Emile Dubois/Maladrerie/Fort d’Aubervilliers : où en est-on ?

lundi 25 juin 2012

Après la réunion du conseil de quartier du 20 juin 2012, y voit-on un peu plus clair sur la situation à venir du quartier Emile Dubois/Maladrerie/Fort d’Aubervilliers ?

À vrai dire la réunion n’a guère apporté d’informations nouvelles (encore que la construction d’une tour se soit invitée au programme) si ce n’est la restitution des initiatives de concertation des habitants engagées à la demande de la ville et de Plaine commune par le cabinet CUADD Conseil au cours des trois derniers mois à propos de l’aménagement envisagé du secteur du Fort [1]. Les résultats en termes de participation des habitants sont très faibles et la lecture des contributions figurant sur le site internet dédié confirment cette tendance. Comment être surpris de ce fait compte tenu du caractère encore très abstrait/flou/généraliste du projet envisagé qui rend toute véritable contribution difficile ? Ajoutons que l’extinction quasi complète de toute vie de quartier depuis quatre ans s’ajoute comme une difficulté supplémentaire.

La présentation des « projets urbains » a été faite au pas de charge par M. Vannier qui n’a rien apporté de nouveau, sauf l’annonce de l’arrivée prochaine d’un Data center qui s’installera sur les 8 000 m2 de l’ancien site industriel de France machine outil, rue Réchossière. Cette usine informatique, grande consommatrice d’électricité, non seulement ne créera qu’une petite cinquantaine d’emplois mais a suscité quelques inquiétudes quant à la finalité de son activité. Télécity groupe, propriétaire du Data center, opère en effet principalement dans le domaine des jeux en ligne… Interrogé sur ce point M. Vannier a réagi assez brutalement, parlant de fantasme et présentant la structure comme ayant une vocation généraliste.

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Barre Grosperrin

Il a salué ce qui devrait être une belle réussite architecturale et indiqué que la grande chaleur émise serait utilisée pour le chauffage de la résidence étudiante qui doit se construire rue Marcelin Berthelot (cette résidence étudiante, on avait cru le comprendre, était autrefois prévue avenue Jean Jaurès). L’opération immobilière entreprise rue Emile Dubois (107 logements) par la société Vilogia a également été saluée et devrait accueillir des habitants des logements de la partie de la barre Charles Grosperrin qui doit être démolie. Ce satisfecit étonne car le bâtiment Vilogia constitue un raté de première grandeur non seulement par l’esthétique sous laquelle il se présente mais en raison de son insertion au forceps dans une zone du quartier déjà particulièrement dense.

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Vilogia, un projet à l’esthétique douteuse dans un quartier très dense

M. Lanternier a pour sa part exposé les opérations de rénovation des sanitaires réalisées dans la cité Emile Dubois et a annoncé l’engagement prochain des opérations de démolition des 4, 5 et 6 allée Charles Grosperrin dès que la question du relogement des actuels occupants sera réglée.

Il s’est félicité du chantier de rénovation de l’îlot Daquin. Le propos étonne car non seulement cette rénovation a été réalisée sans aucune concertation des habitants mais le chantier a connu de grands dysfonctionnements qui se traduisent par d’importants retards. L’ambiance autour du chantier est lourde, de nombreuses dégradations se produisent quotidiennement. Les contrôles constants des jeunes qui « stationnent » dans le secteur par la police (BST) n’arrangent pas la situation : si un trafic de drogues existe depuis longtemps, [2] tous les jeunes n’y sont pas impliqués, mais la police ne fait pas de distinction.
Le gros point noir que constitue la situation au 27 Rabot n’a pas été évoqué. Il en a été de même de la construction autrefois envisagée d’un gymnase semi enterré dont Mme Yonnet avait salué l’intérêt et le caractère architectural innovant. On doit en conclure que le gymnase a disparu des projets.
Par contre une nouveauté est apparue : l’édification à l’angle de la rue Danielle Casanova et de l’avenue Jean Jaurès d’une tour de onze étages, qualifiée par M. Lanternier de « petit bâtiment » qui devrait accueillir 57 logements et des commerces.

La construction de cette tour (à l’endroit presque exacte où a existé il y a une vingtaine d’années une construction équivalente) laisse pantois. Non seulement aucune concertation n’a eu lieu sur ce point et la décision est parfaitement bureaucratique mais à jouer ainsi sur la structure du quartier sans aborder l’ensemble des questions urbaines et humaines qui se posent, on expose les habitants à mal vivre, entassés qu’ils sont sur des territoires étroits sous équipés dans tous les domaines.

M. Lanternier a annoncé le lancement d’une opération de longue haleine concernant la Maladrerie, s’attribuant au passage le mérite de l’initiative. Il a déclaré souhaiter la mise en place d’un groupe de suivi composé d’habitants volontaires.

