Que nous dit le recensement de 2007 sur la situation d’Aubervilliers ? (dernière partie)

"Oui, Aubervilliers s’est enracinée dans la pauvreté."

samedi 27 novembre 2010

Nous avons essayé, au travers des trois modestes études publiées [1], d’appréhender quelques unes des réalités qui structurent profondément la situation d’Aubervilliers.

Il conviendrait de compléter ces éléments par d’autres qui toucheraient notamment l’économie, les modes de vie et bien d’autres aspects encore. L’Observatoire de la société locale a accumulé, au fil des années beaucoup de matériaux et le temps est peut être venu de réaliser une étude portant sur une longue période. Ce document serait très précieux pour y voir clair concernant aujourd’hui et pour travailler à l’avenir.

Il est vrai, et je m’en suis fait sans doute le traducteur, qu’un paysage assez noir se dégage des chiffres. Ceux-ci nous disent de lourdes réalités que l’on ne détournera pas de longtemps. Oui, Aubervilliers s’est enracinée dans la pauvreté et des mécanismes de reproduction de celle-ci sont installés.

Des comportements institutionnels les favorisent aujourd’hui (je pense notamment aux politiques d’attribution de logements sociaux) et peuvent conduire à très court terme à des situations inextricables. Certaines sont déjà là.

Lorsque j’ai évoqué la question de la croissance de la population, j’ai omis de souligner un facteur très important : le différentiel annuel entre les naissances et les décès est d’environ 1 000 unités. Autrement dit le potentiel de croissance de la population à partir de la démographie propre à la ville est de 10 000 unités en dix ans. Bien sûr l’évolution de la population ne se produit pas ainsi : il y a des entrées et des sorties (en 2007 près du quart des habitants déclare vivre à Aubervilliers depuis moins de cinq ans). Mais le différentiel démographique est si fort qu’il est un facteur déterminant de la poussée que l’on observe.
Autrement dit nous avons une poussée démographique qui se construit sur les bases de difficultés voire de pauvreté qui ont été mise en évidence.

Un autre facteur doit être souligné qui concerne l’emploi. Aubervilliers dispose d’une offre d’emplois assez importante (26 200 en 2008). S’agissant du secteur privé, ces emplois relèvent essentiellement du secteur du commerce, des transports et des services et se situent dans de très petites entreprises (5 804 des 6 231 entreprises existantes emploient moins de 10 salariés). Or ces emplois sont occupés à hauteur de 75% par des salariés habitant une autre ville et depuis 1990 le nombre d’albertivillariens travaillant à Aubervilliers a chuté d’un tiers.

Tous les jours près de 20 000 personnes quittent Aubervilliers pour travailler ailleurs. A l’inverse, autant de personnes n’habitant pas Aubervilliers y travaillent qui sont plutôt des cadres, des professions intermédiaires, des ouvriers qualifiés. Il y a là sans doute le reflet d’une inadéquation entre le niveau de formation/qualification et l’offre d’emplois.

Ces quelques réflexions mériteraient d’être développées mais elles doivent surtout être mises en discussion, soumises à la critique, aux compléments.
La nature et le degré des difficultés rencontrées rendent indispensable un débat.
Je souhaite que les éléments apportés soient à la source de celui-ci.

André Narritsens

Notes

[1Cet article fait suite à trois articles d’analyses des chiffres du recensement 2007 :
- Évolution de la démographie à Aubervilliers
- Emplois et qualifications à Aubervilliers
- Emplois et qualifications à Aubervilliers

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