Que nous dit le recensement de 2007 sur la situation d’Aubervilliers ? (1ère partie)

Évolution de la démographie à Aubervilliers

samedi 13 novembre 2010

L’Insee met progressivement à disposition des éléments issus du recensement de 2007.

Des statistiques sont aujourd’hui disponibles au niveau des quartiers. L’Observatoire de la société locale a publié un tableau synthétique de ces données et les reconstructions présentées ci-après sont issues de ce document.

Afin de comprendre dans quel état et quelles dynamiques se trouve Aubervilliers nous allons essayer de placer les données du recensement sous plusieurs éclairages. Nous commençons aujourd’hui par celles qui concernent la population et le logement ; nous poursuivrons par un examen de l’évolution de l’emploi et des qualifications ; nous essayerons, dans un troisième temps, d’appréhender la situation sociale. Nous conclurons par une analyse synthétique.

Nous vous fixons donc quatre rendez-vous en espérant que les éléments un peu arides mais essentiels que nous vous aurons donné à lire aideront à bien mesurer dans quelle situation concrète se trouve la ville et de dégager à partir de là les lignes d’action indispensables.

Quel essor démographique ?

Les données concernant l’évolution de la population d’Aubervilliers au cours des années 1999-2007 sont depuis assez longtemps connues : la population a très fortement augmenté, passant de 63 130 habitants en 1999 à 73 699 habitants en 2007. Cette progression de 10 569 unités est de très grande ampleur (+16,8%) et bien supérieure à la croissance de la population intervenue sur le territoire de Plaine commune pour la même période (12,6%) [1].

Ce bond en avant a été salué comme un signe de dynamisme, d’aucuns déclarant même qu’Aubervilliers avait retrouvé une attractivité.

Tableau 1 – Etat de la population par quartiers de 1990 à 22007

Pop. Rob/ Coch/ Péri Mala/ ED Vallès/ Frette P. Bert Villette/ 4 Chem
1990 6 274 9 298 6 591 10 434 10 453
1999 5 927 9 322 6 134 9 823 9 784
2007 5 854 10 294 6 505 10 834 11 550
07/99 -73 (-1,23%) +972 (+10,21%) +371 (+6,04%) +1 011 (+11%) +1766 (+18%)
Pop. Gémier/ Carnot Ctre Ville/ V. Hugo Landy/ Plaine/ Marcreux/ Pressensé Auber
1990 6 658 10 935 6 923 67 552
1999 6 007 10 711 5 398 63 130
2007 8 079 13 559 7 028 73 699
07/99 +2072 (+34,5%) +2 848 (+26,6%) +1630 (+30,2%) +10 569 (+16,74%)

Regardons-y d’un peu plus près.

Sous le taux global de croissance se dissimule en effet une grande disparité. Trois quartiers connaissent en effet un taux de croissance très élevé (34,5% à Gémier/Carnot, 30,2% au Landy, 26,6% au Centre ville). La Villette suit avec + 18% et les autres quartiers se situent à un niveau proche du taux départemental, le quartier Robespierre/Cochennec/Péri connaissant même un taux négatif.

Qu’en est-il du logement ?

Quelles sont les origines des niveaux différenciés de la croissance de population ? Une clé essentielle de compréhension peut être recherchée dans les évolutions des logements que retranscrit le tableau 2. Trois éléments doivent être considérés : le nombre de logements, le nombre de logements occupés, la densité d’occupation (nombre de personnes par logement).

