Courrier de Pascal Beaudet et Jean-Jacques Karman à Stéphane Troussel

NON à la baisse de la subvention du Club Municipal de Football d’Aubervilliers !

samedi 8 juin 2013

Nous avons appris la baisse drastique de la subvention des quatre clubs de football de performance du département, dont le Club municipal de football d’Aubervilliers qui voit sa subvention passer de 175 000 € à 95 000 €. Elle avait déjà connu 30% de baisse les années précédentes. On nous annonce qu’elle sera réduite à zéro en 2014.

Le CMF Aubervilliers évolue à un niveau amateur national grâce au soutien financier du département. Ce soutien est parfaitement légitime dès lors que I’on souhaite donner de la Seine-Saint-Denis une autre image que celle de la stigmatisation sociale systématique. Le CMF Aubervilliers pour les milliers de jeunes que ce club accompagne, c’est tout au contraire la réussite et la promotion sociale par le sport, le sens du collectif et de l’effort, de la fraternité et de la solidarité.

Après nous avoir vanté le Plan Éducatif Départemental, nous nous interrogeons sur la logique de votre politique. D’un côté, le département met en avant les valeurs de citoyenneté. De l’autre, il asphyxie les structures les mieux à même de porter ces valeurs dans la jeunesse. C’est la même démarche avec l’action culturelle - pour mémoire 20 000 € de moins pour le Théâtre de la Commune - ou l’insertion quand la subvention d’une association comme « École + Auto », dont l’utilité sociale n’est plus à démontrer, doit réduire son activité faute de moyens.

Le football en Seine-Saint-Denis, de la pratique populaire à l’excellence

Si le football n’avait pas de résultats, on pourrait comprendre le choix de réduire ses subventions à zéro. Mais en Seine-Saint-Denis, nous assistons au contraire à un véritable succès : ce sport populaire, avec 32 000 licenciés, draine 38 % des licenciés pratiquant une activité sportive. Avec cinq clubs de niveau national, 296 clubs sur l’ensemble du département, 1 600 bénévoles, 500 matchs par semaine, 15 000 animations locales par an, on ne peut que constater son importance dans le département.

De plus, le CMF Aubervilliers s’inscrit dans le projet de territoire du département. Il développe ses activités sportives et de formation au niveau du territoire de Plaine commune. Il s’insère dans la démarche de développement de la filière football du District de football de la Seine-Saint-Denis et de l’Entente 93, démarche à laquelle le Conseil général n’a pas donné suite. Enfin, il s’investit dans la formation en prenant financièrement en charge chaque année la formation d’éducateurs sportifs de 3 à 4 jeunes (12 000 € par an). Demain, si la subvention est amputée, cette action de formation sera abandonnée.

Le CMF Aubervilliers est certes un club d’élite. C’est à ce titre qu’il sert de locomotive à la pratique du football, comme le font les quatre autres clubs de performance du département. Il contribue ainsi à insérer dans la pratique sportive et culturelle des jeunes issus de milieux difficiles.

Quand on examine la pyramide des âges de ses 700 licenciés, 75% ont entre 6 et 18 ans. Si demain, suite à la baisse drastique des subventions, le club descend à 200 licenciés, que feront les 400 à 500 jeunes laissés sur le carreau ? Ils traîneront dans les rues, ils s’abrutiront devant la télévision ? Ces jeunes ne sont pas l’élite, ils ne sont pas la performance. Ils sont juste des jeunes bénéficiant d’un encadrement sportif et pédagogique de haut niveau, qui leur permettra peut être un jour de devenir à leur tour éducateur sportif, bénévole, ou pourquoi pas joueur professionnel. N’oublions pas que ces 15 dernières années, grâce à l’investissement dans la formation des clubs de performance, 30 jeunes du département ont pu accéder au haut niveau. A une époque où l’ascenseur social est bloqué, asphyxier les clubs de performance, c’est détruire les possibilités d’élévation sociale par le sport.

Encore une preuve, s’il en fallait, que le budget du département est bien un budget d’austérité...

Monsieur le Président, votre budget est un budget d’austérité, quoi que vous affirmiez publiquement. La baisse des subventions des clubs de performance, condamnés à la disparition, est emblématique du double langage que vous tenez. Côté face, vous affirmez que le budget du Conseil général est en augmentation. Côté cour, vous faites des coupes sombres. Mais surtout, vous ne réclamez plus, comme vous le faisiez sous la présidence Sarkozy, que l’État rembourse au département ce qu’il lui doit au titre des transferts de compétence non compensés. Or, c’est bien cette dette de l’État qui impacte les finances du département, et qui vous pousse à replier l’action du Conseil général sur les compétences obligatoires.

Aujourd’hui, on atteint les limites de l’exercice. Les clubs de performance dont vous vous désengagez car il faut gérer l’austérité budgétaire, nous savons au contraire à quel point il faut les défendre et les préserver des logiques budgétaires établies par des dirigeants qui n’établissent des priorités qu’en termes comptables.

Si la subvention des clubs de performance n’est pas rétablie, si leur pérennité est remise en cause, les économies réalisées vont rapidement se révéler illusoires. Quand 400 à 500 jeunes d’une ville comme Aubervilliers sont laissés sans encadrement, c’est socialement beaucoup plus coûteux que 175 000 € ! Ce que vous refusez de payer en encadrement sportif, il faudra le payer au double ou au triple. Et l’image déjà écornée de la Seine-Saint-Denis ne s’améliorera pas.

C’est pourquoi, en élus connaissant le terrain, en responsables politiques que nous sommes, mus par la volonté de défendre les intérêts de notre ville tout comme ceux du département, nous vous demandons de bien réfléchir et de dégager l’enveloppe budgétaire nécessaire à la pérennité de l’activité des clubs de performance du département.

Le 6 juin 2013

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