L’austérité : le moteur de la récession, du chômage et des inégalités

mercredi 7 septembre 2011

C’est reparti pour un tour. Les puissants de ce monde ont gardé les yeux rivés sur
leur écran, suspendus au cours des bourses européennes, une nouvelle fois en chute
lundi. Les banques, à l’origine de la crise de 2008, plombés par la crise de la dette,
ont vu leurs cours lourdement chuter.

Les forces libérales militent depuis des décennies pour un marché sans entrave.
C’est dans ce contexte que le plan d’austérité Sarkozy-Fillon et annoncé fin août par
le premier ministre est actuellement en débat à l’Assemblée Nationale.

Les députés vont examiner le projet de loi de finance rectificative pour 2011, qui
sous couvert de lutte contre la dette veut imposer la réduction des dépenses publiques
et le principe de la « règle d’or » budgétaire. Il s’agit de réaliser 1 milliard d’euro
d’économies en 2011 et 11 milliards en 2012.

La droite, ces derniers mois, à coup de communication gouvernementale bien huilée,
cherche à faire admettre aux français l’impératif de réduire les déficits (140 milliards
d’euro en 2010) et la dette (1590 milliards d’euro), dont les causes, à savoir
la soumission des politiques aux marchés financiers sont soigneusement passées sous
silence.

Exit la responsabilité de la spéculation financière et des banques, pourtant renflouées
en 2008 par l’argent public et réalisant des profits records sans favoriser la croissance
et l’emploi. Exit également les injonctions de l’Europe dans le cadre du Pacte Euro
Plus. Exit la propre responsabilité de la droite au pouvoir, alors que selon la Cour
des Comptes, pour les deux tiers, l’explosion de la dette n’est pas due à la crise
mais aux politiques gouvernementales, notamment les 175 milliards d’euro de
cadeaux aux entreprises. Exit enfin, la possibilité d’autres solutions, hormis celle de
réduire toujours plus la dépense publique, avec un objectif de parvenir à un déficit de
3% du PIB en 2013, et 5,7% dés cette année.

C’est cela le plan d’austérité que le gouvernement voudrait faire passer pour de
la simple rigueur de bon gestionnaire.

A part une taxe exceptionnelle de 3% sur les déclarations fiscales dépassant
les 500 000 euro qui ne rapportera que 200 millions d’euro, alors même que
la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune a coûté 2 milliards d’euro
au début de l’été, l’essentiel de l’effort sera supporté par les salariés.
Les entreprises du CAC 40 qui ont fait 82,3 milliards d’euro de profits en 2010
peuvent dormir tranquille.

Avec la hausse des taxes sur de nombreux produits de consommation, la suppression
de certains abattements sur frais professionnels, la taxation des contrats de
« solidarité et responsabilité » des mutuelles, les deux tiers du plan pèsent sur
les ménages.

D’autant que non seulement est confirmée la réduction des moyens pour le service
public, mais aussi le gel des dotations aux collectivités locales, car dès cette année
l’État s’apprête à diminuer de 500 millions d’euro ce qu’il doit aux collectivités
au titre de dégrèvements d’impôts locaux qu’il accorde généreusement
aux entreprises.

De telles mesures jouent directement contre la croissance et l’emploi et pourraient être suivies d’autres mauvais coups. En effet, d’autres propositions garnissent les tiroirs de l’UMP. Bruno Lemaire,
responsable de l’élaboration du programme présidentiel pour 2012, dans un entretien
accordé à « L’Express », évoque ni plus ni moins l’idée de soumettre à l’impôt sur
le revenu les allocations familiales qui en étaient jusqu’alors exonérées.
Cette mesure frapperait de plein fouet 4 millions de familles.

D’autres pistes, avancées notamment par l’Inspection Générale des Finances, proposent notamment d’en finir avec l’abattement de 10% avant impôt sur le revenu
appliqué aux pensions de retraite, ce qui reviendrait à dégrader encore leur pouvoir
d’achat déjà entamé par la réforme de l’automne dernier.

La gauche, dans son ensemble, s’opposera à l’Assemblée Nationale à ce plan.
Mais qu’en est il des solutions alternatives quand le PS reprend à son compte
l’objectif de 3% de déficit en 2013 contenu dans la « règle d’or », cœur de
la divergence avec le Front de Gauche qui refuse de son coté de gérer la crise, et
propose de taxer les revenus du capital au même niveau que ceux du travail.

D’un bout à l’autre de la planète, la confiance s’effrite nettement dans l’efficacité du
système libéral.
Les salariés italiens sont appelés par leur principal syndicat, la CGIL, à la grève
générale contre un plan de rigueur qui prévoit l’économie de 45,5 milliards d’euro
sur 2 ans. Les Indignés espagnols protestent contre une « règle d’or »
de stabilité budgetaire à l’initiative malheureusement d’un gouvernement socialiste
avec l’appui de la droite. En France, la CGT propose une journée d’action
aux autres organisations syndicales courant octobre.

Au-delà du débat à l’Assemblée Nationale, ces questions seront, aujourd’hui et
demain, au cœur du débat de la campagne présidentielle de 2012.

Silvere Rozenberg