Quelques compléments d’analyse à propos de l’élection cantonale des 20/27 mars 2011

Deux élections en une

mardi 26 juillet 2011

Dans l’analyse déjà publiée des résultats de l’élection cantonale de mars 2011, nous avions signalé qu’il manquait le chainon des comportements de vote au premier et au second tours.

Ces éléments étant aujourd’hui disponibles, nous sommes en mesure d’apporter quelques compléments.

Combien d’électeurs ont-ils participé au scrutin cantonal ?

Le tableau ci-dessous récapitule les chiffres de participation.

Inscrits Votants Blancs et nuls Votants aux deux tours Votants au seul premier tour Votants au seul deuxième tour
15 162 1er tour : 4202 ; 2ème tour : 4872 89 431 3 374 821 1 490

NB : les chiffres ci-dessus sont ceux des émargements. On constate une différence de 7 au premier tour et de 8 au second entre le nombre de voix annoncé et celui des émargements.

Au total, 5 685 électeurs ont participé au scrutin (3 374 + 821 + 1 490).

La consistance de l’électorat a donc considérablement varié d’un tour à l’autre. Cette variation est à mettre au compte de la dynamique politique de la campagne et de la modification de l’offre politique résultant de l’application de la loi électorale ayant réduit à deux les candidatures pouvant être présentes au second tour de scrutin.

On le sait, la candidate socialiste ayant refusé le désistement en faveur de Pascal Beaudet arrivé en tête de la gauche au premier tour, l’électorat devait arbitrer un affrontement à gauche.

Qu’allait donc faire l’électorat ayant soutenu les candidatures de la droite et de l’extrême droite au premier tour ? Nous trouvons un élément de réponse à ce propos dans deux données : le non vote et le vote blanc ou nul.

Voix FN Voix MODEM Voix UMP Total droite et extrême droite Vote seul premier tour Blancs/nuls Progression au 2e tour/1er tour Total votes seul 1er tour et progression bulletins blancs/nuls
886 115 273 1 274 821 343 1 164

On constate (à 110 voix près) une correspondance entre le total des voix de droite et d’extrême droite et le nombre d’électeurs n’ayant voté qu’au 1er tour augmenté de la progression des votes blancs ou nuls.

Si elle ne doit pas être interprétée mécaniquement, cette correspondance indique au moins qu’une très grande majorité de l’électorat de droite et d’extrême droite ne s’est pas exprimée au deuxième tour.

Essayons d’y voir un peu plus clair en examinant les résultats dans les bureaux de vote n° 1 (Mairie), n° 6 (Brossolette), n°8 (Langevin), n° 9 (Finck), n° 10 (Joliot Curie).

Bureau de vote n° 1 - Mairie

Votants Blancs/Nuls Votants 2 tours Votants 1er tour seul Votants 2e tour seul FN+ droite Divers gauche Yonnet Beaudet
1er tour 262 8 203 57 71 86 16 98 54
2e tour 275 29 151 95

Le Bureau de vote est favorable à E. Yonnet, mais l’écart en points de % avec P. Beaudet entre le 1er et le 2e tour ne s’accroît que faiblement (17,32>21,76).
Droite et extrême droite réalisent des scores supérieurs à la moyenne et l’électorat du premier tour paraît s’être peu déplacé ou exprimé.

Le score des « divers gauche » est très faible.

La participation d’un tour à l’autres est en faible hausse (+ 13 voix).
Les nouveaux électeurs portent leur voix deux fois plus sur E. Yonnet que sur P. Beaudet.

Bureau de vote n° 6 - Brossolette

Votants Blancs/Nuls Votants 2 tours Votants 1er tour seul Votants 2e tour seul FN+ droite Divers gauche Yonnet Beaudet
1er tour 340 9 263 77 94 122 30 98 81
2e tour 358 32 168 178

Le bureau de vote est à influence dominante Yonnet au 1er tour et à influence dominante Beaudet au 2e.

Droite et FN réalisent des scores importants.

Le score des « divers gauche » est assez faible.

La participation d’un tour à l’autre est en faible hausse (+ 18 voix) mais il existe une forte modification de l’électorat.

A l’inverse du mouvement observé dans le 1er Bureau les nouveaux électeurs portent leur voix deux fois plus sur P. Beaudet que sur E. Yonnet

Bureau de vote n°8 (Langevin)

Votants Blancs/Nuls Votants 2 tours Votants 1er tour seul Votants 2e tour seul FN+ droite Divers gauche Yonnet Beaudet
1er tour 238 4 175 62 87 103 30 59 42
2e tour 262 34 133 95

Au premier tour le FN arrive tête avec près de 34% des exprimés (les gendarmes mobiles du Fort votent dans le bureau) et le total des voix de droite et d’extrême droite atteint 44% . P. Beaudet réalise son score le plus faible (17,95%) et E. Yonnet est proche de sa moyenne cantonale.

