14 février à Aubervilliers : assemblée du Front de Gauche sur l’écologie

Les communistes attendus au tournant... du nucléaire

mercredi 22 février 2012

Ceux qui n’avaient pas feuilleté le programme du Front de Gauche s’attendaient peut-être à ce que la question de l’environnement soit le supplément d’âme du candidat Mélenchon. Ceux qui l’avaient un peu lu, ne pouvaient s’empêcher un sourire en coin à l’évocation du concept de planification écologique.

Pourtant, les participants à cette quatrième assemblée du Front de Gauche ont vite compris que s’il est un domaine où le programme est sans doute le plus novateur c’est précisément sur la question du développement durable. La présence de têtes nouvelles révélait bien l’attente qu’il y a dans notre ville à changer de mode de production et de consommation des richesses.

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En atteste d’ailleurs à Aubervilliers le succès régulier des ventes de fruits et légumes et plus récemment de viande bio en direct des producteurs à l’initiative des communistes. Des actions sans doute symboliques mais révélatrices d’autres possibilités en terme de qualité, de solidarité avec le monde rural, de circuits de distribution simplifiés et surtout moins lucratifs pour les intermédiaires... Et c’est précisément de ces enjeux dont il a été question pour dénoncer une forme de mondialisation qui allonge les circuits de production et de distribution en jetant sur les routes des files de 40 tonnes dont la finalité est de mettre en concurrence des hommes et des ressources sur des territoires différents pour effectuer un profit maximum au mépris de la planète.

D’emblée, Martine Billard place la question du réchauffement climatique et des conséquences qu’il induit au cœur des préoccupations. L’ancienne dirigeante des Verts qui a franchi le pas pour rejoindre le Parti de Gauche a pu mesurer les limites de propositions formulées avec le parti socialiste ou les verts dans un cadre qui ne remettait pas profondément en cause les rapports sociaux. C’est dans la construction du Front de Gauche qu’elle a pu trouver à la fois le volontarisme mais surtout les outils qui permettent d’être à la hauteur de transformations avec ce concept de planification écologique.

PCF et écologie : mariage de la carpe et du lapin ?

Pas tant que cela, car au delà des divergences entre composantes du Front de Gauche, notamment sur le nucléaire, l’ensemble s’accorde sur une triple nécessité :
- Le besoin d’une puissance publique qui joue à la fois un rôle régulateur mais qui se donne les moyens d’une réelle capacité d’investissement pour la recherche sur le long terme, là où le privé est dans une logique de retour rapide sur investissement.
- L’urgence d’investir pour la diversification des sources d’énergie, de réinvestir dans les transports en privilégiant le rail, dans la mise au normes thermiques des logements et des équipements publics.
- Un pôle 100% public de l’énergie (EDF, GDF, Areva, Total renationalisé), un grand service public de l’eau...

Hervé Bramy, chargé au PCF de l’écologie et ancien président du conseil général du département a du faire beaucoup sur cette question. Les acquis sont loin d’être anecdotiques (prix Natura 2000 -le 93 a été le seul département urbain à l’obtenir-, plusieurs fois lauréat au concours national de fleurissement, réalisation du parc qui porte désormais le nom de son concepteur, Georges Valbon), les expériences comme la géothermie à la Courneuve ou au Blanc-Mesnil sont porteuses d’avenir, pour peu qu’elles bénéficient de recherches et de soutiens qui permettent d’exploiter les nappes profondes bien plus chaudes que celles qui sont actuellement utilisées.

Et il y a des solutions à trouver pour le retraitement des déchets ménagers toujours plus nombreux, en évitant de les transporter dans le département voisin comme cela a été longtemps le cas... Bref, le débat a été dense, il a souvent posé plus de questions qu’il n’a porté de certitudes, montré les interactions entre les échelles locale et planétaire dont on est obligé de prendre la mesure ne serait-ce que par les déplacements de population entraine du fait du réchauffement climatique...

Référendum sur le nucléaire : aboutissement du débat ou fuite en avant ?

On le sait, les positions sur le nucléaire divergent entre partenaires du Front de Gauche : nucléaire sécurisé pour le PCF avec des investissements dans une nouvelle génération de centrales mieux sécurisées (EPR), encore qu’en France, véritables investissements dans la recherche en faveur des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie) pour être réellement en capacité de stocker l’électricité (parti de gauche ou convergence et alternative) afin de permettre une sortie du nucléaire coïncidant avec la fin de vie des centrales actuellement en exploitation. La question appelle un débat public qui permette de poser tous les éléments sur la table, un peu comme l’avait permis le débat autour du TCE en 2005. Et la ligne de partage traditionnelle entre les pro-nucléaires du PCF et les anti-nucléaires des autres composantes du Front de Gauche a révélé un côté artificiel qui s’est estompé face aux arguments scientifiques et techniques. L’échange d’argument au cours de la soirée a montré que loin d’être un échappatoire, la question du référendum était au contraire une invitation à travailler sinon à rapprocher les points de vue, en tout cas à poser toutes questions y compris celles qui fâchent et dont on peut désormais débattre sereinement.

Eric Plée

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