Quelques réflexions sur l’élection cantonale des 20/27 mars 2011 (2ème partie)

Front de Gauche élargi, PS et dynamiques

lundi 4 avril 2011

A gauche, les candidats du Front de gauche élargi ont remporté le premier tour, devançant la conseillère générale sortante de 90 voix (1 269 voix contre 1 179).
Les résultats du second tour confirment ceux du premier : Pascal Beaudet/Leïla Tlili devancent à nouveau Evelyne Yonnet/Hugues Kanda (2 255 voix contre 2186).

Entre les deux tours, la participation s’est élevée de 4,42 points (+ 670 votants) et le nombre des bulletins blancs ou nuls a crû de 89 à 431 (+ 342), atteignant 8,84%des votants. Cette montée exprime le refus de choisir entre les deux candidats présents au second tour (l’UMP a explicitement appelé au vote blanc).

En l’absence (pour l’heure) d’éléments statistiques permettant de savoir combien d’électeurs du premier tour ne se sont pas déplacés au second et, à l’inverse, combien d’abstentionnistes du premier tour ont voté au second il est difficile de mesurer la consistance des votes de second tour pour chacun des candidats.

Par contre il est possible de mesurer les dynamiques de vote entre les deux tours, ce que nous allons essayer de faire.

Afin de comprendre la répartition des influences sur le canton, nous donnons ci-après le tableau des territoires couverts par chacun des bureaux de vote.

Bureau n°1 : Mairie Waldeck-Rousseau ; Noyer (1-23 ; 2-22) ; Saint-Christophe ; Achille-Domart ; A. France (2-…) ; Chapon ; Charron ; Dr Pesqué ; Roquedat ; Karman (151-… ; 138-…) ; B et Mazoyer (23-39 ; 26-34) ; Commune (1-3 ; 2) ; Courneuve (2-20 ; 1-19) ; Moutier (1-15 ; 2-36) ; République (1-39) Quartier commerçant, tout « petit bourgeois », habitat majoritairement ancien
Bureau n°2 : JJ Rousseau Crèvecoeur 28-…) ; Cdt Lherminier ; Commerce ; Défense ; P. Doumer ; Ponceaux ; Pressin ; Courneuve (22-… ; 21-…) ; Hémet (40-… ; 23-….) Copropriétés et locatif privé
Bureau n°3 : Gymnase Robespierre 1 Casanova (2-128 ; 1-133) Cités HLM (OPH et autres) + pavillons
Bureau n°4 : Gymnase Robespierre 2 Tillon (1-59 ; 2-… ; 93-…) Cités HLM (OPH et autres) + copropriété du 117 Tillon
Bureau n°5 : Ecole Robespierre Adrien Huzard ; Alfred Jarry (1-19 ; 2-16) ; Près-Clos ; Pont Blanc ; Puits-Civots ; M. Gargam ; Tillon (61-91) ; Vaillant (1-4 » ; 2-2-42) ; Cochennec (99-… ; 106-…) Cité HLM (OPH) + habitat privé et pavillonnaire
Bureau n°6 : Brossolette Alfred Jarry (21… ; 18…) ; A. Jouis ; Rimbaud ; Beaudelaire ; Colbert ; Lautréamont ; Eluard ; M. Nouvian ; Vaillant (45-111 ; 44-96) ; Cochennec (41-97 ; 48-104) HLM (OPH) + habitat pavillonnaire
Bureau n°7 : Angela Davis Voltaire ; Grosperrin ; Prual ; A. Dumas ; Balzac ; Béranger ; Buisson ; Désiré-Lemoine ; E. Reclus ; E. Thierry ; H. Moreau ; J. Jaurès (impasse) ; Lamartine ; Liberté ; Molière ; Verlaine ; Mazier ; Meyniel ; Casanova (130-….) ; 179-…) ; Vaillant (113-… ; 98-…) ; Cochennec (2-46 ; 1-39) ; Jaurès (215-…) HLM (OPH), partie Emile Dubois + habitat pavillonnaire
Bureau n°8 : Langevin Rabot ; Leblanc ; Méliès ; Becker ; Grémillon ; 172 J. Jaurès ; Daquin ; E. Dubois ; Jaurès (187-213) HLM (OPH), partie Emile Dubois et Maladrerie + HLM (3F) 193 Jean Jaurès + gendarmes mobiles
Bureau n°9 : Finck Jules Guesde ; D. Casanova (135-177) ; Renoir ; Long-Sentier ; Lopez et Jules Martin ; Nicolas de Staël ; Matisse ; Courbet ; Braque ; Truffaut HLM (OPH), essentiel de la cité de la Maladrerie + copropriété du 135 rue D. Casanova
Bureau n°10 : Joliot-Curie Tilleuls ; Abeille ; Girard ; Avettes ; Fort ; H. Manigart ; Maladrerie ; M. Berthelot ; Mélèzes ; Réchossière (52-… ; 71-…) HLM (OPH) Manigart+ Girard ; Mélèzes, zone pavillonnaire
Bureau n°11 : Manouchian Trévet ; Lécuyer ; Roses ; Presles , Motte ; Jaurès (55-185) ; République (91-…) HLM (OPH) + habitat ancien et pavillonnaire
Bureau n°12 : Jules guesde Quentin ; Désiré Leroy ; Lilas ; P. Bert ; Myosotis ; Barbusse (62-… ; 71-…) HLM (OPH et autres) + copropriétés et habitat ancien
Bureau n°13 : Anne Sylvestre Nouvelle-France ; Chantilly ; Château ; Clos-Bernard ; Fontainebleau ; Gaston Carré ; Guyard-Delalain ; Rosso ; Cités (93-… ; 96-…) ; République (41-89) HLM (privé) et habitat ancien
Bureau n°14 : Jules Vallès Dr Michaux ; Grande Cour ; J. Aubry ; Hémet (1-21 ; 2-38) ; Réchossière (2-50 ; 1-69) HLM (OPH) + copropriétés et habitat ancien

