Les langues se délient à l’éducation nationale...

Quelles perspectives pour Aubervilliers ?

mardi 5 juin 2012

Le nouveau ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, a rendu public dix sept rapports de l’inspection générale que son prédécesseur gardait sous le boisseau pour les ressortir (ou pas) au gré de sa politique de communication. Quand on sait que les écoles, collèges et lycées d’Aubervilliers sont souvent en première ligne des politiques de l’éducation nationale pour mettre en place des dispositifs nouveaux, on se dit que ce type d’outil devrait au contraire, être rendu public et largement débattu nationalement et localement. On ne peut que saluer le refus de rétention d’information qui anime le nouveau ministre.

Mais peut-être faudra-t-il rappeler que le système scolaire, c’est de deux à dix huit ans et souvent au delà...

Les questions qui nous intéressent localement sont de nature diverse : scolarisation à deux ans devenue impossible dans le département, éducation prioritaire, remédiation pour les enfants en difficulté, réussite aux examens très en dessous des moyennes départementales et nationales, évitement scolaire, internats... À ces interrogations, on mesure le caractère global de l’effort à engager à tous les étages du système pour aller vers une réelle égalité républicaine.

Vu l’ampleur de la tâche et les dégâts accumulés, on conçoit des priorités. Mais on ne saurait accepter une politique fondée sur la seule priorisation accordée à l’enseignement primaire avec pour corollaire une école du socle commun (en réalité, smic culturel), par opposition à une école ayant pour ambition une culture commune de nature à relever les défis qui attendent la jeunesse au XXIème siècle telle que la conçoit le front de gauche.

Rapport accablant sur les internats d’excellence

Fleuron de la politique éducative du quinquennat Sarkozy, les internats devaient être l’aiguillon qui redynamiserait le système en donnant espoir à des élèves méritants. Seul problème, il était bien difficile d’avoir un quelconque bilan de ces structures. À Aubervilliers, Madame Theurier adjointe au maire, invitée par le maire à faire un rapide bilan de l’internat de Bury lors de l’avant dernier conseil municipal n’a pu qu’évoquer la fête de l’internat et la prochaine journée portes ouvertes ! C’est un peu court. On comprend mieux pourquoi à la lecture du rapport de l’Inspection générale, celui-ci est resté sous le coude du ministre Chatel. On comprend mieux aussi pourquoi la gauche, le parti socialiste par la voix de Bruno Julliard et le parti communiste avec Henriette Zoughebi (http://www.ozp.fr/spip.php?article11471), s’est élevée avec virulence contre des projets vitrine, dispendieux et inefficace.

Innovation pédagogique inexistante, coût exorbitant

Les inspecteurs relèvent les moyens disproportionnés alloués à ces établissements. Ainsi, au delà des moyens périscolaires, d’encadrement pour les devoirs, d’animation, déjà considérables, les seuls moyens en professeurs pour un établissement comme celui de Sourdun en Seine et Marne, où est scolarisée une poignée d’enfants d’Aubervilliers et de Pantin sont le double, voire le triple d’un collège sur notre territoire. À ce coût, les résultats aux examens suivent, encore heureux. Mais c’est surtout au prix d’un bachotage intensif marqué par la multiplication des devoirs sur table, et non de pratiques dites innovantes que ce résultat est obtenu. Le rôle d’aiguillon pédagogique qui était assigné à ces structures pour dynamiser le système est sans objet. Les projets s’apparentent davantage à la tarte à la crème des quinze dernières années (informatique et développement durable pour l’internat d’Aubervilliers) qu’à une recherche de dynamique pour favoriser les démarches d’apprentissage. Quant à la population scolaire accueillie, on est loin de l’objectif affiché de toucher des enfants exclusivement issus de milieux défavorisés. Et l’Inspection de relever les sentiments mitigés des familles par rapport à ces structures qui finalement remplissent plutôt une fonction d’évitement scolaire...

Pas de solution miracle, encore moins de solution transposable à l’ensemble du système. L’inspection ne conçoit la survie du système que par l’implication financière des collectivités territoriales. Est-ce souhaitable, au risque de creuser encore les écarts entre collectivités riches et collectivités pauvres ?

Éric Plée

3 Messages

  • Quelles perspectives pour Aubervilliers ? Le 5 juin 2012 à 15:10, par Daniel

    A lire le rapport on doute fortement de l’efficacité de ces internats qui ne concernent au final que quelques milliers de jeunes. De plus la part des élèves boursiers n’y est que de 60% en moyenne, et le taux d’abandon en cours de route y est très important ce qui relativise la qualité pédagogique de ces structures. Entre 10 et 30% de l’effectif des internats d’excellence ne termine pas l’année.

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  • Lancées en 2008 par Sarkozy, ces structures étaient censées symboliser le concept d’égalité des chances en accueillant des élèves des quartiers populaires et leur permettre de bénéficier de condition d’apprentissage optimales. L’expérience montre que nous nous trouvons en fait face à une politique d’affichage au coût exorbitant et qui n’apporte pas les résultats attendus.

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  • Quelles perspectives pour Aubervilliers ? Le 14 juin 2012 à 17:20, par Que fait l’Education nationale ?

    D’autant que si on veut que tous les jeunes aient les mêmes chances, il suffit de donner les mêmes moyens aux collégiens de Seine-Saint-Denis qu’aux collégiens de Neuilly, du Raincy ou de Paris 16e. Rien de bien compliqué en somme....

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