Lettre ouverte à François Fillon

"Il est urgent de changer de politique salariale dans la fonction publique !"

Le groupe des élus communistes et partenaires de Plaine-Commune

mercredi 1er juin 2011

À l’appel de leurs huit fédérations syndicales, les fonctionnaires ont manifesté hier contre le gel du point d’indice, qui détermine l’évolution de leur salaire. Les élus communistes et partenaires de Plaine-Commune (dont Pascal Beaudet fait partie) ont décidé d’appuyer leurs revendications des fonctionnaires en envoyant cette lettre ouverte à François Fillon, premier ministre.

Monsieur le Premier Ministre,

L’accentuation de la crise à l’automne 2008 a mis en lumière le rôle essentiel joué par les
services publics. Tous les secteurs qui ne sont pas totalement soumis aux règles du marché ont
permis à la population de ressentir moins violemment les effets de la crise. Elle-même due,
faut-il le rappeler, à un secteur bancaire totalement privatisé et dérégulé.

Cette actualité ne montre-t-elle pas qu’il conviendrait, dans l’intérêt général, de promouvoir
les services publics ? Et par conséquent mettre en valeur le travail, les compétences et les
qualifications de ceux les font vivre au quotidien ?

Les français ne disent pas autre chose. Dans un récent sondage dont la presse s’est fait l’écho,
une écrasante majorité d’entre eux jugent les fonctionnaires « honnêtes », « compétents » et
au « service du public ». [1] Ils sont plus de la moitié à estimer que l’Etat traite mal ses
fonctionnaires et ne leur donne pas les moyens suffisants pour travailler.

En effet, la précarité progresse dans la fonction publique. Votre décision de geler en 2012,
comme en 2011, la valeur du point d’indice ne manquera pas d’accentuer ce phénomène
puisque dans le même temps les prix à la consommation sont en très nette augmentation.

Vos tentatives pour faire croire à une hausse du pouvoir d’achat des fonctionnaires depuis
2007 sont audacieuses mais la réalité est implacable : la situation des salariés en France ne
cesse de se dégrader et c’est particulièrement vrai pour plus de 5 millions d’entre eux dans les
trois fonctions publiques.

Pendant qu’une majorité souffre de l’insuffisance des salaires, quelques richissimes
privilégiés accumulent les profits, les avantages de toutes natures, le bouclier fiscal… Le
danger est grand de voir se former un pays coupé en deux avec, d’un côté, une oligarchie
puissante jouissant de tous les privilèges, et de l’autre, des millions de travailleurs pauvres à la
peine pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires. Est-ce la société que nous voulons ?
En écho aux cadeaux indécents accordés aux plus privilégiés, le gel du point d’indice des
fonctionnaires sonne comme une injustice révoltante.

Dans ce contexte, les revendications salariales des agents de la fonction publique sont
justifiées. L’augmentation de leurs traitements ne peut passer que par une hausse radicale de
la valeur du point d’indice pour, d’une part, récupérer les pertes des dix dernières années et,
d’autre part, augmenter significativement le pouvoir d’achat de chaque agent.

La politique salariale mise en œuvre dans la fonction publique par les gouvernements
successifs ne répond pas à ces besoins. Pire, avec l’instauration du « mérite » et de « la
performance » comme critères de rémunération, puis avec les primes de résultats et
l’intéressement collectif comme récompenses, ce sont les fondements mêmes de la fonction
publique qui sont dévoyés. Ces mesures ont des conséquences désastreuses. Elles mettent en
concurrence les agents entre eux, là où les impératifs de service public nécessiteraient au
contraire la coopération de tous. Elles incitent à orienter le travail là où les performances sont
les plus facilement quantifiables, alors qu’il faudrait s’attarder sur des missions d’intérêt
général non mesurables mais autrement plus nécessaires.

Ces incitations salariales au chacun pour soi s’accompagnent de surcroit d’un mal être au
travail de plus en plus patent. Combien de suicides faudra-t-il encore pour en prendre
conscience ?

Il est urgent de changer de politique salariale dans la fonction publique, non seulement d’un
point de vue quantitatif par une augmentation significative des salaires mais également
qualitatif par l’abandon de ce que vous nommez « la culture de la performance » et qui n’est
autre, en réalité, que la mise en concurrence des uns avec les autres.

Enfin, recourir à de véritables négociations serait la moindre des démarches démocratiques,
dans un pays où aucun accord salarial dans la fonction publique n’a été signé depuis 1998.

De telles mesures seraient en outre vertueuses économiquement puisque les richesses sont
immédiatement réinjectées dans le circuit économique lorsqu’elles sont redistribuées
équitablement, alors qu’elles ne servent qu’à la spéculation financière lorsqu’elles sont
accaparées par une oligarchie.

Comptant sur la volonté du gouvernement de ne pas persister dans ce qui serait une injustice
flagrante pour plus de 5 millions d’agents dans la fonction publique, nous vous prions de
croire, Monsieur le Premier Ministre, à l’assurance de notre parfaite considération.

Pour le groupe des élu-e-s Communistes et Partenaires de Plaine Commune

Pierre QUAY-THEVENON

Les élus du groupe communistes et partenaires :

Pascal Beaudet, Michel Beaumale, Elisabeth Belin, Patrick Braouezec, Isabelle Caderon, Antony
Couteau-Russel, Suzanna de la Fuente, Daniel Desbiendras, Perrine Crosnier, Lynda Fellahi, Joël
Flandrin, Muguette Jacquaint, Carinne Juste, Martine Kerhouas-Lasser, Jean-Paul Le Glou,
Djamal Mhoudine, Didier Paillard, Stéphane Peu, Gilles Poux, Pierre Quay-Thévenon, Laurent
Russier, Muriel Tendron-Fayt.

Notes

[1sondage FSU / TNS Sofres, avril 2011