Quelques éléments de réflexion sur la situation en Afghanistan

lundi 1er septembre 2008

Plusieurs camarades nous ont demandé de faire connaître, d’une manière développée, la position des communistes sur la situation en Afghanistan. Nous publions donc ci-après les réflexions rédigées le 25 août par Jacques Fath, responsable des questions internationales à la direction du Parti.

Après l’émotion, les déclarations, vient le temps de l’analyse, de la réflexion de fond non seulement sur les causes de l’événement – l’embuscade qui a coûté la vie à 10 soldats français – mais sur le contexte, sur les politiques conduites par la France, par les Etats-Unis et l’OTAN et sur l’état du monde… La guerre en Afghanistan n’est pas un fait isolé. C’est une réalité qui témoigne directement des problèmes et enjeux du monde d’aujourd’hui.

Beaucoup parlent de la nécessité d’assumer les risques, de la noblesse de l’action, de la fierté de l’engagement… Mais nul n’empêchera une mère, une épouse, un fils… de s’indigner et de se demander : est-il juste de mourir à 19 ans ? Est-il juste de mourir pour une politique dont la légitimité même est en cause ?

Pour justifier cette guerre en Afghanistan les autorités françaises affirment que s’y joue la sécurité de la France (donc des Européens). Ce serait LA lutte à mener contre le terrorisme.

Les citoyens français, dit-on, n’auraient pas très clairement conscience de cet enjeu. Un sondage récent montre qu’ils seraient majoritairement favorables au retrait des troupes françaises (55%). On peut inscrire cette opinion au compte de l’émotion. On peut aussi penser que les Français se posent beaucoup de questions sur les événements mais aussi les choix politiques effectués. Comment pourrait-il en être autrement alors que la France s’enlise dans une guerre qui est devenue une impasse de plus en plus dramatique de jour en jour ?

Depuis le 11 septembre les conflits au Moyen-Orient en particulier se sont exacerbés. Le niveau de violence n’a cessé d’augmenter. Le terrorisme n’a pas été vaincu ou affaibli. Il a augmenté. On est donc obligés de constater que les politiques conduites n’offrent pas les bonnes réponses. Elles ont, en fait, alimenté les crises, nourri l’impasse, encouragé les extrémismes et le terrorisme. C’est le résultat de la politique de G. Bush. Certainement la politique la plus rétrograde, la plus déstabilisatrice, la plus dangereuse que les Etats-Unis aient jamais mis en œuvre dans leur histoire.

Il est donc consternant que ce soit cette politique là que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, ait choisi d’approuver, de soutenir et de reproduire à sa façon. Par exemple, en ce qui concerne l’Afghanistan, en déplaçant les bombardiers français du Tadjikistan à Kandahar pour les intégrer plus directement aux opérations aériennes de l’OTAN.

Là est le vrai problème politique. L’alignement sur l’administration américaine, la volonté de procéder à une réintégration complète de la France dans l’organisation militaire de l’OTAN ont conduit notre pays à un suivisme aventureux et dramatique, à s’engager dans des guerres qui ne sont pas des réponses adaptées et légitimes mais au contraire des facteurs aggravants, sinon déclenchant, de la violence et du terrorisme.

L’enjeu essentiel du nouvel état du monde ce n’est pas de trouver les réponses sécuritaires et militaires au terrorisme après le 11 septembre. L’enjeu est de définir les conditions économiques, sociales, institutionnelles, culturelles, politiques de la satisfaction des besoins multiples des peuples et des sociétés. Il faut donc bouleverser complètement la nature des choix effectués. La sécurité est d’abord le fruit du développement dans toutes ses dimensions. Personne, évidemment, ne peut nier les exigences sécuritaires. Cependant, lorsque le militaire n’apparaît plus comme un moyen mais comme l’axe quasi exclusif d’une politique de puissance et de domination – c’est le cas dans la politique de G. Bush - le résultat se lit par exemple dans les chaos irakien et afghan et dans l’impossibilité d’apporter une réponse durable aux crises que ce soit en Asie, Afrique ou ailleurs.

La France doit changer radicalement de politique, renoncer à l’intégration complète dans l’organisation militaire de l’OTAN, redéfinir, pour elle et pour l’Europe, un autre rôle dans le monde et une politique étrangère et de sécurité indépendante et non atlantiste.

N’oublions pas que c’est de l’Afghanistan dont il s’agit. Un pays où 70% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Dans ce pays, l’espérance de vie se situe entre 40 et 45 ans, un enfant sur quatre meurt avant l’âge de 5 ans ; le niveau d’alphabétisation est estimé inférieur à 40% ; 8O% des afghans n’ont ni eau courante ni électricité ; le chômage est massif ; une majorité des Afghans n’ont pas accès à une alimentation suffisante…

Ce n’est pas la pauvreté, ni en Afghanistan, ni ailleurs qui produit le terrorisme. Mais n’est elle pas le terreau favorable pour tous ceux qui cherchent à instrumentaliser politiquement la misère et l’ignorance dans des intégrismes et des extrémismes qui ouvrent à la violence ?

La guerre alimente ces dérives graves et préoccupantes. Elle les encourage. Les forces militaires étrangères quelle que soit la mission qu’elles prétendent avoir, sont considérées comme des forces d’occupation. En Afghanistan les bombardements de l’OTAN – auxquels les avions français participent régulièrement - ont fait des centaines de mort “par erreur” dans la population civile (et encore très récemment), comme si la vie de ces personnes n’avait pas d’importance. Le sentiment d’injustice profonde, le refus de l’arrogance des puissances dominantes, sans oublier le sort intolérable fait au peuple palestinien en particulier… tout alimente confusément mais radicalement, en Afghanistan et ailleurs, les désirs de revanche ou de vengeance et un anti-occidentalisme qui sert d’idéologie au terrorisme. C’est ainsi que l’on nourrit ce qu’on appelle le “choc des civilisations”. Il faut absolument sortir de cette impasse meurtrière.