Voici, pour chacun des bureaux, le rang d’influence occupé par le FG, le PS et le FN au premier tour, ainsi que le différentiel de voix PC/PS aux premier et second tours :

Bureau FG élargi PS/EELV FN Ecart de voix FG/PS 1er tour Ecart de voix FG/PS 2e tour
1 3 1 2 -44 -56
2 3 1 2 -13 -38
3 1 2 3 +10 +33
4 1 2 3 +37 +25
5 1 3 2 +37 +74
6 2 1 3 -17 +30
7 1 2 3 +24 +20
8 3 2 1 -17 -38
9 1 2 3 +135 +109
10 2 1 3 -7 +15
11 2 1 3 -52 -74
12 2 1 3 -16 -42
13 2 1 3 -36 -49
14 1 3 2 +59 +60

La dynamique de second tour s’exprime de manière quasi homothétique : les positions révélées par le premier tour sont confirmées et souvent amplifiées. C’est le cas pour le PS dans les bureaux de vote n° 1, 2, 11, 12, 13 et pour le Front de gauche dans les bureaux de vote n° 3, 5, 14.

Deux bureaux de vote (le 6e – école Brossolette- et le 10e – Angela Davis) dominés au 1er tour par le PS basculent en faveur du FG. Les bureaux ayant le plus fort ancrage à droite (1er, 2e, 8e, 14e) nourrissent une plus forte progression des candidatures Yonnet/Kanda.

L’effort très important de rabattage d’un électorat « jeune » [1] le jour du deuxième tour sur le bureau n° 9 (Finck) permet une progression plus rapide du vote Yonnet/Kanda sans obtenir une réduction très importante de l’écart de voix.
Au total il apparaît clairement que le score de la candidature Beaudet/Tlili a été essentiellement construit sur les cités populaires (Frette, Vallès, Maladrerie, Gabriel Péri et, pour partie, Emile Dubois).

L’examen rapide des données pour l’heure interprétables permet de conclure à l’existence d’un équilibre global des influences résultant de forts contrastes de quartiers. L’incertitude de la dynamique de second tour, née de l’effacement de la droite et de la force du vote Front national, a, en définitive été levée au travers de mouvement complexes de l’électorat, se portant sur le vecteur le plus dynamique révélé depuis maintenant deux ans et confirmé dans le temps long de la campagne électorale.

En tout état de cause, le résultat de la cantonale de 2011 confirme les tendances observées lors de l’élection municipale de 2008 et que les scrutins européens et régionaux de 2009 et 2010 ont confirmées.

Le résultat de la cantonale de 2011 valide pleinement la démarche de Front de gauche élargi et révèle une très importante capacité de mobilisation locale. En ce sens il participe du déjà long effort développé pour impulser une démarche visant à remettre Aubervilliers vraiment à gauche.