Mesuré en points de % l’écart entre E. Yonnet et P. Beaudet passe, d’un tour à l’autre, de 7,26 à 18,66.

La participation demeure faible aux deux tours. Les bulletins blancs et nuls sont en forte progression et la mobilisation de second tour apparaît modeste.

D’évidence les électorats de droite et d’extrême droite ont très fortement boycotté le second tour et les nouveaux électeurs portent davantage leur voix sur E. Yonnet que sur P. Beaudet (qui réalise cependant près de 42%).

Bureau de vote n° 9 - Finck

Votants Blancs/Nuls Votants 2 tours Votants 1er tour seul Votants 2e tour seul FN+ droite Divers gauche Yonnet Beaudet
1er tour 464 9 396 66 136 56 28 117 252
2e tour 534 21 202 311

Le bureau de vote est favorable à P. Beaudet aux deux tours.

L’écart en points de % avec E. Yonnet entre le 1er et le 2e tour s’accroît fortement (29,65 points > 41,24 points).

Le score de la droite et de l’extrême droite est très faible. Il en est de même pour les résultats des « divers gauche ».

La participation au deuxième tour est en hausse (+ 70 voix).

Les votants au seul premier tour ajoutés à la progression du nombre des votes blancs ou nuls est supérieur au vote FN + droite.

L’importante mobilisation du deuxième tour (136 votants nouveaux) profite davantage à E. Yonnet (+ 85 voix) qu’à P. Beaudet (+ 59 voix) sans réduire de manière très significative le différentiel du premier tour.

Bureau de vote n° 10 – Joliot Curie

Votants Blancs/Nuls Votants 2 tours Votants 1er tour seul Votants 2e tour seul FN+ droite Divers gauche Yonnet Beaudet
1er tour 206 4 158 48 92 55 22 66 59
2e tour 250 21 107 122

Le bureau de vote est à influence dominante Yonnet au 1er tour et à influence dominante Beaudet au 2e (même cas de figure que dans le bureau de vote n° 6).

Droite et FN réalisent des scores inférieurs à la moyenne cantonale.

Le score des « divers gauche » est faible.

La participation d’un tour à l’autres est importante (+ 44 voix) et il existe une forte modification de l’électorat.

Comme dans le bureau de vote n° 6, les nouveaux électeurs portent leur voix deux fois plus sur P. Beaudet que sur E. Yonnet

Deux élections en une

Les quelques éléments réunis ci-dessus révèlent à la fois un mouvement d’ensemble (ou plutôt plusieurs mouvements convergents) en même temps que des différences « locales ».

On observe partout une recomposition importante de l’électorat entre le premier et le deuxième tour ainsi qu’une montée des votes blancs ou nuls. D’évidence la modification de l’offre politique (disparition de l’option de vote droite/extrême droite) se traduit par le non vote ou le vote blanc/nul. Le constat que l’on peut globalement effectuer sur le canton se retrouve, à quelques différences près, partout.

Ceci ne signifie cependant pas qu’une fraction non mesurable des électorats de droite/extrême droite, n’a pas choisi d’arbitrer la confrontation « PC »/PS comme elle l’avait fait lors de l’élection municipale de 2008.

La mobilisation de second tour joue en faveur de la dynamique politique révélée par le premier. En règle générale, elle confirme la hiérarchie des influences de premier tout mais les exceptions que montrent les résultats des 6e et 10e bureaux témoignent d’une politisation du scrutin à l’avantage de la candidature Beaudet.

De la même manière, les résultats du 9e bureau montrent que les opérations politiciennes et de manipulation des électeurs tentées par les socialistes et leurs alliés, si elles produisent quelques résultats, se révèlent insuffisantes pour contrecarrer la dynamique politique dégagée lors du 1er tour (le différentiel Beaudet/Yonnet est de 29,65 points au 1er tour et de 41,24 au second).

Pour conclure :

Des éléments dégagés, il ressort qu’il y a eu à Aubervilliers deux séquences électorales très différentes et, pour tout dire, au fond, deux élections cantonales :
- le premier tour a installé des rapports de forces dominés par la bipolarisation à gauche Front de gauche élargi/PS et alliés et la domination du FN sur la droite traditionnelle ;
- le deuxième tour, caractérisé par la disparition de toute offre politique à droite, a été marqué par un mouvement massif d’abstention ou de non participation au scrutin des électorats en panne de représentation ;
- la mobilisation à gauche s’est en définitive réalisée majoritairement sur les candidatures Beaudet/Tlili en raison du renversement d’influence rélisé dans les bureaux 6 et 10 et par la confirmation des influences enregistrées au premier tour dans les 3e, 4e, 5e, 7e, 9e et 14e bureaux.

Le vote des grandes cités, construit, sur la dynamique du premier tour, a été décisif dans la victoire des candidats du Front de gauche élargi.

André Narritsens

7 Messages

  • Interessant Le 26 juillet 2011 à 12:23, par luminothérapie

    Un travail minutieux et sérieux de collecte et d’analyse des chiffres. Bravo donc !

