Interventions des élus communistes et républicains au Conseil Municipal du 8 avril 2010 (2ème partie)

Points d’opposition

dimanche 11 avril 2010

Si un bon tiers de la séance du conseil municipal du 8 avril était consacré au vote du budget 2010, il ne faudrait pas passer sous silence certaines décisions prises ce soir-là par la majorité socialiste.

Commençons par signaler la présence de représentants syndicaux (CGT) des personnels municipaux à l’entrée de la mairie. Ces militants protestent contre le refus du maire d’accéder à leur demande d’interruption de séance. Ils souhaitaient en effet profiter du Conseil Municipal pour informer les élus de la position offensive de la CGT, syndicat majoritaire chez les personnels communaux, contre la réforme en cours des collectivités territoriales menée par la droite.

À la demande de Meriem Derkaoui, la séance commencera d’ailleurs sur une explication du maire :
- Premièrement, il n’avait pas lu la lettre en entier et n’avait pas compris la demande du syndicat.
- Deuxièmement, il refuse l’interruption de séance au motif qu’il ne souhaite pas créer de précédent. Il juge les propos de la CGT sans lien direct avec la ville. Les employés territoriaux sont pourtant directement concernés par la réforme des collectivités territoriales rétorquera Meriem Derkaoui.
- Troisièmement, il propose d’organiser un CM extraordinaire sur la réforme des collectivités territoriales auquel les syndicats seront invités.

Nous ne nous étendrons pas sur la Charte du Mobilier Commercial qui a suscité de vives critiques de la part de Malika Ahmed, pourtant la principale rédactrice...

Après le budget (pour rappel, lire notre article consacré au budget), c’est la question 49 concernant la mise en place de CAE "passerelle" qui suscitera la désapprobation du groupe des élus communistes et républicains. Il s’agit de mettre en place dans la ville des contrats d’un an pour les jeunes diplômés avant de les confier au privé (secteur marchand). Voici l’intégralité de l’intervention de Laurence Grare :

Monsieur le Maire, chers collègues,

Nous avons pris connaissance de l’exposé concernant la délibération que vous nous proposez de voter.

Qu’est-ce qu’on nous dit ? « L’idée du CAE passerelle est de permettre aux jeunes d’acquérir l’expérience qui leur fait défaut au sein d’une collectivité territoriale pour leur permettre d’occuper ensuite un emploi dans le secteur marchand. »

C’est risible. Soi disant, les collectivités territoriales seraient incapables d’être aussi performantes que le privé. Mais pour que les jeunes trouvent un emploi, il faudrait que ces mêmes collectivités leur permettent de faire leurs premiers pas. C’est la logique du MEDEF et du gouvernement Sarkozy que vous nous proposez d’appliquer. Vous proposez que les collectivités territoriales jouent le rôle d’antichambre, qu’elles forment les jeunes travailleurs pour les voir partir dans le privé une fois qu’ils sont efficaces. C’est une logique curieuse.

Qui plus est, nous n’avons aucune assurance que les jeunes en CAE n’exercent pas des missions qui devraient être effectuées par des agents territoriaux. Vous parlez d’ « appel à projet » : cela n’a rien de très sérieux. Si vraiment des missions ne sont pas exercées par des agents, si des services ont des manques, il existe des chargés de mission.
Enfin, ces jeunes n’ont aucun espoir de pouvoir prétendre à un véritable emploi dans la collectivité : on leur propose une expérience au rabais, 26 h par semaines, durant un an, qui peut éventuellement se prolonger. C’est la porte ouverte à des situations malsaines. Ce qu’il faut, c’est de véritables embauches là où cela est nécessaire, afin d’assurer les missions de service public.

Quel que soit l’angle sous lequel on le prenne, ce CAE est un système bâtard.

Les élus communistes et citoyens voteront donc contre cette proposition.

Ceux qui ont eu la patience d’assister à la fin du conseil (qui s’est terminé à minuit passé) auront eu le droit à une dernière (mauvaise) surprise : la ville passe une convention avec Aubervacances pour héberger les enfants ... les jours de grève ! Les socialistes ont eu beau jeu de ne pas appeler ça un "service minimum", les enseignants d’Aubervilliers actuellement mobilisés contre les réformes néfastes du gouvernement apprécieront !

Denis Raffin

Ajout du 12 avril :

Texte de l’intervention de Patricia Latour concernant la mise en place d’un service minimum à Aubervilliers.