André Narritsens

Notes

[1Durant la semaine du 21 au 27 mars le PS et ses alliés, appuyés sur les ressources de la Mairie, ont multiplié les appels téléphoniques et les SMS en direction de plusieurs cibles (notamment les jeunes et le personnel communal). L’instrumentalisation de réseaux religieux a été tentée. Au cours de la journée du 27 mars du rabattage électoral en direction des jeunes des cités a été effectué.

7 Messages

  • Analysons-z’un peu... mais sérieusement... Le 5 avril 2011 à 00:12, par Victor Noir

    Une campagne électorale est susceptible de faire se déplacer les scores respectifs des candidats de 2/4 %, pas plus. Et c’est exactement ce qui est arrivé pour ces cantonales... grâce surtout, n’en déplaisent aux tenants de la dynamique, aux capacités manoeuvrières de JJK.
    Faisons les comptes. L’extrême-gauche rangée derrière Pascal Beaudet (Le NPA explicitement et LO implicitement en ne présentant pas de candidat), ce sont 6 % récupérés pour le score global de celui-ci. La candidature "très encouragée" de l’écolo inconnu Fauvel, ce sont 2 % de piqués à Evelyne Yonnet (la part d’un vote de confusion sur les 4,5 % totaux). la présence de Malika Ahmed, c’est 1 % directement pris à la candidate PS. On n’évoquera pas ici la littérature plus qu’agressive distribuée dans une logique de démolition que la droite n’aurait pas renié vis à vis (faut-il le rappeler ?) d’une conseillère générale de gauche...

    La réalité, si l’on parle un peu sérieusement, c’est que cette dernière aurait pu (et aurait du) être devant de 2 %. On le voit, la dynamique PC/Front de gauche est très relative sur ce premier tour...

    S’agissant du second tour. Les commentaires à usage des militants sur le transfert d’un part des voix de droite sur Evelyne Yonnet lus ici et là sur ce blog ne tiennent pas franchement la route à la lecture des résultats. En 2008, on peut entendre qu’il pouvait y avoir une motivation chez une partie de cet électorat à se "débarrasser" des communistes. Aucun enjeu de ce type pour les cantonales...
    En revanche, il serait intéressant de savoir d’où sont venues les réserves PC/Front de gauche. Il n’est pas à exclure (je crois déjà entendre quelques cris d’indignation) que de démarche protestataire anti-pouvoir en place à démarche protestataire anti-pouvoir en place, quelques porosités ne se soient opérées d’avec l’électorat FN...
    Ces élections, d’un point de vue général, ont été difficile pour les sortants. Signe d’un pays en crise. Et quand la France va mal, la Seine-Saint-Denis va encore plus mal... Comment interpréter autrement, par exemple, le résultat de La Courneuve ? Où le sortant PS a gagné largement... mais contre un super-sortant, le maire PC.

    On sait bien qu’à Aubervilliers, pour l’heure, les contestations se font à gauche. Karman contre Ralite et PS en 2002, PS contre PC en 2004, en 2008 et en 2011. Le vote Pascal Beaudet est donc, pour partie, l’expression d’un mécontentement. Considérer celui-ci comme un vote d’adhésion relèverait d’une naïveté militante.
    Le résultat final est le même me direz-vous. Certes. Mais le jeu diffère singulièrement. C’est encore de Jacques Salvator que dépendra l’issue de la partie en 2014. Une belote ou un tarot, en quelque sorte. Il a pris, à lui de "faire" ses points. L’initiative reste entre ses mains. Qu’il joue mal ses cartes et il chutera. Qu’il les aligne correctement et il gagnera.
    La rivalité des deux gauches, je le crois (excusez-moi de quelque peu refroidir vos ardeurs de vainqueurs), n’est pas le plus déterminant pour la suite dans cette affaire...

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 5 avril 2011 à 01:09, par Encore un effort Victor....

    Victor, qui se dit sérieux, admet qu’il y aurait pu y avoir en 2008 des électeurs de droite qui auraient pu voter PS pour se débarrasser des communistes. on est heureux d’entendre une évidence d’autant plus qu’elle était niée par nombre de responsables socialistes locaux. Bien évidemment rien de tout cela en 2011 affirme l’ami Victor, toujours aussi sérieux. sauf qu’en 2011, le phénomène de report de la droite sur le PS s’est sans doute effectué dès partie au premier tour (voir le score du modem) puisque ça a moins marché au deuxième tour, même si les bureaux où la droite est traditionnellement forte ont plus voté socialiste qu’ailleurs.

    les "60 ans de communisme, ça suffit" qu’on ressort à chaque élection depuis trois ans, commencent à perdre leur capacité opérationnelle...

