Commémoration du 17 octobre 1961 à Aubervilliers

Un crime d’État qui devrait être condamné par la France

mercredi 16 octobre 2013

Nous reproduisons ce-dessous le discours prononcé par Meriem Derkaoui lors de la cérémonie de commémoration du 17 octobre 1961,à la passerelle de la Fraternité.

Au nom du Groupe des élus communistes et citoyens d’Aubervilliers, nous nous joignons aux associations, organisations syndicales, les partis politiques et personnalités signataires de l’appel contre l’oubli et pour la justice, pour commémorer, en ce 52ème anniversaire, ce triste jour longtemps occulté.

Longtemps oublié, le 17 octobre 1961 est entré dans le calendrier, l’année dernière quand le chef de l’État a déclaré que « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes ».

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Fleurs jetées dans le canal Saint-Denis en commémoration des victimes des crimes du 17 octobre 1961

La répression des dizaines de milliers d’Algériens, qui manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris, est rappelée et les faits établis. Aujourd’hui la responsabilité doit être reconnue et le crime d’État clairement nommé. Le système colonial, brutal, inhumain et profondément injuste doit être condamné par la France et les États qui ont mené ces guerres coloniales dans le seul but de s’enrichir aux dépens des populations. Ce n’est pas de pardon qu’il s’agit mais bien de la volonté politique d’en finir avec les velléités de domination, de choc des civilisations, c’est plus que jamais nécessaire quand des discours politiques détournant l’hommage légitime aux morts pour la Patrie pour honorer des criminels de l’OAS et d’anciens tortionnaires notoires, par la République jusqu’à suggérer leur entrée aux Invalides. Il fallait la vigilance des associations et militants anti-racistes et des droits de l’Homme pour leur refuser les honneurs.

52 ans après, l’État français n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les drames engendrés par la Guerre d’Algérie. Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des "bienfaits de la colonisation", à ériger des stèles pour les nostalgiques de l’Algérie française, alors que des grands hommes, anticolonialistes de la première heure, ayant subi les affres de la torture sont partis en toute humilité, refusant les honneurs, je veux évoquer, l’un d’entre eux disparu récemment notre camarade Henri Alleg, journaliste, homme politique et écrivain, qui est venu maintes fois à Aubervilliers témoigner de cette France de l’honneur et de la dignité, et qui était présente ici et là-bas, agissant pour la paix et la solidarité entre les deux peuples.

C’est au prix de la reconnaissance, que pourront disparaître les séquelles les plus graves de la Guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyennes et citoyens, ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, éternels immigrés « ne faisant pas partie du corps social d’origine » pour reprendre les termes de l’ancien ministre de la défense.

Notre appel commun estime que dans une démocratie on ne construit pas sur des mensonges, et des occultations. Après plus d’un demi-siècle, il est temps que des mesures significatives soient prises :
-  Que le Président de la République, au nom de la France, confirme, par un geste solennel, la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’état.
-  que la Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie soit redéfinie sur les bases de la recherche et du dialogue, éloignées de l’influence des nostalgiques de l’Algérie française.
-  que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens.
-  que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.

Nous continuerons à Aubervilliers, chaque année, à célébrer la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour la liberté et la dignité. Plus près de nous ceux qui luttaient contre l’oubli, et qui n’ont pas renoncé, je veux évoquer la mémoire de Mouloud Aounit,Secrétaire général puis Président d’Honneur du MRAP, conseiller régional, fondateur de l’Association 93 au cœur de la République, disparu en 2012.

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