Jusqu’à quand devra-t-on supporter l’humiliation dans les villes populaires ?

mercredi 15 février 2017

Le jeudi 2 février dernier, un jeune homme, Théo Luhaka, a été victime d’un viol. Quatre policiers sont mis en examen, dont un pour viol. Cet événement a provoqué un vif émoi dans son quartier, mais plus largement dans de nombreuses villes populaires.

Les proches et le jeune homme lui-même, les habitants de son quartier ont exprimé leur volonté d’une application ferme des principes de justice. Ils ont fait preuve d’un courage et d’une responsabilité exemplaires en appelant au calme. Malgré les souffrances, ils refusent de transformer leur colère, légitime, en violence.

Le temps de la justice est un temps long, nous le savons, mais elle doit être la même pour tous. Nous vivons déjà ce scénario insupportable puisque des jeunes aulnaysiens ont déjà été condamnés en comparution immédiate après les nuits d’émeutes dans la ville sans avoir été pris en flagrant délit de dégradations ou de violences. Dix ans après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, il serait insupportable d’assister à de nouvelles scènes terribles de violences. Toutes les responsabilités doivent être clairement établies.

Nous, élus de Seine-Saint-Denis, sommes confrontés à ce climat social tendu. Nous voyons les dégâts causés tous les jours par les destructions d’emplois, les fermetures ou les dégradations de services publics et les discriminations dont nombre de nos concitoyens nous font part. Les médias n’ont à l’égard de notre département que des discours stigmatisant qui le présentent comme le repère des réseaux criminels, de l’intégrisme religieux et de la fraude sociale généralisée. Pour les séquano-dyonisiens c’est l’humiliation et la relégation quotidienne.

Les relations entre les forces de police et la jeunesse sont à cet égard symptomatiques. Elles constituent une violence supplémentaire pour ces jeunes dont la classe sociale, l’origine réelle ou supposée, la couleur de peau sont devenues des prétextes d’humiliation. Les rapports académiques ou institutionnels - y compris du Défenseur des droits – illustrent, les uns après les autres, ces pratiques dégradantes et discriminantes.

Comment dès lors en appeler à la République quand sa devise n’existe que sur les frontons des édifices publics ? Comment lutter contre l’abstention, en appeler à la participation citoyenne quand on ne reçoit que la violence comme réponse ?

Nous croyons que la République est la réponse à tous ces maux. Mais notre République ne joue plus son rôle. Elle doit se donner tous les moyens pour transformer ses valeurs constitutives en actes : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il est temps d’agir pour en finir avec les contrôles au faciès et les pratiques parfois racistes dans l’institution policière. Nous refusons par ailleurs l’amalgame entre ces quatre policiers et l’ensemble des fonctionnaires de police.
Élus et citoyens ne sont pas contre la police, nous exigeons ici comme sur tout le territoire national le même droit à la justice, à la sécurité et à la tranquillité publique. Nous appelons même à renforcer leur nombre face aux politiques de réduction des effectifs, à renforcer leur formation et à rompre avec la politique du chiffre qui pénalisent le travail d’investigation, notamment contre les trafics. Construisons les missions de notre police républicaine avec les agents et leurs représentants mais aussi les citoyens, les acteurs spécialisés de la prévention, de l’éducation dans un dialogue responsable et d’intérêt général. Inventons une nouvelle police de proximité formée pour les mener à bien. Il est par ailleurs possible d’instaurer dès maintenant le récépissé de contrôle d’identité. Nous appelons à la constitution d’une mission d’enquête parlementaire sur les pratiques policières qui pourrait appuyer ce processus.

Agissons contre les discours de haine qui gangrènent notre société. Nous en avons assez d’être catégorisés comme un territoire de non-droit quand les évadés fiscaux, les délinquants en cols blancs, certains élus bénéficient de la plus grande mansuétude.

Depuis des années, nous sommes le laboratoire des politiques de régression sociale et de discriminations.
Pourtant, la Seine-Saint-Denis a besoin, au nom de l’égalité républicaine, que l’accès aux droits fondamentaux de tous ses habitants soit garanti, notamment, d’un renforcement de tous les services publics, car ils sont la seule richesse de ceux qui n’en ont pas.
Par-delà les mécanismes de péréquation existant, le renforcement de la solidarité financière entre tous les territoires est une urgence, plus que jamais indispensable !

