Offensive dangereuse contre la "théorie du genre"

Les parents ne doivent pas être abusés

mardi 28 janvier 2014

De nombreux parents à Aubervilliers ont reçu des messages ou des SMS les invitant à ne pas envoyer leurs enfants à l’école une journée par mois : la JRE (Journée de Retrait de l’Ecole). A l’origine de ces messages, des officines liées aux réseaux homophobes, anti-mariage pour tous, anti IVG... qui apparaissent de plus en plus dans la sphère publique. Ce sont eux qui organisent dimanche prochain la manifestation dite manif pour tous (par opposition au mariage pour tous, ndlr)

Par le biais de SMS, de messages sur les réseaux sociaux, ces officines appellent à lutter contre ce qu’ils considèrent comme un enseignement de la théorie du genre dans les écoles. Cette théorie consiste à considérer que l’identité sexuelle n’est pas seulement déterminée à la naissance mais par la société. C’est ce point qui fait l’objet de tous les fantasmes et dérives qu’on observe sur les sites qui relaient cette offensive réactionnaire. Il s’agirait d’un encouragement à la perversité, à la débauche, à l’homosexualité...

Lutter contre tous les obscurantismes

Il est pourtant logique que l’institution scolaire, par des pratiques et programmes adaptés au degré de maturité de l’enfant, éduque au refus du sexisme et des discriminations. C’est d’autant plus nécessaire que par la loi pour le mariage pour tous, la représentation nationale a pris acte des évolutions de la société.

Il est normal que les programmes de l’éducation nationale aillent dans ce sens, même si la sensibilisation à ces questions est très largement insuffisante, tant les stéréotypes ont la vie dure. On a encore en mémoire maman qui fait la vaisselle et papa lisant le journal, même s’il ne fume plus la pipe depuis longtemps, (loi Evin oblige).

C’est dire que la question n’est pas neutre et que le chemin à parcourir pour l’égalité et le refus des discriminations est encore long. Il ne saurait souffrir de voir se lever des obstacles motivés par des obscurantismes religieux ou philosophiques sous un habillage pseudo-scientifique.

A Aubervilliers, une offensive insidieuse et perverse

A Aubervilliers, l’offensive apparaît d’autant plus insidieuse et perverse que beaucoup de parents figurent sur des listes de diffusion, notamment au sein du réseau "Educauber". Ils s’y sont inscrits dans le cadre d’actions progressistes pour la défense de l’école : défense des rased, de postes d’enseignants, contre une réforme bâclée des rythmes scolaires...

En tombant sur ces messages, ils les lisent souvent sans prendre de précaution particulière, et croient parfois en une prose bien-pensante !

Dans la ville voisine de Saint-Ouen, le phénomène a pris une telle ampleur que l’Inspection de l’Education Nationale a du faire une mise au point auprès de la communauté scolaire.

Sur ce site, nous souhaitons contribuer à dénoncer cette offensive et soutenir parents et les enseignants pour défendre les valeurs d’égalité mises à mal par une manœuvre qui repose sur une idéologie rétrograde et réactionnaire.

Armand D.

9 Messages

  • Les parents ne doivent pas être abusés Le 28 janvier 2014 à 18:40, par Poisson Rouge

    Je suis enseignant au Bourget (collège Didier Daurat) et nous vivons le même genre d’attaques obscurantistes. Les parents sont invités par SMS à interdire à leurs enfants d’assister aux séances du projet « lutte contre le sexisme ». Une mère d’élève m’a dit qu’elle ne voulait pas « qu’on transforme son fils en fille ». Incroyable !

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  • Les parents ne doivent pas être abusés Le 29 janvier 2014 à 08:35

    Un communiqué de la FCPE 93 donne un éclairage un peu plus précis sur cette offensive orchestrée dans laquelle certains parents ont été piégé.

    Mardi 28 janvier 2014


    La FCPE de Seine Saint Denis soutient les « abcd de l’égalité »

    La FCPE de Seine Saint Denis tient à alerter les parents d’une offensive importante, menée dans de nombreux départements contre le programme « abcd de l’égalité » lancé par le ministère des droits des femmes. Liées pour certaines à l’extrême-droite et aux mouvements de « la manif pour tous », ces personnes font un amalgame entre ce programme et un enseignement de la « théorie du genre » dont l’objectif serait d’apprendre l’homosexualité aux enfants dès la maternelle. Ils invitent les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l’école un jour par mois. Il n’y a rien de plus faux !

    Les « abcd de l’égalité » visent à éduquer à l’égalité garçon-fille et à travers elle à lutter contre tout type de discriminations. Ces modules seront proposés cette année dans plus de 600 classes de la grande section de maternelle au CM2, avant d’être généralisés. L’objectif affiché du ministère des droits des femmes est d’ « amener dès le plus jeune âge les élèves à s’interroger sur leurs représentations du monde, les freins qu’ils s’imposent à eux-mêmes parce que filles, parce que garçons, le respect qu’ils se portent. » et de « prévenir très tôt les phénomènes d’autocensure comme ceux de violence, donner confiance en eux, aux filles comme aux garçons, pour simplement être soi en ne se laissant pas enfermer dans des carcans et des rôles prédéterminés et inégalitaires.

