L’échelle des revenus varie de 1 à 10.

Si l’on poursuit le raisonnement en termes d’unité de consommation, 10% gagnent à peine plus de 200 euros par mois alors que les 10% qui gagnent le plus perçoivent 2 124 euros par mois.

Autrement dit, le plus pauvre des célibataires a un revenu de 200 euros mensuels et le plus riche un revenu de 2 124 euros mensuels (ce qui n’en fait pas un riche).

Les données fiscales ne révèlent qu’une partie des ressources disponibles - il existe en effet d’autres formes de revenus plus ou moins socialisés (chèques restaurants, prestations des comités d’entreprise, allocations diverses) – mais elles indiquent la très grande faiblesse des revenus dont dispose la population d’Aubervilliers.

Il est difficile de bien mesurer le nombre d’habitants percevant les différentes sortes d’allocations sociales minimales. Nous disposons cependant des statistiques concernant le RMI rassemblées dans le Tableau 3.

Tableau 3 – Nombre d’allocataires du RMI (1990-2006)
1990* 1999 2006
794 2 919 4 043**

*Le RMI a été créé en 1989.
**La CAF verse en sus du RMI des minima sociaux à 1 257 personnes.

Bien qu’assez sommaire, les données présentée ci-dessus attestent d’une situation massive difficile, voire très difficile. De plus, la relative ancienneté des chiffres masque sans doute des dégradations nouvelles liées à l’aggravation de la crise.
La question est plus que jamais posée à Aubervilliers de sortir de la spirale très lourde de l’enfoncement social.

André Narritsens

À lire ensuite : "Oui, Aubervilliers s’est enracinée dans la pauvreté."

Notes

[1On entend par foyer fiscal l’unité économique imposable qui représente grosso modo « la famille ». Un foyer fiscal peut varier de une personne (célibataire, veuf/veuve) à X personnes (couple + enfants). Le notion de revenu moyen par foyer fiscal est donc à interpréter avec nuances.

[2Le système statistique de l’unité de consommation attribue un coefficient à chaque membre du ménage afin de permettre la comparaison des niveaux de vie de ménages de taille ou de composition différente. Le premier adulte du ménage vaut 1, les autres personnes de plus de 14 ans valent chacune 0,5, les moins de 14 ans valent 0,3. Ainsi un couple avec deux enfants (15 et 7 ans) vaut : 1+0,5+0,5+03 = 2,3 unités de consommation. Pour cette famille la médiane s’établit à : 900€ x 2,3 = 2 070 €/mois.

4 Messages

  • Que nous dit le recensement de 2007 sur la situation d’Aubervilliers ? (3e partie) Le 27 novembre 2010 à 13:18, par Arrêtons l’assistanat des riches en taxant les revenus financiers

    2,9% des revenus des habitants d’Aubervilliers contre 30% pour la France proviennent du capital. C’est à dire de placements financiers. C’est pas forcément plus immoral de vivre de l’aide sociale que du capital, vous croyez pas ? Et pour l’instant, si assistanat il y a, c’est plus en faveur de ceux dont les revenus du capital sont protégés par les niches fiscales et le bouclier fiscal

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  • Revenus et minima sociaux à Aubervilliers Le 28 novembre 2010 à 12:17, par franc

    bonjour, il y a une erreur dans la note 2 :

    "Le système statistique de l’unité de consommation attribue un coefficient à chaque membre du ménage afin de permettre la comparaison des niveaux de vie de ménages de taille ou de composition différente. Le premier adulte du ménage vaut 1, les autres personnes de moins de [ non, c’est de plus de ] de 14 ans valent chacune 0,5, les moins de 14 ans valent 0,3. Ainsi un couple avec deux enfants (15 et 7 ans) vaut : 1+0,5+0,5+03 = 2,3 unités de consommation. Pour cette famille la médiane s’établit à : 900€ x 2,3 = 2 070 €/mois."

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  • Correction faite Le 28 novembre 2010 à 14:25, par Denis Raffin, maitre toilier

    Effectivement ! Merci pour votre vigilance.

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  • Revenus et minima sociaux à Aubervilliers Le 30 novembre 2010 à 21:37, par franc

    ... De rien, l’erreur était presque juste et (presque) marginale.

    Plus au fond, les résultats de l’Insee sont certes des catastrophes absolues. Et aggravées chaque année.
    Ces ruptures sociales abyssales et (à mon sens) irréparables pour longtemps posent aussi la question des volontés politiques qui ont construit cette situation.
    L’entassement des pauvres avec les plus pauvres encore, dans des conditions de vie pesant sur tout : éducation, travail, formation... a constitué un territoire de relégation dé-régulé, a-normal où la survie de beaucoup passe par la charité (resto du cœur), par les minima sociaux, par la débrouille, l’économie parallèle...
    Je ne jette la pierre à personne : il faut bien survivre. Et dans un ghetto – osons le mot – ce n’est pas facile pour la plupart des gens.

    Reste que pour une bonne partie de la population qui ne connaît pas le 93, nous sommes bientôt une population à contenir, à mater.

    Au-delà des chiffres il serait intéressant de solliciter la parole à quelques spécialistes sur ce qui est construit ainsi dans nombre de banlieue, de lieux mis au ban (bannis). AC Le feu et autres auraient peut-être des choses à dire sur ce site.

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