Sortons de la logique stérile de l’austérité et construisons ensemble les résistances de demain.

Eliane Assassi, sénatrice, présidente du groupe CRC
Patrick Le Hyaric, Député européen
Patrice Bessac, Maire de Montreuil
Meriem Derkaoui, Maire d’Aubervilliers, Conseillère départementale
Carine Juste, Maire de Villetaneuse
Laurent Russier, Maire de Saint-Denis
Azzedine Taïbi, Maire de Stains, Conseiller départemental
Taylan Coskun, Conseiller régional
Didier Mignot, Conseiller régional, président de l’ADECR
Dominique Attia, Pascal Beaudet, Belaïd Bedreddine, Silvia Capanema, Dominique Dellac, Pascale Labbé, Abdel Sadi, Conseillers départementaux
Jean-Charles Nègre, Conseiller territorial, Vice-président d’Est Ensemble
Frédéric Durand, Marie-Claire Lafon, Gaylord Le Chequer, Jean-Marie Touzin, candidats du Front de gauche aux élections législatives

6 Messages

  • On ne peut pas être signataire d’un tel texte et au même moment recvoir Hollande à Aubervilliers. Il fallait boycotter cette visite comme l’a fait le maire de Gennevilliers recemment quand El Komrhi est venue à Aubervilliers.

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    • Ça y est ,nous y voila déjà en pleine campagne pour les prochaines élections législatives de juin avec leurs thèmes de prédilection ... qui nous ont mené droit dans le mur :
      ’’ demain c’est promis on rase gratis dans le 9-3 VOTEZ POUR NOUS ’’

      Vive la République une et indivisible !
      Elle s’appelle , jusqu’à présent, U T O P I E .

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    • Jusqu’à quand devra-t-on supporter l’humiliation dans les villes populaires ? Le 17 février à 18:44, par Le silence est enfin rompu. Merci !

      On se demandait si quelqu’un allait enfin prendre position sur cette visite. C’est fait, et bien fait, bravo !

      Une honte, Hollande, El Khomri et Guigou paradent à la cité Lénine !

      Officiellement le chef de l’État a assisté, à Aubervilliers, à une table ronde sur la Garantie jeune, auprès de bénéficiaires dans les locaux à la mission de l’emploi.

      En réalité ce fut une opération de communication gouvernementale qui a frôlé l’insulte envers la population d’Aubervilliers. En effet à la fin d’un mandat désastreux pour notre pays et sa population, alors qu’il avait fait la promesse d’améliorer la vie des habitants, son seul résultat étant la trahison de ses engagements pris ; venir à Aubervilliers dans ces conditions est une véritable provocation. Oser parader ici, alors que la population d’Aubervilliers est l’une des plus pauvres de France où le chômage est au plus haut c’est honteux. De plus défiler accompagné de la ministre El Khomri responsable en « chef de la loi travail » qui démolit toutes les lois de défense des travailleurs obtenus par les luttes ouvrières depuis plus de 100 ans, cela est indécent. Et bien sur il y avait aussi Elisabeth Guigou la députée socialiste qui soutien toujours l’ex premier ministre Valls et qui a voté toutes les lois contre les travailleurs et populations. Comme élu de la Gauche Communiste, je suis depuis 33 ans au cotés des habitants de la cité Lénine, j’ai dans ces conditions refusé d’être présent à cette mascarade, mais aujourd’hui je ne peux me taire devant le traitement médiatique de cette virée gouvernementale déshonorante. Heureusement, l’une des jeunes stagiaires présente a très bien résumé le positionnement de nombreux jeunes d’Aubervilliers et une syndicaliste CGT a interpellé très justement le président de la République.

      Jean Jacques Karman
      Maire adjoint d’Aubervilliers
      Membre du Comité National du PCF
      Conseiller général honoraire de la Seine Saint Denis

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  • Si on rasait déjà comme tout le monde, ce serait déjà pas mal.

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