    Ensuite l’interprétation peut être différente selon les points de vue...

  • L’éthique du même coté Le 26 juillet 2011 à 15:39, par On ne fricote pas avec la droite

    Y’a quand même une conclusion indéniable : Pascal Beaudet n’a pas été élu avec les voix de la droite ni de l’extrême droite.
    Le duel à gauche, refusé par les communistes, qui plaçait ces électeurs en arbitre n’a pas marché contrairement aux calculs du PS.
    Cela signifie de manière incontestable que les seuls à gagner avec les voix de droite c’est la majorité municipale actuelle.

    L’éthique est donc toujours du côté de Pascal Beaudet, des communistes et de leur alliés qui je l’espère continueront à gagner de cette manière.

  • ça promet pour 2012 ! Le 26 juillet 2011 à 21:27, par Cyril Bozonnet

    Bon, merci cette analyse basée sur des bureaux de vote symboliques. Donc, pour ma part, si je résume, les gens de droite bourgeoise et les prolétaires du FN d’Auber vous apprécient tellement qu’au second tour des Cantonales, aucun n’a voté pour la gauche, Soc-dem ou post-bolch’...Ben ça promet pour 2012, mes braves !

    Marine qui vire en tête au 1er tour sur Auber, on parie une Vodka, amis dinosaures ?

    Cyril Bozonnet (FN)

  • Deux élections en une Le 27 juillet 2011 à 10:21, par oeillet rouge

    Tout d’abord un grand merci à Dédé pour la peine qu’il sait donné à faire ce travail et l’analyse qui en découle.
    Bravo et merci.
    Quant à Cyril Bozonnet "monsieur FN" du Fort d’Aubervilliers, votre humour à 2 balles est à la hauteur de votre programme politique qui n’est que démagogie et leurres pour une population désespérée du mal vivre dans notre pays. Vous faites votre propagante aux travers de se programme mais je ne vous ai jamais vu, ni entendu "sur le terrain" militer pour une vie meilleure à Aubervilliers. Aucune action de quartier de votre part.
    Votre seule arme et malheureusement elle fonctionne,c’est le discours de FN national qui endort les gens en leurs promettant tout et n’importe quoi.

  • Préoccupant/étonnant/dommageable Le 27 juillet 2011 à 10:51, par luminothérapie

    Pour rebondir sur les propos d’Œillet Rouge, il est vraiment préoccupant/etonnant/dommageable que le FN local fasse un tel score, en ayant évité le débat entre candidats et en proposant des tracts (je les ai étudiés minutieusement) où le mot "Aubervilliers" n’est pas cité une seule fois

    Alors faire le fier sur son score sur une élection locale en ayant proposé par le moindre petit, commencement, de début, de prémices de proposition pour l’endroit où l’on se présente, je sais pas vous mais moi je ne m’en vanterais pas outre mesure.

  • Deux élections en une Le 27 juillet 2011 à 14:07, par Marcel Chauffe

    Analyse intéressante qui dont je retiens deux éléments :

    - L’opération récupération des voix de droite par le PS semble arrivée à ses limites. Manifeste lors du second tour des municipales, elle n’a pu se réaliser de la même façon lors de la cantonale. Les voix qui ne s’étaient pas portées sur le FN du Modem et de l’UMP dans une moindre mesure, avaient été en partie cannibalisée par le PS dès le premier tour. C’est dans la dynamique de la participation au second tour que le mouvement pouvait être confirmé ou infirmé.

    - Il y a eu un sursaut front de gauche entre les deux tours que l’auteur appelle confirmation de la dynamique du premier tour. La question est désormais posée de l’enracinement de cette dynamique et la réponse ne peut être que politique. Au front de gauche de construire des propositions !

  • Deux élections en une Le 28 juillet 2011 à 20:52, par socialiste unitaire

    Un internaute souligne que l’opération cannibalisation des voix de droite par le PS est arrivé à ses limites. C’est sans doute juste, mais l’opération cannibalisation des voix du PC à laquelle on a assisté ces deux dernières décennies montre aussi ses limites.

    Tous les scrutins le confirme et montrent l’impasse dans laquelle est engagé le PS. Incapable de rogner un électorat ni sur sa droite, ni sur sa gauche, sa stratégie de l’alternance par rapport au PCF est un échec. Il aurait du le mesurer lors de la cantonale par le désistement de sa candidate et proposer une ouverture au PCF. En proposant au PCF deux ou trois adjoints, il reprenait l’initiative et piégeait les communistes.

    Il limitait ainsi la dynamique naissante du front de gauche.

    Il les obligeait à se calmer dans leurs critiques.

    Il répondait à une volonté d’unité de la majorité de l’électorat de gauche

    Il sauvait sa peau pour 2014 en plaçant les communistes face à leurs responsabilités.

    Il les divisait.

    Mais il a choisi le suicide. C’est un choix qui n’est bon ni pour la ville, ni pour lui.