Elections tunisiennes : des habitants d’Aubervilliers candidats

lundi 3 octobre 2011

Elles auront lieu les 20, 21 et 22 octobre prochain. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agira de tourner la page Ben Ali et fonder une seconde République : démocratie, séparation des pouvoirs, libertés fondamentales, doivent constituer la clé de voûte des futures institutions. Vaste défi puisque nombre d’associations d’immigrés tunisiens ont dû se constituer en France, faute de pouvoir le faire en Tunisie sous le régime Ben Ali. Aujourd’hui plus qu’hier, elles entendent tenir leur place de part et d’autres de la Méditerranée. Clin d’oeil, Pascal Beaudet, invité à une réunion organisée par l’une des listes samedi 1 octobre à l’école Jean Macé, soulignait qu’à travers les relations qu’il avait nouées avec nos amis tunisiens, il avait été amené à intervenir à Bizerte sur la loi de 1901. Aujourd’hui, ces associations qui voient le jour grâce à la copie conforme de cette loi, foisonnent et participent avec les forces politiques à l’effervescence générale née de cette soif de liberté.

Pas surprenant que des albertivillariens connus pour leur engagement politique ou associatif local soient partie prenante du processus, tant la communauté tunisienne est active localement, notamment à travers l’UTIT (Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens) animée par Fathi Tlili. Ainsi, Nadia Chaabane est engagée sur la liste du parti Ettajjid (ex communistes) et Meriam Bouzekri, avocate de l’UTIT, sur la liste des associatifs de l’immigration tunisienne. Quant à Iyed Dahmani, albertivillarien lui aussi, il est retourné en Tunisie pour animer une liste du PDP.

"C’est le bordel, comme les primaires socialistes, mais au moins le débat est intéressant", laisse tomber Thierry Bonus. Venu en ami et observateur, il a suivi les événements à Aubervilliers, à commencer par la réunion dont nous nous sommes fait l’écho sur le site le 24 janvier 2011. Il faut reconnaître que dans la circonscription Nord de la France, pour laquelle cinq sièges de députés sont à pourvoir, il y a 49 listes de 5 noms en présence. La situation est comparable dans les autres circonscriptions avec au total 1500 listes pour 217 sièges. "Espérons que cette division ne fera pas le jeu des islamistes" du parti Ennahda présenté comme favori ou de "formations qui intégreraient des cadres du système Ben Ali, même si le ménage a été fait", poursuit-il en espérant que les tunisiens ne se voient pas confisquer la révolution. comme nous titrions notre compte-rendu du 24 janvier dernier.

La question tunisienne n’est pas la seule affaire des tunisiens

Le débat sur la situation tunisienne a largement porté sur l’urgence d’une république sociale pour assurer à chacun des droits fondamentaux ; notamment la santé, le logement, l’éducation, précise Najoua Agrebi, de la liste des associatifs. Mais auparavant, Tarek Ben Hiba (tête de liste des associatifs) avait largement souligné la nécessité d’agir de part et d’autre de la Méditerranée, pointant les collusions entre le régime Ben Ali et les gouvernants français, que ce soit les Sarkozy, Alliot Marie, Strauss-Kahn ou encore Bartolone expliquant que le dictateur avait su trouver un compromis entre moins de liberté et une certaine modernisation. Pour ce qui est de la modernisation, les immigrés tunisiens présents cet après-midi et qui ne peuvent se loger, ni se soigner et difficilement se nourrir, se tournent vers ces associations aujourd’hui prises à la gorge parce que submergées par les dossiers à traiter.

La question tunisienne n’est pas la seule affaire des tunisiens ; en tout cas ce débat nous en a donné la confirmation. Nous le pressentions dès le début des événements à Aubervilliers, et c’est pour cela que nous nous sommes efforcés de les suivre sur notre site à travers les manifestations de nos amis tunisiens. "Cela ne nous donne aucun droit d’ingérence dans le choix qu’effectueront les tunisiens" les 20, 21 et 22 octobre, a rappelé Pascal Beaudet, mais nous place face à nos responsabilités par rapport au quotidien et aux échéances électorales du printemps prochain en France.