    Les opposants à ce projet cherchent à faire peur aux parents d’élèves en expliquant que la « théorie du genre » vise à remettre en cause les fondements naturels biologiques de l’identité des sexes afin de nier la différence entre un homme et une femme et à imposer l’homosexualité comme nouvelle norme sociale. Assez d’instrumentalisation !

    Les « abcd de l’égalité » concourent à la lutte contre les inégalités de réussite scolaire, d’orientation et de carrières professionnelles entre filles et garçon qui sont, hélas, bien réelles. D’autant que ce type de projet pédagogique l’esprit critique et peut permettre de faire reculer tous les stéréotypes : racistes, d’âge, de classe..

    Pour toutes ces raisons, la FCPE de Seine Saint Denis soutient les « abcd de l’égalité » et encouragent tous les parents à refuser les injonctions d’un petit groupe aux idées d’un autre âge qui y voient ici la remise en cause d’un quelconque ordre moral.

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  • Les parents ne doivent pas être abusés Le 30 janvier 2014 à 08:09

    Bonjour,
    J’ai deux enfants en classe à Victor Hugo et j’ai reçu un mail qui nous demandait de ne pas envoyer d’enfants à l’école par le réseau éducauber. Je n’ai pas bien compris pourquoi et je pense que la personne qui l’a envoyé voulait dire qu’il ne fallait pas suivre. Mais elle ne l’a pas dit de façon claire et dans la tete des parents, ça a fait parler.
    Je vous remercie de mettre les choses au point mais tout le monde ne va pas sur votre site.

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    • Les parents ne doivent pas être abusés Le 30 janvier 2014 à 12:21

      @ la maman qui nous dit tout le monde ne va pas sur votre site : c’est un grand tort, on le voit à cet exemple de l’appel au boycott de l’école via les réseaux sociaux... Mais qu’elle se rassure, il y a quand même du monde qui vient... sur les rythmes scolaires par exemple, les 14 papiers publiés ont fait l’objet de plus de 8000 visites uniques....
      Armand D.

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  • Les parents ne doivent pas être abusés Le 3 février 2014 à 10:51

    Peillon a réagi en affirmant qu’il n’y avait pas de théorie du genre à l’école. C’est une réponse politique pour apaiser les parents. Mais il faut bien comprendre que la théorie du genre est un apport intéressant pour mieux comprendre les situations de discrimination et lutter contre, les différences...
    Par rapport à la sexualité, accompagner un enfant puis un jeune dans sa différence plutôt que le stigmatiser, accompagner les parents pour qu’ils puissent eux aussi accompagne leur enfant en devenir est essentiel. Se voiler la face, c’est continuer à faire souffrir les êtres en devenir qui se cherchent. Et on considère qu’ils représentent 8 ou 9% de la population.

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    • Les parents ne doivent pas être abusés Le 3 février 2014 à 15:31, par réflexions en cours

      Accepterions-nous aujourd’hui de voir une femme noire présentée comme une étrangeté de la nature comme cela se passait encore il y a un siècle ? Non parce que nous sommes plus éduqués.

      Désormais, nous sommes une majorité à vouloir dépasser les discriminations, les inégalités de notre temps : discriminations à l’embauche, salariales, droits réduits pour certaines catégories de la population en fonction de la couleur de la peau, de la sexualité, du sexe.
      Nous savons que les préjugés, les représentations pèsent très lourds et empêchent de progresser.

      Il faut dire que revisiter des constructions sociales qui depuis toujours assignent aux femmes les seconds rôles, hierarchisent les êtres humains en fonction de la couleur de leur peau, rejettent les individus dont les pratiques sexuelles sont jugées anormales ou immorales, n’est pas une mince affaire.

      S’interroger soi-même sur ses préjugés et ses représentations permet déjà de revisiter le regard que l’on porte sur l’autre, de le reconnaitre et de lui accorder une place. Bref, c’est un pas de fait vers l’égalité.

      Mais l’éducation est le rempart le plus efficace contre les préjugés et les représentations. Celle des enfants notamment par l’intermédiaire de l’école.

      Alors, ceux qui ne se sont pas encore aperçus que la société n’est pas figée ou qui ont besoin de conjurer leurs peurs, convoquent la pseudo théorie du genre qui dans sa version la plus extrême viserait à transformer les filles en garçons et les garçons en filles. Cette dernière hypothèse semble d’ailleurs, à la lecture des délires en cours, plus inquiéter que le basculement vers le sexe féminin.

      La transformation de filles en garçons et des garçons en filles est une histoire d’apprentis sorciers comme transformer le plomb en or. Il n’y a pas plus de théorie du genre que de théorie du genre humain.

      Bref, le risque n’est pas pour demain.

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      • Les parents ne doivent pas être abusés Le 3 février 2014 à 17:09, par réfléchissons

        A Réflexion en cours... Entièrement d’accord avec votre raisonnement sauf avec la fin... La théorie du genre existe bien puisqu’elle a a fait objet de théorisation. Je crois qu’il faut la prendre comme un outil qui nous aide à dépasser une conception purement biologique de la sexualité. La question posée est de savoir si on doit rester bloqué à cette conception biologique ou si au contraire, on doit aller au delà pour comprendre l’homosexualité et à partir de là accepter la différence. A partir de là, on entre dans le débat sur le mariage pour tous, sur le fait d’avoir des enfants pour un couple homosexuel...
        Et accessoirement, au nom de qui ou de quoi peut-on s’opposer au bonheur pour tous ?

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