Tableau 2 - Etat des logements par quartiers de 1990 à 2007

Logts Rob/ Coch/ Péri Mala/ ED Vallès/ Frette P. Bert Villette/ 4 Chem
1990
Total 2847 3 690 2 375 4 477 5 197
Vacants 169 218 94 288 337
Occupés 2678 3 472 2 281 4 189 4 860
Nombre moyen de personnes par logement 2.2 2.7 2.9 2.5 2.15
1999
Total 2 746 3 943 2 364 4 349 5 073
Vacants 232 392 147 454 682
Occupés 2 514 3551 2 217 3 895 4 391
Nombre moyen de personnes par logement 2.36 2.62 2.76 2.52 2.23
2007
Total 2 551 4 075 2 368 4 272 5 140
Vacants 113 172 42 178 374
Occupés 2 438 3 903 2 326 4 094 4 766
Nombre moyen de personnes par logement 2.4 2.89 2.93 2.78 2.42
07/99
Évolution du nb de Lgts -195 +132 +4 -77 +67
Évolution du nb de Lgts occupés -76 +352 +109 +199 +375
Logts Gémier/ Carnot Ctre Ville/ V. Hugo Landy/ Plaine/ Marcreux/ Pressensé Auber
1990
Total 2 505 5 436 2 790 29 317
Vacants 103 464 239 1 912
Occupés 2 402 4 972 2 551 27 405
Nombre moyen de personnes par logement 2.77 2.2 2.7 2.47
1999
Total 2 435 5 402 2 380 28 692
Vacants 187 693 397 3 184
Occupés 2 248 4 709 1 983 25 508
Nombre moyen de personnes par logement 2.67 2.27 2.72 2.47
2007
Total 3 049 5 993 2 515 29 963
Vacants 148 389 298 1 714
Occupés 2 901 5 604 2 217 28 249
Nombre moyen de personnes par logement 2.78 2.41 3.17 2.61
07/99
Évolution du nb de Lgts +614 +591 +135 +1 271
Évolution du nb de Lgts occupés +653 +895 +234 +2 741

Le nombre de logements a augmenté de manière importante (+1 271) essentiellement dans les quartiers en forte croissance démographique, mais la réduction du nombre de logements vacants apparaît comme un facteur encore plus notable (- 1 470).

L’offre de logements qui appuie la poussée démographique est donc le résultat combiné de l’augmentation du nombre de logements disponibles procédant de constructions nouvelles et d’une réduction de la vacance. Ceci dit 2 741 logements nouvellement occupés ont accueilli 10 569 habitants supplémentaires. Si l’on fait hypothèse que tous les nouveaux habitants ont investi les nouveaux logements le taux d’occupation (nombre de personnes par logement) de chacun de ces logements est de 3,85.

Nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour connaître la qualité de l’offre nouvelle ni pour savoir s’il est résulté de celle-ci des effets qualitatifs en termes socio-économiques. Nous y verrons peut-être un peu plus clair lorsque nous aborderons les questions de l’emploi, de la qualification et des dimensions sociales.

Nous pouvons néanmoins, à cette première étape, appréhender l’évolution de la part de la population étrangère dans le mouvement global de progression. Le tableau 3 livre les chiffres pour 1990, 1999 et 2007 (pour 2007 nous ne connaissons pas la part de la population étrangère dans la population active).

Tableau 3 - Population étrangère (nombre et % dans la population et la population active)

Population Population active
1982 18 319 (27,8%) 10 379 (55,4%)
1990 20 052 (30%) 11 073 (55,22%)
1999 18 737* (29%) 10 155 (55,40%)
2007 25 097 (34,1%) -

*43% de femmes ; 18% origine européenne.

La part des étrangers dans la population d’Aubervilliers s’est accrue de manière très importante entre 1999 et 2007, passant de 18 737 (29%) à 25 097 (34,1%). Dans la période, la population d’Aubervilliers a cru de 10 569 unités, parmi lesquelles 6 360 étrangers (60% du total).

Tableau 4 - Population étrangère (nombre et % dans la population) en 2007

Rob/ Coch/ Péri Mala/ ED Vallès/ Frette P. Bert Villette/ 4 Chem
Nb 1 740 2829 1 708 3 727 5 006
 %/pop. 29,7% 27,5% 26,3% 34,4% 43,3%
Gémier/ Carnot Ctre Ville/ V. Hugo Landy/ Plaine/ Marcreux/ Pressensé Auber
Nb 2 475 4 307 3 306 25 097
 %/pop. 30,6% 31,8% 47,0% 34,1%*

*Les taux sont de 29,1% pour Plaine commune, 21,1% pour la Seine-Saint-Denis, 12,4% pour l’Ile-de-France, 5,8% pour la France métropolitaine.

Nous ne disposons pas de statistique concernant la répartition de la population étrangère par quartier pour les années 1990 et 1999 et ne pouvons, en conséquence, procéder à des comparaisons mais les éléments disponibles pour 2007 semblent établir un rapport assez net entre les quartiers en forte croissance démographique et à forte présence d’étrangers.

