Conjurer le pire

la lettre de Patrick Le Hyaric du 13 avril 2022

mercredi 13 avril 2022

La redoutable tenaille du scrutin présidentiel, imposée par les institutions de la 5e République, s’est encore une fois refermée pour empêcher tout projet de rupture avec le système. Les pièges tendus aux électrices et électeurs ont fonctionné à plein, comme l’ont souhaité les puissances d’argent. C’est la troisième fois que les républicains, les démocrates, les humanistes doivent faire un douloureux choix pour empêcher l’élection d’un représentant de la PME familiale du château de Montretout.

Et pour la seconde fois consécutive, la gauche est interdite de second tour. Nous sommes donc contraints de choisir entre le camp de « la raison capitaliste » et la cheffe de l’extrême-droite, dont le ravalement de façade est trompeur. Ce camouflage a été possible par l’entreprise commune d’un chroniqueur du Figaro, adepte de Pétain et de la « remigration », et du ministre de l’Intérieur en place, reprochant à la dame alliée de tous les proto-fascistes que compte l’Europe, d’être « devenu trop molle ».

En apparence donc, l’affiche du second tour est la même que lors de la dernière élection présidentielle. Mais le fond de l’air est bien plus inquiétant. Très inquiétant !

À force de souffler sur les braises de cette extrême-droite raciste, xénophobe, antisémite, anti-républicaine, le Président sortant aura, jusqu’au dernier jour de la campagne électorale, renforcé sérieusement le poison qu’il avait promis de combattre.

Il ne l’a pas fait. Il a même repris certaines de ses thèses dans des lois « sécuritaires » et « séparatistes » tout en insultant en permanence ceux qui ne seraient « rien ».

Comme à d’autres périodes, en Allemagne ou en Italie, l’extrême-droite s’appuie sur les colères attisées durant le quinquennat de M. Macron, lequel est contraint maintenant d’en appeler aux forces de gauche pour faire barrage au pire.

Dans l’unité, la gauche a répondu présente et prend des initiatives pour que Le Pen, alliée de Zemmour et de Dupont-Aignan, ne s’installe pas à l’Élysée.

Pas question de laisser les tenants de la guerre identitaire, de la préférence nationale, de l’abolition du droit du sol, de la disparition des lois antiracistes, de la remigration et de ses charters, du capitalo-nationalisme et son cortège de concurrence des travailleurs entre eux, de service aux plus fortunés, d’un coup de force constitutionnel caché sous les atours de la démocratie, prendre les leviers de l’État.

Utiliser, le 24 avril, le bulletin de vote qui porte le nom d’E. Macron, ne vaut en aucun cas approbation de sa politique antisociale et anti-démocratique de ces dernières années.

Le Président doit reconnaitre qu’avec moins de 28 % des suffrages il n’a aucun blanc-seing. Ses choix et ses propositions sont massivement rejetés. Il doit en tenir compte et changer sa manière de gouverner, modifier ses orientations au risque que nombre d’électrices et d’électeurs ne se déplacent pas pour aller voter au second tour.

Conscient que le « bloc d’hostilité sociale » est majoritaire, son seul appel vise à construire une grande coalition autour de lui. C’est un leurre qui vise à une « union nationale » au service des objectifs du grand capital.

Autrement dit, sur le fumier de la décomposition politique qu’il organise, il tente de créer un grand parti de gouvernement permettant d’amplifier le remodelage de la France aux canons de la mondialisation capitaliste tout en laissant se développer face à lui une force de droite extrême.

C’est le modèle politique des États-Unis qui serait importé pour boucher toute alternative politique.

Faire front contre l’extrême-droite aujourd’hui est donc essentiel. Ce funeste projet de ligotage de notre peuple et des travailleurs doit être mis en échec. Les forces existent pour cela.

En effet, la gauche et l’écologie politique représentent plus de 32% des suffrages exprimés. Ce léger progrès est tiré pour l’essentiel par les scores de Fabien Roussel et de Jean-Luc Mélenchon une nouvelle fois en augmentation. Il s’en est fallu de peu pour que ce dernier affronte le Président sortant au nom de la gauche au second tour. Sa capacité à mobiliser l’électorat populaire, plus du tiers des jeunes et une part majoritaire de l’électorat de gauche est remarquable.

L’abstention et la nature de ce refus d’aller voter de 10 millions d’électrices et d’électeurs constituent un nouveau séisme politique dans un contexte où les clignotants qu’allume le capitalisme financier sont d’un rouge vif : stagnation des salaires alors que tous les prix de tous les produits de première nécessité montent en flèche, aggravant la crise sociale, amplification de la crise démocratique, crise écologique, guerres et famines dans le monde. Besoin d’un droit nouveau à la santé pour toutes et tous, nécessité d’un projet moderne pour l’éducation et la formation accessible gratuitement pour toutes et tous…

Une immense majorité de nos concitoyens cherchent des réponses positives à ces grands enjeux. Elles n’existent pas dans le cadre du capitalisme qui n‘a que faire des êtres humains et de la nature.

Alors que le 2d tour est gros de risques et de périls, l’enjeu immédiat est de barrer la route à l’extrême-droite en utilisant, sans illusion, le seul outil pour ce faire : le bulletin E. Macron.

Cette expression électorale, l’utilisation de ce droit démocratique, va de pair avec la préparation des combats à venir contre les mandataires des puissances d’argent et la recherche d’une large unité de la gauche dans le maximum de circonscriptions avec des candidats communs pour un programme de législature au service des intérêts populaires et nationaux. C’est l’une des premières leçons à tirer du premier tour de l’élection présidentielle.

Patrick Le Hyaric 13/04/2022

1 Message

  • Conjurer le pire Le 13 avril à 20:56, par The question

    Est-ce que nous ne serons pas dépassés par cette prise de position ? Nous entendons tous autour de nous sauf à être sourds des gens qui ne veulent plus entendre parler de Macron parce qu’ils ont trop souffert. Faut-il les taxer d’irrationnalité alors que leur appréciation est tout sauf irrationnelle ? La victoire de Le Pen est devenue possible.

    Est-ce qu’il n’y a pas un moment où les mots sont vains ? Est-ce que nous ne sommes pas pris dans une vague populaire qui rendrait vaine toute bonne conscience ? Aurions nous tort de ne penser la situation uniquement en nous posant en rempart de l’extrême droite ? Est-ce qu’on n’est pas à la veille d’une situation de révolte, pour ne pas dire révolutionnaire parce que l’électro-choc sera terrible ?

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