8 mai 1945, 9 mai 2013

Se souvenir du massacre de Sétif

vendredi 10 mai 2013

Au lendemain de la victoire sur le nazisme se déroulait un épisode longtemps occulté de notre histoire. Les forces militaires françaises réprimaient durement les manifestations survenues dans la foulée de la libération pour l’indépendance de l’Algérie. C’étaient les massacres de Sétif et Guelmia qui ont fait 20000 à 30000 morts voire davantage selon les estimations de source algérienne. Le relent des guerres coloniales survenait avec un gouvernement français auréolé de la victoire sur le nazisme. Il écrivait pourtant l’une des pages les plus sombres de l’histoire coloniale française.

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à gauche, le vice-consul d’Algérie en France, Meriem Derkaoui devant le pupitre, à droite, Abderrahim Hafidi, adjoint au maire délégué à la culture aux côtés du maire, Jacques Salvator.

A Aubervilliers, les citoyens, les élus ont compris que, seule, l’exigence de vérité et de justice permettrait de refermer cette cicatrice encore vive dans les relations entre les deux peuples. Nous nous en sommes fait à plusieurs reprises l’écho sur le site, notamment par rapport aux autres événements qui s’inscrivent dans cette logique de guerre coloniale, comme la tragédie du 17 octobre 1961. Il faut à ce sujet rendre hommage à tous ceux qui œuvrent pour que ceux-ci soient inscrits dans la mémoire collective. À Aubervilliers, on pense bien sûr à Jack Ralite qui en 2001 a fait poser une plaque sous la passerelle de la Fraternité, au collectif créé autour de Mouloud Aounit, le 93 au cœur de la République qui poursuit ce travail autour du 17 octobre, à tous ceux qui comme Didier Daeninckx se sont servi de leur plume dès les années 80 pour dénoncer ce crime d’État, ou encore le parti communiste qui a pris des initiatives comme celle du 14 novembre 2012 sur la torture lors des guerres coloniales.

Le parti communiste a ouvert ses archives

Meriem Derkaoui qui s’exprimait au nom du parti communiste a fortement insisté sur ce besoin de vérité, que seul un réel travail d’historien peut mener à bien. C’est une très bonne chose que le parti communiste ait ouvert ses archives, acquiesce Jacques Salvator, souhaitant que les autres forces politiques, à commencer le parti socialiste, fasse de même pour avancer sur une écriture de l’histoire respectueuse des faits. Il faut continuer à mettre en lumière les responsabilités de chacun, y compris celle des gouvernements dans lesquels le parti socialiste avait des responsabilités, poursuit-il.

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Jacques Salvator, maire, prend la parole au cours de la cérémonie qui s’est déroulée dans le quartier du Landy, devant un bâtiment industriel reconverti en entrepôt.

L’initiative municipale a le mérite de rappeler que l’héritage des guerres coloniales n’est pas encore soldé. Tous les participants ont souhaité par leurs interventions que celle-ci contribue à une écriture de l’histoire tournée vers l’avenir. On n’a pas très bien suivi le premier magistrat de la ville dans sa tentative de mise ne cohérence de cette cérémonie avec d’autres initiatives municipales comme celle relative aux harkis. Alors rendez-vous le 9 mai 2014 pour faire encore un petit pas dans notre quête de fraternité entre les deux rives de la Méditerranée.

Éric Plée