Eric Plée

7 Messages

  • Merci pour votre contribution au débat. J’ai lu avec intérêt ce que vous aviez écrit au début : "Ne pas se laisser confisquer la révolution"

    pcfaubervilliers.fr/spip.php ?article522

    J’ai quelques craintes aujourd’hui avec la multiplication des listes. Or parmi les questions à régler, il y a celle de nos ressortissants en France qui attendent tout d’associations qui montrent leurs limites parce que débordées. Le drame de Pantin est là pour nous le rappeler. On a besoin de passer à une autre coopération entre pays du Nord et du Sud de la Méditerranée. En adoptant un regard complaisant vis à vis des dictatures, un pays comme la France s’est discrédité. Je ne suis pas tunisien, je ne saurais d’ailleurs pas quoi voter, mais en France, je ne voterais ni pour les partis racistes, ni pour les partis dont les responsables ont cautionné Ben Ali

  • Elections tunisiennes : des habitants d’Aubervilliers candidats Le 4 octobre 2011 à 10:27, par C’est pas tant le bordel que ça...

    Tout ça ne nous avance pas beaucoup pour savoir qui voter. On sait que les islamistes d’Ennhadha partent favoris avec 25% dans les sondages, mais des formations progressistes comme le PDP avec notre ami Iyed Dhamani qui conduit une liste en Tunisie et qui a une bonne chance d’être élu et le parti Ettadjid avec Nadia Chaabane chez nous peuvent rassembler. En tout cas c’est ce que disent les études d’opinion. Dans ce contexte, les associations risquent de faire quelques voix localement là où elles sont implantées mais ne pèseront pas réellement sur le scrutin...

    Contrairement à votre article, si les choses semblent confuses par la multiplication des listes, les enjeux électoraux semblent relativement clairs...

  • Elections tunisiennes : des habitants d’Aubervilliers candidats Le 13 octobre 2011 à 19:59, par deux poids, deux mesures

    Je lis sur votre site côte à côte les élections tunisiennes et les primaires du PS. Franchement, d’un côté une élection fondamentale pour le peuple tunisien, mais au delà, pour les relations avec la France et les tunisiens qui y sont installés, et là on espère vraiment le vote utile pour éviter la dispersion ; moi je voterai PDP qui a le plus de chances pour limiter la poussée de islmistes d’Ehnadha.

    De l’autre, un vote plus ou moins bidon entre rose bonnet et bonnet rose, Aubry Hollande, quel intérêt ? Il n’y a même pas de vote utile dans ce cas.

  • Il faut voter pour Nadia Le 14 octobre 2011 à 18:10, par Léna

    Nadia Chaabane habite Auber (à côté de chez moi). C’est une militante féministe et progressiste. Elle a été une "invitée de la semaine" de L’Humanité.

    Je souhaite que la liste qu’elle conduit connaisse un bon succès.

    La Tunisie a besoin de femmes comme Nadia.

  • Elections tunisiennes : des habitants d’Aubervilliers candidats Le 22 octobre 2011 à 09:08, par dernier jour

    Aujourd’hui, dernier jour de vote pour les élections tunisiennes. C’est au consulat à Pantin ou, avenue de la République à Aubervilliers au siège se l’association des femmes tunisiennes pour les résidents tunisiens non inscrits sur les listes.

    Le scrutin en Tunisie aura lieu demain, dimanche.

  • Elections tunisiennes : des habitants d’Aubervilliers candidats Le 24 octobre 2011 à 12:24, par Nadia Chabane élue

    C’est encore officieux, mais sur les cinq sièges qu’il y avait à pourvoir pour la circonscription Nord de la france, Nadia Chabane, du parti Ettadjid (ex communiste), en a remporté un. Notre habitante de la Maladrerie aura fort à faire dans une assemblée constituante dont on sait qu’elle sera dominée par les islamistes d’Ennhadha, alliés à la droite.

    Les risques d’une constitution taillée sur mesure pour les conservateurs de tout bord sont réels et on espère que le mouvement de la rue poursuivra sa pression pour réellement tourner la page du système Ben Ali.

    Nous souhaitons bon courage à notre concitoyenne des deux rives et lui apportons notre soutien.

    E.P.

  • Bonheur Le 24 octobre 2011 à 14:55, par Léna

    J’espère que la nouvelle de l’élection de Nadia va être confirmée. Je suis très émue. Je salue aussi son compagnon, mon ami et camarade Mohamed Smida.

    Il faudra fêter ça avec les cocos des deux rives.