Rapport parlementaire sur les perspectives pour la jeunesse dans le monde méditerranéen

Le cri des jeunes à Patrick le Hyaric : « Nous ne sommes pas représentés »

mercredi 25 janvier 2012

Patrick le Hyaric, député européen, a voulu entendre des jeunes exprimer leurs attentes pour préparer le rapport qu’il doit présenter prochainement à l’assemblée euro-méditerranée. Une quinzaine d’entre eux, réunis en marge de l’assemblée tenue samedi 21 janvier 2012 à Aubervilliers pour les assises de l’immigration tunisienne, a su déranger par les exigences de justice qu’ils expriment.

Le « printemps arabe » accélérateur des contradictions ?

Si le terme de printemps arabe est contesté, le phénomène n’en entraîne pas moins des exigences qui débordent le cadre des pays arabes et agit comme un révélateur de contradictions même au local, comme l’a montrée l’arrivée importante de migrants dont « certains dorment sous le périph’ à deux pas de chez nous », souligne une jeune d’Aubervilliers. Ils se retrouvent dans des situations souvent dramatiques, l’incendie de Pantin en octobre dernier en était l’un des symptômes. La question des relations des migrants avec leurs compatriotes installés devient parfois conflictuelle, et la seule solidarité, notamment des associations, montre à la fois son insuffisance et ses limites, révèlent les discussions entre jeunes engagés dans des causes diverses.

Ceux, qui nombreux, se sont impliqués dans le monde associatif pour développer une citoyenneté par des actions de coopération notamment de part et d’autres de la Méditerranée insistent sur la nécessité de promouvoir des droits qui mettent un terme à une situation de domination qui perdure sous une forme issue du colonialisme.

Définir un nouvel espace en terme de droits

La question des étudiants du monde arabe qui peinent à trouver un logement, des subsides en matière de bourses d’études, ne disposent pas de possibilités comme le programme Erasmus (qui permet en Europe six mois d’études à l’étranger), des équivalences de diplômes, est relevée par un universitaire. Ce sont les mêmes qui paient plein pot l’exploitation salariale quand ils accèdent à l’emploi (médecins urgentistes dans les hôpitaux…) ou encore doivent passer sous les fourches caudines de le liste des 14 métiers instaurée par Guéant pour espérer travailler en France, souligne-t-il.

De même, la question des droits sociaux, comme l’impossibilité pour un retraité qui a travaillé et cotisé en France d’utiliser sa carte vitale au pays dans lequel il a souhaité retourner, ou des droits civils comme le droit de vote dans le pays de résidence, se présentent avec une acuité plus forte aujourd’hui pour ces citoyens traits d’union entre les deux rives.

Aussi, la double citoyenneté des émigrés qui soutiennent la famille au pays, des villes qui vivent presque uniquement du tourisme, posent la question du statut des femmes et des hommes acteurs du développement et de ces espaces dont les jeunes attendent qu’ils répondent à des objectifs de développement durable, notamment en matière de maîtrise de la consommation d’eau ; et que ces questions ne soient pas l’apanage des seuls pays riches...

Le statu-quo actuel intenable pour l’Union européenne

L’Europe actuelle ne saurait se satisfaire de son fonctionnement actuel admet l’ensemble des participants, même si la proposition de Patrick Le Hyaric de création d’un outil financier de coopération qui serait distinct des organismes comme le FMI, la banque mondiale et la banque centrale européenne au service d’une politique purement monétaire de soutien à l’euro et aux plans de restructuration au sein des États qu’ils mettent sous tutelle, ne convainc pas de prime abord des jeunes méfiants vis-à-vis de tout ce qui est institutionnel. L’exemple des coopérations qui passent par les systèmes politiques en place, et l’exemple du système Ben Ali est cité, sont source de détournement et d’appauvrissement qui incite au scepticisme.

Qatar « dégage » !

Mais « si l’Europe ne tient pas son rôle » d’autres le tiendront à sa place, souligne le représentant du collectif C3, tout en privilégiant la société civile comme moteur d’une coopération Nord Sud. Ce militant de la cause culturelle des deux rives note : « il n’y a pas de révolution sans culture » et souligne le foisonnement créatif issu du mouvement né il y a tout juste un an en Tunisie. Pas étonnant de voir les acteurs du monde culturel tunisien refuser les tentatives de récupération exercées par l’émirat du Qatar à coup de liasses de dollars.

« Prends toi en charge toi-même et n’attends pas qu’on te tende la main » insiste une jeune femme universitaire qui a monté son association et son journal auprès d’un jeune d’Auber. Un peu court comme programme estime ce jeune qui rame à trouver un emploi et une place dans la société. Dialogue difficile mais qui a le mérite de se tenir et qui montre la nécessité pour la jeunesse d’être représentée par elle-même pour créer une rupture avec les champs actuels du politique pour que chacun y trouve sa place.

Éric Plée

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