M. Lanternier ne doit pas s’inquiéter, les habitants de la Maladrerie vont fortement s’impliquer dans ce processus. Le cahier des revendications étant particulièrement garni ils ne se satisferont pas d’actions de façade mais exigeront que les réponses adéquates soient apportées aux questions très lourdes qui se posent à la cité, à la fois dans ses dimensions architecturales, de conception d’usage et humaines.

André Narritsens

Notes

[1Depuis mars 2012, l’Agence foncière et technique de la région parisienne, aménageur du quartier, organise pour sa part une concertation réglementaire préalable à la création de la ZAC du Fort d’Aubervilliers ayant pour objet de présenter les grands principes du projet afin de prendre en compte les avis et observations des riverains, des futurs usagers et de toutes les personnes concernées ou intéressées par l’aménagement du site.
- une réunion publique a ainsi eu lieu à l’Espace Renaudie ;
- une exposition est présentée en mairie d’Aubervilliers et un registre destiné à recueillir les avis y est également installé ;
- un dossier de présentation du projet est consultable dans la mairie d’Aubervilliers

[2On se souvient que le préfet Lambert interpellé sur ce point lors d’un conseil de quartier avait nié la situation et organisé quelques temps après une spectaculaire opération qui avait abouti à la saisie d’une tonne de cannabis dans un parking souterrain et à quelques interpellations !

4 Messages

  • Et les squats ? Le 26 juin 2012 à 07:54, par Christian

    Merci pour ce compte rendu, mais il y a une absence. Si je me souviens, bien l’ilot Daquin abritait de nombreux squats et l’OPH avait indiqué que ces squats seraient résorbés à l’occasion des opérations de résidentialisation. Qu’en est-il ?

  • Toujours là Le 26 juin 2012 à 19:11, par AN

    Christian a raison, il n’a pas été question des squats lors de la réunion du CQ. Ils sont pourtant toujours bien là, l’Office est toujours aussi passif et il n’a pas tenu parole.

    Tels sont les faits.

  • Ce quartier dispose d’un point fort : c’est ses habitants qui se sont souvent impliqués dans les concertations et les projets de rénovation. Là, on a l’impression que tout se fait sans eux, que des bâtiments sont posés là comme des cubes et sans recherche de cohérence autre que celle des équilibres financiers.

    On assiste à un délitement du lien social dont on voit qu’il ne produit plus de désir commun mais au contraire une certaine lassitude. Et le ton du texte le montre bien.

    La démocratie locale ne peut pas tout mais les péripéties qui ont émaillé son fonctionnement au cours des quatre dernières années ont fait qu’elle était vidée de toute substance. Sans même évoquer le caractère fantasque (pour employer un terme sympathique) du président du conseil de quartier qui a surtout réussi à démobiliser l’administration municipale et les habitants qui pouvaient avoir quelque compétence, on constate la régression de l’implication des habitants sur une question comme celle de l’urbanisme. Alors que ce quartier a connu d’importants changements depuis deux ou trois dizaines d’années, on se dit que si les habitants ne peuvent être acteurs de ces ceux-ci en y apportant leur avis fondé sur un vécu, ils ne pourront s’approprier le quartier avec les conséquences qui en résulteront sur leur vie quotidienne.

    Pour prendre un autre exemple à l’échelle d’une cité, celui de l’aménagement de la dalle de la cité Lénine est là pour en témoigner. On a aujourd’hui le sentiment d’un vide dans cet espace avec de minutieuses réalisation paysagères peu visibles et déjà dégradées. Pourtant, les locatairesi se réjouissaient du traitement de leur espace extérieur qui devait donner un résultat plus avenant notamment par l’image d’une meilleure sécurisation. Mais ils n’ont pu être entendu et ont vu se construire sous leurs yeux un aménagement dont ils se sont toujours senti étrangers...

    Comme quoi, la démocratie locale, ça sert quand même à quelque chose, et même si on était insatisfait de la démarche quartier des précédentes mandatures, on se dit que l’absence de contrôle citoyen est encore pire.

  • Gonflé Le 28 juin 2012 à 08:54, par André Narritsens

    Hier soir s’est tenue en Mairie une très courte restitution de la concertation entreprise autour du projet du Fort. Rien de nouveau n’a été dit par rapport au conseil de quartier.

    Je suis brièvement intervenu pour dire qu’il fallait considérer le Fort dans les rapports qu’il entretient avec les quartiers qui l’environnent et que dans ce cadre il fallait travailler notamment à remettre la Maladrerie dans ses concepts fondateurs.

    Le Maire a vivement réagi en indiquant que la Mala n’était pas un écoquartier en raison du fait qu’elle était tout électrique puis m’a ensuite, hors réunion, dit avec arrogance que "je les lui gonflais avec nos échecs", qu’à l’époque de la réalisation de la Mala il était au PSU et avait fait des propositions en matière énergétique.

    Je lui ai répondu que je lirai avec un très grand plaisir ses contributions d’il y a 30 ans et que le PSU était manifestement pour lui une sorte de moment virginal de son existence.

    Visiblement très gonflé, il m’a tourné le dos.

    Camarades, il va falloir s’occuper très sérieusement de la Mala !