Quel(s) outil(s) pour une transformation sociale radicale ? (4)

Quel parti révolutionnaire ?

samedi 13 août 2011

Cet article fait suite à :
- Naissance des partis "modernes"
- Partis bourgeois et partis ouvriers
- Partis réformistes/partis révolutionnaires

La réalisation de l’unité socialiste en 1905 a suscité beaucoup d’espoirs sans rallier pour autant la classe ouvrière.

La CGT, un temps dominée par les orientations syndicalistes-révolutionnaires, se méfie du légalisme et du parlementarisme du nouveau parti mais aussi du fait que le personnel dirigeant et nombre d’élus ont peu à voir avec le prolétariat.

La Première Guerre mondiale qui voit les partis socialistes appuyer la boucherie impérialiste va sceller ce que Lénine appellera « la faillite de la Deuxième Internationale ». Après avoir crié « guerre à la guerre » on a omis d’appeler à la grève générale pour s’y opposer et on a filé vers les ministères. Seules de petites minorités n’ont pas sombré. Mieux, dans la vielle Russie arriérée, les bolcheviks ont, en octobre 1917, pris le pouvoir.

L’événement a un retentissement considérable qui va bientôt se traduire par la formation de nouveaux partis révolutionnaires (des partis communistes) et la constitution d’une nouvelle Internationale, la troisième du nom, l’Internationale communiste.

En France le courant favorable à la création d’un parti communiste l’emporte en décembre 1920 (Congrès de Tours). Dans une période où les perspectives de mondialisation de la Révolution paraissent réunies, le nouveau parti doit rompre avec les fonctionnements du vieux parti socialiste, se défaire du parlementarisme, affirmer un internationalisme intransigeant. Il n’entre point dans les intentions de ce bref papier de dire l’histoire complexe du parti communiste mais de souligner simplement ce que la mutation intervenue à Tours a impliqué par rapport à la conception du parti de transformation sociale.

Le jeune parti communiste n’est communiste que de façade. Il porte en lui tous les défauts de la SFIO. Les élus y jouent un rôle dominant. L’électoralisme y est la règle. Les structures d’organisation n’ont pas changé.

Lénine observe avec méfiance le nouveau parti qui demeure contaminé par les tares de l’ancien parti socialiste [1], il considère qu’une mutation considérable doit le traverser et il appelle les ouvriers révolutionnaires qui se tiennent en dehors du parti à le rejoindre.

La mutation du parti en parti communiste va prendre du temps, connaître des séquences sectaires, mais en définitive se réaliser au travers du processus que l’on appellera « bolchevisation ». En définitive le parti qui émerge au début des années 1930 a les caractères d’un parti d’avant-garde s’appuyant sur la théorie marxiste puis marxiste-léniniste. C’est un parti centralisé fonctionnant selon les principes du centralisme démocratique (le débat est libre mais la discipline d’action et d’expression est absolue). S’il ne déserte pas les terrains électoraux, il ne sombre pas dans le « crétinisme parlementaire ». Il affiche un internationalisme puissant dont le soutien à la jeune Union soviétique forme le pivot essentiel.

D’abord marginal, le jeune parti réinsère son action dans le jeu politique national, à une période où l’espoir d’une révolution rapide s’est dissipé. Au cours de la séquence du Front populaire le parti conserve ses caractéristiques d’avant-garde mais acquiert un caractère de masse. Il s’avère capable, dans les conditions de la clandestinité a développer la lutte armée de masse contre l’occupant et Vichy.

A la Libération son influence électorale s’accroît et un grand nombre d’organisations ou d’associations se situent dans sa mouvance. Dans le champ syndical, les communistes qui ont d’abord milité dans la CGT unitaire (CGTU) ont joué un grand rôle dans la réunification de 1936 et occupent dans la CGT l’essentiel des fonctions dirigeantes dans la période d’après guerre.
Pour la première fois dans son histoire le parti communiste participe à des gouvernements et sa puissance permet la concrétisation de grandes avancées sociales.

Jusqu’à la fin des années 1960, le PCF occupe une place centrale dans le jeu politique national, combat les guerres coloniales et cherche un débouché politique à gauche en préconisant une union politique avec un parti socialiste à l’époque très affaibli. Cette orientation débouche sur des résultats médiocres qui produisent beaucoup de désillusions et ouvrent la spirale, sur fond d’une crise de très longue durée au cours de laquelle se remodèle la société française, à l’affaiblissement des bases traditionnelles d’implantation du parti.
Cette longue période de reculs trouve-t-elle aussi son origine dans une crise de la forme parti et plus précisément de la forme parti communiste héritée de la période léniniste puis stalinienne ?

Nous verrons cela dans notre prochain papier : Quel parti révolutionnaire ? (suite)

A.N.

Notes

[1En 1902, Lénine a exposé dans une brochure intitulée « Que faire ? » sa conception du parti. Celui-ci doit être une organisation de révolutionnaires professionnels, un groupe d’avant-garde régi par une discipline de fer, combinant l’action légale et illégale, guidé par la théorie marxiste. Cette conception du parti que l’on aura tendance à ériger en modèle résultait en fait des circonstances alors rencontrées par la lutte politique en Russie dans le cadre de l’oppression tsariste.

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