Le 21ème siècle risque d’être terrible si on ne prend pas la mesure du défi, si on continue à exacerber les crises par des politiques de guerre et des logiques de puissance, si on ne contribue pas d’urgence à la résolution des principaux problèmes du monde actuel : éradiquer la grande pauvreté, coopérer pour aider au développement dans toutes ses dimensions et d’abord les dimensions essentielles (santé, emploi, éducation, alimentation, culture…) ; favoriser la démocratie et soutenir les forces qui agissent pour qu’elle progresse (il y a des forces démocratiques et progressistes en Afghanistan) ; faire respecter le droit international dans l’esprit de la Charte des Nations Unies ; obtenir une solution juste au conflit du Proche-Orient…

Lorsque le Chef d’ Etat major des armées dit “le temps des opérations extérieures faciles est terminé”, il ne sous-estime pas les précédentes. Il avoue que tous les risques sont devant nous. On comprend de cette façon que les contradictions de ce monde parviennent déjà à produire des tragédies et que l’on aura un monde invivable si on continue comme aujourd’hui.

C’est pour cette raison que la question posée en Afghanistan n’est pas une question militaire. Il ne s’agit pas seulement de modifier la tactique et d’employer d’autres moyens. Il s’agit d’une question politique. C’est un défi politique énorme devant lequel la France, les Européens notamment se doivent de réagir avec force et détermination.

Il est donc indispensable de montrer immédiatement la nature des changements que l’on veut dans les politiques conduites. Ce qui doit guider l’action est le sens de la responsabilité et de la solidarité.
Il ne s’agit pas d’abandonner le peuple afghan à son sort et, quant à la suite, de s’en laver les mains. La France ne peut plus continuer à cautionner la politique de force américaine. Elle doit cesser d’ y contribuer. Mais elle a un rôle à jouer. Elle peut et doit agir en Afghanistan, comme ailleurs, afin de contribuer à une issue. C’est sa responsabilité de membre permanent du Conseil de sécurité. Des forces sont certainement nécessaires pour garantir la sécurité des populations civiles. Elles doivent agir sous drapeau de l’ONU. Un effort considérable pour des projets de reconstruction bénéficiant directement à la population doit être réellement entrepris pour que l’action de la Communauté internationale soit réellement constructive et perçue comme telle. L’aide promise doit être effectivement attribuée alors qu‘aujourd’hui sur les 25 milliards de dollars annoncés depuis 2002 pour la reconstruction et le développement, 10 n’ont pas été versés (rappelons que le projet national afghan demande une aide de 50 milliards de dollars sur 5 ans). Et sur les 15 réellement dépensés, 40% sont retournés aux pays donateurs en profits de sociétés et salaires de consultants. Les agriculteurs doivent être aidés à abandonner la culture du pavot (l’Afghanistan fournit 90 % de l’opium dans le monde). Les moyens politiques nécessaires doivent être employés pour isoler les franges les plus radicales des Talibans. Une coopération très serrée doit être engagée avec le Pakistan afin qu’il contribue à la sécurité de sa frontière et que les aides aux Talibans et aux autres forces extrémistes cessent. La France doit provoquer à l’ ONU l’organisation d’un état des lieux sur les interventions étrangères et les opérations de maintien de la paix, en mettant l’accent sur le refus des logiques de force et de la guerre, sur les stratégies nécessaires au règlement des conflits mais aussi sur la réalisation, d’ici 2015 comme initialement prévu, des objectifs du Millénaire pour le développement, puisque l’on sait d’ores et déjà que ces objectifs visant à diminuer la pauvreté par deux à cette date , ne seront pas atteints si les politiques ne changent pas.

Enfin, la France et ses partenaires européens ne peuvent plus faire semblant de croire qu’on va vers un règlement du conflit israélo-palestinien tout en laissant Washington agir et soutenir unilatéralement Tel Aviv dans sa politique de colonisation et d’occupation. Le poids du conflit du Proche-Orient dans la dégradation des relations internationales, depuis des années, est déterminant. Il est plus que temps d’agir pour l’application des résolutions des Nations Unies.

Le peuple afghan doit bénéficier d’une vraie coopération, efficace et suffisante et sentir que c’est le résultat du multilatéralisme et de l’action des Nations Unies alors qu’aujourd’hui c’est la domination américaine et britannique dans les décisions, qui s’impose comme une évidence.
Et pour finir, ne pas oublier les urgences : le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afghanistan, M. Kai Eide, a lancé le 19 août dernier un appel à contribution pour que les Afghans puissent faire face à la hausse des prix alimentaires, à la sécheresse et à la baisse des récoltes. Ce sont les plus pauvres qui sont les principales victimes désignées de cette crise alimentaire. Le représentant de l’ONU a lié cette crise à la croissance de l’insécurité.

1 Message

  • jf fait une analyse correcte du problème afgans mais oubli le rôle joué par l’ex-urss dans le drame que vit ce pays !!et la suite qui en découle dans le s-e asiatique !
    facile d’accuser les américains de tous les maux mais nous avons nos propres responsabilités ,elles date de 1945 !
    aujour’hui notre tache est la construction d’un pôle démocratique et indépendant de 500 millions d’habitants en dehors des blocs en train de se reconstituer ,et dans ce cadre nous serions plus fort pour répondre aux provocations d’ou quelles viennent en particulier en Europe de l’est.c’est l’objectif à atteindre !en sommes nous capable !!!!