Aubervilliers, 27 août 1944

lundi 25 août 2008

Charles Tillon le 27 août 1944 à Aubervilliers : Un aspect méconnu de la Libération

Le 27 août 1944, Charles Tillon, sorti depuis à peine quelques jours de la clandestinité, est à Aubervilliers.

Devant la Mairie défilent des centaines de FTP qui se dirigent vers les lignes de bataille du secteur Le Bourget-Blanc-Mesnil. Aux côtés de Charles Tillon, se tient le Comité militaire national des FTP et, notamment, Pierre George (Fabien) et Albert Ouzoulias (André).
Les hommes qui montent au combat viennent de livrer bataille dans le sud et l’ouest de la région parisienne [1] et ont participé à la libération de la capitale.

A la veille de l’insurrection, la direction militaire nationale des FTP a fait venir d’autres régions des cadres aguerris chargés d’encadrer l’insurrection populaire. A la différence d’autres mouvements de résistance qui privilégient l’occupation de bâtiments officiels et autres lieux de pouvoir, les FTP attaquent des casernes, y récupèrent des armes et en font la base matérielle et humaine de l’insurrection. Recruter et s’armer en combattant, telle est l’orientation des FTP.

Chassés de Paris, les nazis résistent et tentent même des contre-attaques. Dans le secteur du Bourget-Blanc-Mesnil, la situation est dangereuse. Le FTP qui défilent ce 27 août devant la Mairie d’Aubervilliers vont chèrement payer le prix du sang.

Dans son livre, On chantait rouge (pp. 406-407) [2] , Charles Tillon a livré son témoignage sur la journée du 27 août à Aubervilliers. Le voici.

« Des combats se poursuivaient toujours à 15 Km de Paris quand, le 27 août, je me rendis à Aubervilliers (que j’avais quitté en septembre 1939). Ce fut pour y saluer d’abord le colonel Fabien et ses soldats à l’heure où il rassemblait un bataillon en banlieue Nord pour partir vers l’Alsace. Des amis et d’anciens électeurs m’entouraient ;

- Charles, va falloir remettre ça ! On nous refuse d’entrer à la mairie comme sous Laval, protestaient-ils. C’est toi notre élu…

Je m’informai. L’organisation du secteur était commandée par des gradés FFI. Mais Laval, en passant par Paris, n’avait pas oublié le berceau de sa fortune ni d’anciens conseillers assez prudents pour avoir démissionné en fin 1943 et qui prétendaient garder la gestion municipale au nom de la continuité de l’Etat ! Et les militaires qui tenaient les portes avaient ordre d’attendre les ordres du Comité parisien de libération.

- Mets tes galons de colonel, me dirent les copains, on va te suivre.

Je fouillai mes poches et retrouvai l’assemblage de cinq bouts de galons dorés que Colette [3] m’avait fabriqués le jour de la répartition communautaire des grades FFI par des rouages clandestins. Mon béret frété d’autorité, je fis ouvrir les portes de la mairie, suivi de quelques dizaines d’électeurs. Un commandant sanglé dans un uniforme emprunté à plusieurs armes arriva, suivi de quelques hommes armés de mitraillettes STEN.

- Colonel Tillon, dis-je. C’est vous qui occupez la mairie ?

Devant cinq galons, le commandant se mit au garde-à-vous. La discipline des armées triomphait et il fut convenu que nous demanderions solidairement une réunion des résistants d’Aubervilliers pour contraindre les vieux amis de Laval à se résigner à une cure de silence.

Ajoutons que lorsque les organisations groupées dans les comités locaux de la Résistance se mirent d’accord pour partager les postes de gérance dans les mairies en attendant les élections, elles me désignèrent en tant qu’élu député au suffrage universel depuis 1935 comme maire provisoire. [4]

Détail curieux, ce fut Léo Hamon, l’ancien avocat des municipalités communistes, mon défenseur contre Laval en 1935, qui vint contester mon droit à la fonction de maire d’Aubervilliers. Mais il fut mis en minorité par les résistants de la commune, comme il l’avait été pendant la trêve qu’il défendait dans le CNR. »

Notes

[1Les secteurs sud et ouest sont considérés par les FTP comme présentant l’enjeu stratégique le plus important : c’est en effet la voie d’entrée dans Paris pour la deuxième division blindée du général Leclerc.

[2On chantait rouge, Robert Laffont, 1977, 581 pages

[3Marie-Louise Camaillat (dite Colette) est depuis 1930 la compagne de Charles Tillon

[4En réalité Charles Tillon a été élu conseiller général de la Seine pour le canton d’Aubervilliers le 26 mai 1935. Son élection à la députation date de mai 1936.

1 Message

  • Aubervilliers, 27 août 1944 Le 3 septembre 2008 à 10:04, par André Narritsens

    Résistance/Libération

    La situation rencontrée à Aubervilliers le 27 août est très caractéristique d’un état de fait politique plus général.

    La levée en masse à but insurectionnel caractérisant cette phase de la lutte antifasciste et patriotique s’est réalisée (le chapeau de l’article le rappelle) à partir des objectifs militaro-politiques des diverses composantes de la Résistance.

    Il en a résulté des situations curieuses telle celle évoquée par Charles Tillon.
    Dans la Mairie d’Aubervilliers, ce 27 août, plane manifestement l’ombre de Laval.

    D’évidence un grand travail reste à faire sur la période des années noires.

    On s’y met ?

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