Au 69e anniversaire de la fusillade de Châteaubriant

Aubervilliers s’est souvenue

dimanche 24 octobre 2010

Vendredi 22 octobre 2010, à 18 h hommage a été rendu aux 27 de Châteaubriant et aux fusillés de la période. Des gerbes ont été déposées au pied du monument aux morts dans le hall de la mairie.

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Georges Abbachi, ami d’enfance de Guy Môquet et ancien interné de Châteaubriant était là et s’est félicité du fait qu’Aubervilliers n’oublie pas les martyrs.

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Jacques Salvator a présenté en quelques mots les planches récupérées dans la baraque n° 6 du camp sur lesquelles les 27 ont laissé leurs derniers mots [1].

Pascal Beaudet, au nom du Parti communiste a évoqué le climat anticommuniste de la période tel qu’il a existé à Aubervilliers (on lira son intervention ci-après).

L’intervention de Pascal Beaudet

La récente mise au jour des préconisations portées par Pétain sur le projet de statut des juifs, préconisations qui furent toutes reprises dans la version promulguée du statut, fait une nouvelle fois éclater la vérité sur ce que fut Vichy et le sinistre rôle qu’y joua le Maréchal.

Non seulement Vichy a fait acte de soumission et accepté l’éclatement du territoire, mais a partout installé une complicité active avec l’occupant. On le voit bien à propos de la séquence sur l’élaboration du statut des juifs qui fut œuvre pétainiste de A à Z.

Vichy, l’historien Robert Paxton l’a montré il y a longtemps déjà, fut une construction cohérente fondée sur le rejet de la démocratie et des idéaux progressistes qui reçut longtemps un appui de masse. Les deux principales cibles de Vichy furent les communistes et les juifs contre lesquels une répression méthodique et à grande échelle fut conduite.

Si, l’on considère la question de la répression anti-communiste, débutée dès septembre 1939 sous les auspices de la 3e République agonisante, on constate qu’elle s’appuya sur tout un appareil policier adapté au fil du temps et sur l’installation d’un important système de camps dans lequel séjournaient la plupart du temps sans base légale bien des rescapés des batailles d’Espagne et des militants ouvriers.

En tout cas la répression déchaînée a conduit à l’édification de réserves à otages puis aux déportations politiques de masse.

Je voudrais dire quelques mots sur les formes que prit cette répression à Aubervilliers et sur les conséquences qui en découlèrent.

J’évoquerai aujourd’hui, de manière rapide deux figures emblématiques de cette répression : Antoine Pesqué (qui fut l’un des 27) et Léopold Réchossière.
Antoine Pesqué et Léopold Réchossière ont tous deux été arrêtés par des hommes du commissariat qui appartenaient à ce que l’on appelait « la brigade politique ». Cette brigade placée sous le commandement du commissaire Georges Betchen groupait 12 membres. Cet effectif doit être rapporté à celui du commissariat qui s’élevait à 225 hommes ce qui est très important mais il faut le rappeler le commissariat couvrait les territoires d’Aubervilliers, de La Courneuve et du Bourget.

Les arrestations de Pesqué et de Réchossière se ressemblent, bien qu’elles ne se situent pas à la même période. Antoine Pesqué et son épouse sont arrêtés le 2 octobre 1940 et Léopold Réchossière le 20 mars 1941.

Dans les deux cas trois hommes de la brigade politique procèdent à des perquisitions qui s’avèrent bien décevantes : on découvre au domicile de Pesqué un exemplaire de L’Humanité et au domicile des Réchossière un tract que Mme Réchossière déclare avoir trouvé dans le courrier de l’entreprise dans laquelle elle travaille.

Pesqué a été choisi pour cible par Betchen qui le connaît pourtant bien puisque le docteur est le médecin légiste d’Aubervilliers.

Réchossière a été dénoncé par un de ses voisins, gardien de la Paix au commissariat d’Aubervilliers et Betchen a diligenté l’arrestation.

Au commissariat le ton monte et des menaces physiques sont faites. Le brigadier Bianchery et le gardien Moreau agitent matraque et nerf de bœuf. On humilie Réchossière en le faisant mettre nu et on le prive de nourriture durant 36 heures. S’agissant de Pesqué, Betchen en rajoute et déclare : « Monsieur Pesqué, vous êtes un communiste, je déteste les communistes et si j’avais le pouvoir de vous fusiller comme j’ai celui de vous arrêter, je n’hésiterai pas une seconde ».

Lors du procès des époux Pesqué, Betchen vient déposer contre eux (il y aura condamnation à un an de prison puis transfert d’Antoine Pesqué à Châteaubriant) et le rapport qu’il rédige sur Réchossière est tellement accablant que bien qu’un non lieu ait été prononcé Réchossière n’est pas libéré mais successivement interné dans les camps d’Aincourt, du Gaillon, de Compiègne.
On connaît la suite tragique de cet acharnement. Car acharnement il y eut bien ainsi qu’en témoigne la statistique de la brigade politique du commissariat d’Aubervilliers pour la période octobre 1940-décembre 1941 : 18 personnes inculpées pour propagande gaulliste, 22 pour reconstitution du parti communiste ; 81 pour propagande communiste ; 1334 arrestations de suspects ; 465 visites domiciliaires ; 44 arrestations en vue d’internement administratif ; constitution d’un fichier de 2 139 personnes avec 124 photographies ; constitution d’un fichier d’israélites.

Tels furent les résultats de ce que l’on appelait dans le langage du commissariat « les battues communistes ».

A l’heure des fusillades d’otages il revenait à Vichy de puiser dans les stocks humains issus de cette vaste répression préalable. Pierre Pucheux, le ministre de l’intérieur de Vichy et quelques uns de ses clones provinciaux fournirent les listes. Pétain y alla semble t’il fin octobre d’une larme à l’œil à la veille de la seconde vague annoncée de fusillades mais en appela en définitive à la radio à la délation, déclarant : « Dressez-vous contre ces complots, aidez la justice. Un coupable retrouvé et 100 français sont épargnés. Je vous jette un cri d’une voix brisée : ne laissez plus faire de mal à la France ! ».

Face à la décomposition morale de Vichy et à l’arrogance fasciste, par delà les fusillades, le temps des partisans était venu.

Notes

[1Ces planches sont présentées en vitrine dans le hall de la mairie toute la semaine prochaine.

1 Message

  • Un bel hommage Le 25 octobre 2010 à 08:24, par Annie

    Je viens de lire l’intervention de Pascal Beaudet avec beaucoup d’émotion. C’est vraiment un beau texte qui nous apprend des choses et ne se contente pas de rappeler ce que fut le drame à Châteaubriant.

    Bien sûr il faut aussi dire cela mais il est également très important de comprendre ce qui s’est passé depuis septembre 1939, ce que fut alors la puissance de l’anticommunisme et comment la haine emporta certains à des actes inqualifiables et au bout du compte criminels.

    Aubervilliers n’échappa pas à la règle et en rajouta même. Faut-il voir dans cela la main de Laval ?