Lettre de Pascal Beaudet au préfet de Seine-Saint-Denis

Non à la casse de l’hébergement d’urgence !

samedi 24 juillet 2010

Monsieur le Préfet,

Nous venons d’être alertés par le Secours Catholique sur la décision annoncée par la Direction départementale de l’action sanitaire et sociale de fermer 600 lits d’hébergement en hôtels sur les 1 500 existants dans le département à partir du 1er juillet 2010.

Pour avoir été maire d’une ville avec une population en grande difficulté sociale, pour être élu de proximité, conseiller municipal et conseiller communautaire, je tiens à vous dire ma colère vis-à-vis de cette décision aussi absurde que socialement néfaste.

L’hébergement d’urgence en hôtel est une nécessité. Chaque jour, à cause de la politique de casse sociale systématique menée par le gouvernement, des hommes et des femmes isolés, des personnes âgées, des familles se retrouvent à le rue, expulsés parce qu’incapables de faire face à leurs loyers. D’autres n’ont jamais pu obtenir l’accès à un logement décent et ne dorment pas dans la rue grâce à l’hébergement en hôtel.

Bien entendu, je ne défends pas l’hébergement en hôtel : cela ne peut être qu’une solution d’urgence. Mais en tant que Préfet, représentant de l’État dans ce département, vous savez qu’il manque des milliers de logements sociaux en Seine-Saint-Denis. Plutôt que de fermer des lits d’hébergement, dont nous connaissons l’utilité, ne serait-il pas temps que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et mettent en place un vaste programme de construction de logements sociaux ? Plutôt que de payer des chambres d’hôtel à des prix défiants le bon sens, ne croyez-vous pas qu’il faudrait construire des foyers d’accueil ?

Si vous étiez comme moi sur le terrain, si vous receviez régulièrement des habitants en difficulté, vous sauriez que le logement est un problème central de ce département. D’un logement décent, adapté, à des prix abordables dépendent l’insertion ou l’exclusion sociale.

Fermer des lits d’hébergement va se traduire concrètement par jeter à la rue des centaines de personnes, des célibataires et des familles. L’impact sera désastreux. Est-ce cela, la politique que veut mener le gouvernement dans ce département populaire et précarisé ? Il en portera la responsabilité : les problèmes sociaux qui vont en découler ne se règleront pas à coup de « karcher » ou par des descentes de police musclées sans lendemain bien que médiatisées.

C’est pourquoi, Monsieur le Préfet, je m’adresse solennellement à vous. La DDASS de Seine-Saint-Denis ne décide pas seule de fermer des lits. Cette décision est la conséquence des restrictions budgétaires imposées par le gouvernement au nom d’une politique d’austérité qui ne veut pas dire son nom. Vous êtes le représentant de l’État en Seine-Saint-Denis : c’est à vous d’alerter le gouvernement sur les conséquences en cascade de ces fermetures.

En tant qu’élus, nous savons qu’il faudrait au minimum maintenir l’existant. Mais l’urgence sociale est telle que même ce maintien ne sera pas suffisant pour répondre aux besoins en augmentation. Il faudrait au contraire des dizaines de lits supplémentaires.

L’État ne doit pas se défausser une fois de plus. Il doit prendre le contre-pied de la politique menée depuis des années, c’est à dire investir dans un vaste programme de construction de logements sociaux et de foyers d’hébergement. Faute de quoi, Monsieur le Préfet, il faudra gérer des révoltes autrement plus graves que celles de novembre 2005.

Recevez, Monsieur le Préfet, l’expression de ma haute considération.

Pascal Beaudet
Le 20 mai 2010