    Et puis on attend toujours une analyse des socialistes, à moins qu’ils aient déjà fait leurs cartons pour partir à Bordeaux comme en 1870 !

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 5 avril 2011 à 08:57, par un peu de sérieux

    "Victor Noir" nous confirme que la droite a "aidé" le PS à se débarrasser des communistes aux municipales de 2008.

    Quant à sa démonstration, elle est échafaudée à partir d’un postulat invérifiable : une campagne électorale ne sert pas à grand chose...Pourquoi avoir collé tant d’affiches, avoir distribué un luxueux catalogue de promesses,etc ...?

    Inutile de polémiquer avec des estimations de voix sur tel ou tel candidat, nul n’est propriétaire du choix de l’électeur. Ce qui est clair pour tout le monde, c’est que ce vote est un sérieux avertissement à la municipalité !

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 5 avril 2011 à 18:00, par Coupons les têtes, ça évitera de penser...

    La défaite électorale du parti socialiste repose sur des raison clairement identifiées :

    - la gestion de l’office HLM, et il faudrait remplacer l’élu au logement, surtout qu’il a pris partie pour le désistement suite aux résultats du premier tour. Mais il semble avoir des appuis au parti socialiste, étant considéré comme le plus solide politiquement de la bande. (C’est pas très dur, me direz vous)

    - la propreté ; et là, ce serait bien que madame le Bihan dont le bilan est peu glorieux, soit écartée au profit de quelqu’un comme madame Hammache par exemple.

    - l’attitude de madame Ahmed pose plus de problèmes car ce n’est pas sur son action municipale qu’elle serait privée de ses délégations, mais sur le fait qu’elle se soit présentée, comme l’ont fait avant elle nombre de candidats verts ou socialistes faisant partie de la majorité municipale quand les communistes étaient majoritaires dans l’exécutif. Cela ne provoquait pas de règlement de compte à l’époque, mais ils semble que maintenant, les temps aient changé : on a le devoir de ne pas se désister quand on perd au premier tour, mais aussi le devoir de ne tolérer aucune autre candidature de la majorité au premier tour.

    - bien évidemment, Evelyne Yonnet n’a aucune responsabilité dans sa défaite, et il faudrait commencer par accroître ses délégations au niveau municipal. Pourquoi pas en écartant madame Diakité de la démocratie locale. C’est d’ailleurs madame Yonnet qui a signé le dernier courrier destiné aux collectifs d’animation des quartiers posté ces derniers jours...

    C’est à cela qu’on voit que nos édiles ont pris la juste mesure du problème.

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 5 avril 2011 à 22:27

    Je ne réponds pas à l’article, je donne une info recueillie dans la rue et dans un bureau d’aide "à faire un courrier". Plusieurs personnes ont voté FN parce qu’ils en ont marre de ce qui se passe dans la ville et dans le pays.
    Personne ne les "attirait" et ils n’avaient pas vraiment confiance.
    Au 2ème tour, ils devaient voter à gauche mais quelle gauche ? L’ont-ils fait ?
    Le vote FN quand on en a marre, cela s’est entendu aussi dans les médias. C’est pour cela qu’il y a une catégorie de votes que l’on ne peut classer. Cela gêne moins aujourd’hui de dire que l’on vote FN.

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 25 mai 2011 à 05:13, par GrandOursPS

    Une partie des personnes qui ont votés le FN ont du mal à vivre avec l’incivilité.

    A titre d’information, certains FN de mon quartier ont voté PCF au second tour.

  • Front de Gauche élargi, PS et dynamiques Le 25 mai 2011 à 08:52, par FACHOLAND

    Sur son site, l’adjudant Bozonnet, leader du FN local, apporte son soutien à Malika Ahmed dans les terribles épreuves qu’elle subit (perte de ses indemnités d’adjointe suite à son ralliement au PC) et il se réjouit de la victoire de Beaudet aux cantonales.

    Petite info, ce Bozonnet aurait été un grand ami de Maxime Brunerie, le type qui a tiré sur Chirac lors d’un défilé du 14 juillet. C’est du moins ce que raconte le Brunerie en question dans le livre qu’il vient de publier.