« La majorité socialiste d’Aubervilliers n’aura pas résisté longtemps aux injonctions gouvernementales de se faire le relais de ceux qui rêvent de supprimer le droit de grève.

Il nous est demandé dans cette délibération de charger Aubervacances-loisirs d’assurer un service d’accueil des enfants, sur le temps scolaire, à l’occasion des grèves des enseignants.

Certes la loi l’impose aux communes depuis 2008. Même quand on est élu et, semble-t-il, c’est ce que vient de faire le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en votant un budget « insincère » comme on dit, en violation des règlements imposées aux collectivités territoriales, il faut savoir prendre la décision de ne pas appliquer la loi, particulièrement quand elle est mauvaise. D’autres villes continuent d’ailleurs de résister aux injonctions gouvernementales.

La majorité municipale de la ville d’Aubervilliers contribue, en votant cette délibération, à remettre en cause le droit républicain du personnel communal, comme des enseignants, à recourir à la grève. Car comment ferez-vous pour appliquer cette délibération quand la grève touchera à la fois les enseignants et les personnels de la fonction publique ? Situation qui n’est pas si rare que ça. Par qui ferez-vous recevoir les enfants ? Y-a-t-il suffisamment d’animateurs à Aubervacances pour recevoir les enfants des écoles en cas de grève très suivie ? Combien va coûter cette mesure à la ville ? Autant de questions auxquelles la délibération ne répond pas et qui laissent craindre le pire sur la qualité d’accueil des enfants par des personnels réquisitionnés et qui n’auraient pas de formation pour un accueil pédagogique.

Les enseignants ont de multiples raisons de faire entendre leur voix. La colère des parents n’est d’ailleurs pas moindre sur tous les projets visant à économiser sur le système d’éducation au détriment d’une véritable qualité d’enseignement pour leurs enfants.

Entre l’annonce de la suppression des maternelles, remisée pour l’instant grâce à l’action, les craintes concernant les Rased, les atteintes à la qualité de formation des enseignants, il existe vraiment de quoi alimenter l’insatisfaction. Déjà la suppression de deux heures d’enseignement hebdomadaires, la mise en place imposée de la semaine de quatre jours, la manière dont sont conçues l’aide personnalisée et les évaluations en élémentaire a amené enseignants et parents à se mobiliser.

En se mobilisant, les enseignants comme les parents contribuent à défendre et améliorer un véritable service public de l’éducation formant les citoyens lucides et responsables de demain.

Le rôle des collectivités territoriales n’est pas d’entraver l’efficacité de ces luttes en risquant d’aggraver les conditions de travail du personnel communal..

Aussi, le groupe communiste et citoyen votera contre cette délibération. Il reste pour sa part attaché à toutes les formes de lutte choisies par les salariés, y compris la grève.

Patricia Latour »

4 Messages

  • Vote Le 12 avril 2010 à 18:31, par Carlos

    Peut-on connaître les votes émis sur le budget ?

  • Points d’opposition Le 12 avril 2010 à 18:35, par Denis Raffin, maitre toilier

    Les élus du groupe "Tous ensemble pour Aubervilliers" ont voté contre (voir l’article précédent pour l’explication de vote). Les socialistes, les verts et les radicaux de gauche (Hafidi) ont voté pour et le Modem et l’UMP ont voté contre si mes souvenirs sont bons.

  • Rue Jean Ferrat Le 12 avril 2010 à 19:30, par Denis Raffin, maitre toilier

    J’ai oublié de préciser que Jean-Jacques Karman a demandé en fin de conseil qu’une rue d’Aubervilliers porte le nom de Jean Ferrat. Il propose qu’une partie de la rue des cités soit débaptisée. A priori, le maire est d’accord avec l’idée d’une rue Jean Ferrat mais désapprouve le choix de la rue des cités. À suivre...

  • Défendre la grève Le 17 avril 2010 à 08:07, par Martine

    Syndicaliste, je suis particulièrement choquée par le fait qu’a pu germer dans la tête de "socialistes" cette idée de l’accueil des enfants les jours de grève. Guesde, Jaurès et même Léon Blum doivent se retourner dans leur tombe.

    Patricia a raison d’appeler à l’insoumission à la loi. Mais pour cela il faut un peu de courage et l’équipe de M. Salvator, c’est bien connu, n’en a guère.