La densité d’occupation se relève

Nous avons noté que l’offre nouvelle de logements n’est pas quantitativement de nature à absorber dans des conditions satisfaisantes la poussée démographique. C’est ce que révèle l’évolution du coefficient de densité qui se situe à la hausse dans tous les quartiers. Nous ne disposons pas des éléments concernant la consistance des logements nouvellement mis à disposition et demeurons donc prudent quant aux interprétations que l’on peut tirer de l’évolution à la hausse du ratio de densité mais le fait qu’il soit généralisé laisse penser à une augmentation de la population par logement. En tout cas une tendance en ce sens existe sans doute qui peut se traduire dans certains cas par une surpopulation.

L’étude, même rapide, des éléments synthétiques issus du recensement de 2007 montre en tout cas que l’on ne saurait se satisfaire de déclarations « à la louche » saluant l’essor de la ville et d’afficher des perspectives de croissance jusqu’à atteindre 100 000 habitants, sans réfléchir aux contradictions qui structurent pour aujourd’hui et dans le long terme les évolutions d’Aubervilliers.

André Narritsens

À lire :
- Emplois et qualifications à Aubervilliers
- Revenus et minima sociaux à Aubervilliers
- "Oui, Aubervilliers s’est enracinée dans la pauvreté"

Notes

[1La progression est de 8,6% pour la Seine-Saint-Denis, de 5,9% pour l’Ile-de-France et de 5,6% pour la France métropolitaine.

2 Messages

  • Tiens, Jean-Jacques a disparu... Pourtant, le débat qu’il proposait à Evelyne Yonnet le 1er décembre, on en salivait par avance. Ah, on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas lui le candidat PCF aux cantonales. D’où son apparition/disparition fugace de ce site...
    Reste la question essentielle : mais qui est donc le candidat PCF aux cantonales ? Silence dans la salle. On l’entend si peu...

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  • Évolution de la démographie à Aubervilliers Le 30 novembre 2010 à 21:25, par 0,14 le chiffre clé du recensement

    0,14 c’est l’augmentation moyenne du nombre d’habitants par logement à Aubervilliers entre 1999 et 2007. Multiplié par 29963 logements, cela représente près de 4200 habitants supplémentaires. Ce chiffre a d’ailleurs attiré l’attention des statisticiens de l’INSEE qui constatent le phénomène inverse en France, puisque le taux d’occupation national est passé de 3,10 en 1946 à 2.31 en 2004.

    Cela relativise les affirmations selon lesquelles ce sont les copropriétés nouvellement construites qui expliqueraient l’augmentation de la population par l’arrivée d’une population "nouvelle plus favorisée".
    Même si le phénomène n’est certainement pas marginal, cela concernerait au maximum 3300 habitants (1271 nouveaux logements multiplé arbitrairement par le taux moyen d’occupation actuel de 2,61) auxquels il faut soustraire les albertivillariens qui ont accédé à la copropriété ou ceux qui ont pu bénéficier d’un logement dans un programme social comme celui des prés clos.

    Plus significative en revanche, est la remise dans le circuit de 1470 logements jusqu’alors inoccupés, ce qui représenterait 3840 habitants (toujours en appliquant les même règles théoriques de calcul). Pression de la demande, rentabilité accrue pour les bailleurs qui ont bénéficié d’aides pour la location de leur bien, on a en réalité peu d’éléments d’appréciation pour caractériser les profils de ces habitants.

    Ces éléments posent en réalité plus la question de la politique actuelle du logement et l’inadéquation de celle-ci avec les besoins des habitants. Il convient de poursuivre le débat en disséquant les mesures d’accès au logement pour évaluer leur pertinence au regard des attentes :
    - des jeunes qui ne peuvent accéder à un logement et sont obligés de cohabiter des années avec leurs parents.
    - des familles qui ne peuvent accéder à un logement plus grand
    - des ménages qui sont dans l’attente d’un logement adapté ou simplement répondant aux critères élémentaires de dignité.
    Et la liste n’est pas exhaustive...

    E.P.

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