En commémoration de la manifestation du 17 octobre 1961

"Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi

mercredi 5 octobre 2011

A l’appel du Front de libération nationale (F.L.N.), des milliers d’Algériens venus de Paris et de toute la région parisienne, défilent, le 17 octobre 1961, contre le couvre-feu qui leur est imposé. Cette manifestation pacifique sera très sévèrement réprimée par les forces de l’ordre.
50 ans après, la cinéaste met en lumière une vérité encore taboue. Mêlant témoignages et archives inédites, histoire et mémoire, passé et présent, le film retrace les différentes étapes de ces événements, et révèle la stratégie et les méthodes mise en place au plus haut niveau de l’Etat : Manipulation de l’opinion publique, récusation systématique de toutes les accusations, verrouillage de l’information afin d’empêcher les enquêtes…

« J’ai eu l’idée de ce film, lors de la préparation en 2007, de mon précédent documentaire, L’Autre 8 mai 1945 – aux origines de la guerre d’Algérie. Ce film rappelait qu’en Algérie, lors du défilé célébrant la victoire contre l’Allemagne nazie, les algériens avaient revendiqué leur indépendance. La répression fit des milliers de victimes. Lors des projections de ce film en France et à l’étranger, le public faisait naturellement le lien entre ces événements et ceux d’une autre répression oubliée, celle de la manifestation d’Algériens à Paris, le 17 octobre 1961. Les questions fusaient. Absente des manuels scolaires, cette histoire fut d’abord étouffée puis simplement ignorée pendant de nombreuses années.

Au cours de mon travail préparatoire, j’ai pu obtenir toutes les dérogations nécessaires pour consulter les archives (de la Préfecture de police de Paris, des Archives nationales…). Ce travail de recherche m’a permis de trouver une matière exceptionnelle. De très nombreux documents inédits (rapports, enregistrements sonores, films, photos) permettent d’apporter un nouvel éclairage sur ces événements. » Yasmina Adi

Dim. 9 octobre à 15h : rencontre avec la réalisatrice, Yasmina Adi
(séance en partenariat avec 93 au cœur de la République )

En Avant-première (programmation au Studio à partir du mercredi 2 novembre - Mer. 2 à 19h30, Ven. 4 à 18h, Dim. 6 à 17h, Lun. 7 à 19h30)

NdMT : Ce 17 octobre est le cinquantième anniversaire de la manifestation des algériens qui avait tourné au massacre orchestré par Maurice Papon alors préfet de police. Le site rendra compte des initiatives qui visent à faire sortir de l’oubli ce terrible événement. Nous encourageons nos lecteurs à y participer, à commencer, la première d’entre elles, qui se déroulera au cinéma "le studio par la projection" de "ici, on noie les algériens" en avant première.

7 Messages

  • "Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi Le 7 octobre 2011 à 07:36, par Il n’est jamais trop tard....

    Il est temps que le PCF d’Aubervilliers se bouge sur ce triste événement... Heureusement que le PS de Jacques Salvator a depuis longtemps impulsé la mobilisation !

  • "Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi Le 7 octobre 2011 à 09:17, par beo

    "il n’est jamais trop tard" se répète comme en 2010 ; Répètons donc à notre tour que la plaque en hommage à ce massacre a été apposée par la précédente municipalité. Et on stoppe là cette polémique, merci.

  • pour mémoire Le 7 octobre 2011 à 12:46, par désaccord

    La politique ne sera jamais un pur cristal, la contingence est le contraire de la transcendance. Mais que l’on renvoie aux communistes l’actuelle démarche du socialiste Jacques Salvator comme élément à charge contre les élus PCF d’Aubervilliers est une incroyable grossièreté historique et morale.

    “Il n’est jamais trop tard”, flagorneur récidiviste vis à vis de J. Salvator, ferait bien de nous rappeler les prises de position des grands acteurs politiques de cette époque, celle de la guerre menée en Algérie par les gouvernements de la quatrième République française et les premiers de la cinquième, afin que chacun sache bien de qui et de quoi on parle. Merci pour eux.

  • "Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi Le 7 octobre 2011 à 15:41, par Je comprends rien !

    La travail de mémoire et de sortie de l’oubli de ce sinistre évènement à Aubervilliers c’est seulement Salvator ? Soyons un peu sérieux car même l’intéressé n’aurait pas cette outrecuidance, malgré ses convictions sans doute sincères sur le sujet. Vous ne le servez pas en le mettant ainsi en avant, et surtout vous ne servez pas l’histoire.

  • "Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi : manifestation du 17 octobre 1961 Le 9 octobre 2011 à 22:00, par on reste sur sa faim.

    Pour rendre justice à ces familles que l’Etat français a privé du deuil de l’un des leurs, la réalisatrice place au coeur de son propos la parole des victimes. De multiples documents d’archives inédits donnent un éclairage nouveau à ce travail de mémoire : images de la salle de commandement de la préfecture, du palais des sports, du tarmac d’Orly.... rendent sinistrement pertinents les mécanismes de ce crime d’Etat étouffé et donnent du souffle au travail de Yasmina Adi.

    Regrettons que nombre de témoignages se succèdent en déconnexion du contexte politique, syndical et social de l’époque et laissent le spectateur sur sa faim. Le film ne donne pas d’éléments sur le parcours de certains témoins dont le propos tel qu’il est relevé n’apporte pas grand chose à la compréhension de l’évènement. Privilégiant l’émotionnel sur la prise en compte du rapport de force politique dans la société française (pas un mot sur le parti communiste, pourtant actif au même titre que le PSU dans la lutte anti-coloniale), le film constitue un témoignage utile à verser au dossier pour sensibiliser l’opinion à ce crime d’Etat. Ce n’est peut-être pas si mal mais les spectateurs qui ont assisté à l’avant première en présence de la réalisatrice attendaient un peu plus de ce documentaire.

    E.P.

  • Le PSU de même que le Parti communiste ??? Le 10 octobre 2011 à 18:21, par Kollontaï

    Contextualisons, contextualisons ! Comparer l’action du PSU pendant la guerre d’Algérie à celle du PCF, c’est comme de comparer l’actuel Parti des radicaux de gauche au Parti socialiste : "un cheval, une alouette"... Il n’y a pas de comparaison possible entre les deux. C’est une question d’échelle.
    Cela n’enlève aucunement le mérite des militants du PSU qui se sont battus contre la guerre d’Algérie mais ce n’était pas du même ordre ni du même niveau que l’engagement du Parti communiste contre cette guerre coloniale immonde.

  • "Ici on noie les algériens !" de Yasmina Adi Le 18 octobre 2011 à 18:11, par André Bonetto

    En 1961, j’étais chauffeur de taxi de nuit.
    Dans la nuit du 17 octobre 61, j’ai pris en charge un Nord Africain, et, arrivé à la Porte de Pantin, j’ai vu des harkis et la police faire descendre d’un taxi un Algérien qu’ils ont tabassé à coup de poings. J’ai pu me faufiler et éviter d’être contrôlé.Plus tard, j’ai pris en charge un autre jeune Algérien, bien habillé, à Boulogne, et qui voulait rentrer à Nanterre.Je lui ai conseillé que l’on évite le pont de Saint Cloud car les policiers contrôlaient l’entrée et la sortie du pont. Nous avons fait bien des détours et j’ai ramené ce jeune homme à Nanterre. Il m’a remercié.Cette nuit-là, les taxis étaient recherchés par les Algériens qui fuyaient les violences policières. Ce n’est que le lendemain matin que j’ai appris l’ampleur de la manifestation et de la répression en lisant mon journal, l’Humanité.