Inauguration de la résidence étudiante 80 avenue de la République le 13 octobre 2012

Hommage de Pascal Beaudet à Carmen Caron

lundi 15 octobre 2012

Il y a presque un an, vendredi 28 octobre 2011, Carmen Caron nous quittait. Je voudrais reprendre cette citation du poète par laquelle Jack Ralite concluait l’hommage qu’il a rendu le 3 novembre dernier, lors de ses obsèques

"Heureux celui qui se jette au bout de lui même"
Pour être demeuré pareil à toi, merci

Ce vers d’Aragon va comme un gant à Carmen, tant elle a nourri les aventures humaines qui ont fait Aubervilliers ces cinquante dernières années.

Née d’une maman espagnole et d’un papa italien livreur de lait et de pains de glaces, Carmen, bonne élève à l"école, rêvait d’être prof de gym. Sa santé ne lui a pas permis de le devenir, mais elle s’est consacrée toute sa vie à la jeunesse. Monitrice de colonie de vacances, directrice de centre de loisirs, Carmen n’a jamais rechigné à prendre des responsabilités : secrétaire nationale des Vaillantes et Vaillantes, fondatrice de l’Omja dont elle est restée directrice de 1965 à 1975, date à laquelle elle est presque naturellement devenue adjointe au maire chargée de la jeunesse, elle a continué à présider aux destinées de l’association jusqu’en 1983.

Alors qu’André Karman puis Jack Ralite lui ont confié d’autres responsabilités, Carmen a été vice-présidente de l’Office HLM, adjointe au maire chargée de l’enseignement, jamais elle ne s’est éloignée des questions de jeunesse et des questions sportives. Son petit fils Harriss l’a maintenue dans le giron du foot, d’abord au CMA, puis à travers le sport-étude qu’il a fréquenté. Ceux qui côtoyaient Carmen sentaient combien les destinées de son petit-fils lui tenaient à cœur. Mais elle a toujours conservé la lucidité de l’éducatrice qu’elle est restée et la clairvoyance d’un système qu’elle ambitionnait de transformer.

Élue pendant 31 ans, dont 24 en tant qu’adjointe au maire, elle pouvait compter sur le soutien et l’amitié de Madeleine Cathalifaud longtemps chargée des questions sociales au conseil général, Madeleine Cathalifaud, avec qui elle entretenait une rare proximité. Elle est toujours restée disponible. Et pas exemple on se souviendra encore longtemps de son rôle pour être plus proche des gens dans son quartier du Pont-Blanc. La démarche quartier lui tenait particulièrement à cœur. Son humour lui permettait de jauger ses interlocuteurs et d’apporter les réponses les mieux adaptées. On se souvient de son dernier combat contre la barrière de la cité Robespierre qui du jour au lendemain avait été installée au grand dam des locataires qui se sont tournés vers Carmen pour résoudre le problème.

Carmen nous laisse un héritage, mais surtout un espoir

Carmen avait aussi présidé ces dernières années aux destinées du groupe communiste au conseil municipal. Sa connaissance de la ville, sa clairvoyance des enjeux politiques l’ont rendue incontournable à l’heure où elle aurait souhaité passer la main. Mais c’est toujours avec application et enthousiasme qu’elle intervenait pour soutenir une politique municipale dont on se dit aujourd’hui, en inaugurant cette résidence, qu’elle laisse un héritage mais surtout un espoir.

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Élue militante ou militante élue, on a bien du mal à faire la distinction, Carmen n’a jamais été perçue comme une professionnelle de la politique. Pourtant elle y a baigné toute sa vie à travers le parti communiste auquel elle est restée fidèle. Imprégnée dans le quotidien des gens, elle avait cette capacité à faire le lien entre les grandes questions du moment et le vécu des habitants qui reconnaissent en elle une figure qui aujourd’hui nous manque.

Je ne veux pas terminer cette brève intervention sans dire un mot sur l’engagement internationaliste de Carmen, notamment dans la solidarité avec les combattants antifascistes espagnols aux premiers rangs desquels on comptait de nombreux communistes, y compris des hauts cadres du parti communiste espagnol, comme son secrétaire général Santiago Carrillo, un temps clandestin à Aubervilliers. Le dévouement de Carmen à cette cause de l’Espagne Républicaine est une image inséparable de ses combats, inséparable du rôle d’Aubervilliers dans l’histoire de ce pays et de l’internationalisme progressiste.

A sa fille Muriel, son petit-fils Harriss, son gendre Kamel, son beau frère François Asensi, député de Seine-Saint-Denis qui a nous a adressé une lettre très émouvante, à ses proches et amis, je voudrais dire, au nom de mes camarades, toute notre reconnaissance à Carmen qui m’a beaucoup appris et qui nous a beaucoup donné.

Qu’une résidence sociale porte désormais son nom est, comme le disait François Asensi dans sa lettre, une juste reconnaissance. Je remercie Monsieur le Maire de permettre aujourd’hui, que la mémoire de notre "petite mère" comme l’appelait affectueusement Jean Sivy, soit préservée.

1 Message

  • Hommage de Pascal Beaudet à Carmen Caron Le 17 octobre 2012 à 17:10, par Laurent Ginette

    Je n’ai pas pu assister à cet hommage fait à Carmen Caron et je m’en excuse, mais j’étais de tout coeur avec vous. J’ai été très sensible a ce bel hommage que tu lui a rendu, ainsi que celui de François assensi. Amicalement à tous Ginette laurent