Quel(s) outil(s) pour une transformation sociale radicale ? (1)

Naissance des partis « modernes »

mardi 2 août 2011

Ce texte fait suite à l’article introductif d’André Narritsens : Quel(s) outil(s) pour une transformation sociale radicale ?

Jusqu’au XVIIIe siècle, un parti est un groupe de gens de guerre que l’on détache pour battre campagne. Partir, c’est donc séparer dans un but et, par extension du parti de guerre, un parti c’est l’union de plusieurs personnes contre d’autres qui ont un intérêt ou une opinion contraire.

En France l’emploi du mot parti au sens d’organisation politique ne se répand que dans la seconde moitié du XIXe siècle. Certes, le vocable a pu désigner bien des situations dans l’histoire des sociétés humaines. Ce fut le cas des factions qui divisaient les Républiques antiques, des clans qui se groupaient autour de chefs sous l’ancien régime, des clubs où se réunissaient les députés des assemblées révolutionnaires, des comités qui préparaient les élections censitaires des monarchies constitutionnelles…

A la charnière du XIXe siècle le mot parti désigne principalement un courant de pensée, une tendance de l’opinion. Depuis la Révolution française, il désigne des groupes intervenant dans les assemblées et se réunissant éventuellement en dehors d’elles. Ainsi, sous la Convention la Gironde et la Montagne [1]. En 1848 on désigne la coalition réactionnaire des légitimistes et des orléanistes sous le vocable de « parti de l’ordre » sans que cela signifie l’existence d’une organisation ad hoc. A la même date Marx et Engels publient le Manifeste du parti communiste qui établit le programme sur lequel le prolétariat doit bâtir son organisation politique.

Écartons à ce stade de notre exposé la question de la formation des partis ouvriers qui obéit à des raisons particulières, pour retenir que l’apparition des partis (au sens de groupements volontaires de citoyens poursuivant des buts politiques) se réalise en lien étroit avec l’essor du parlementarisme et l’extension du suffrage universel. Observons cependant que la troisième République ne propulse pas le besoin de partis. La grande division royalistes/républicains clive longtemps le pays sans que des partis émergent. Les regroupements d’affinités (parfois fluctuants) ne se concrétisent qu’au parlement, après les élections.

Il faut attendre 1901 pour que soit fondé le parti radical par regroupement des comités électoraux qui constituent la base du fonctionnement du parti.

Pour résumer on peut dire que la démocratie (la démocratie bourgeoise) suscite l’apparition de formations extraparlementaires qui ont à voir organiquement avec le fonctionnement institutionnel du pays et rien de plus.

En France bien des organisations et partis ouvriers ne s’inscrivent pas dans ce schéma et entendent œuvrer à la transformation sociale.

Nous verrons dans le prochain développement ce qui sépare les partis bourgeois des partis ouvriers.

(À suivre...)

A.N.

Notes

[1Notons que beaucoup des révolutionnaires de 1789 considéraient que seuls s’opposaient le progrès et la réaction et que le progrès devant naturellement l’emporter la division s’estomperait. Il ne pouvait donc exister de « partis » que de manière transitoire.