La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs…

par Jack Ralite, sénateur, ancien maire d’Aubervilliers,

vendredi 25 mars 2011

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » (Albert Camus).

Voici 50 ans qu’à des titres divers, je suis élu de cette banlieue dont Saint-Denis et Aubervilliers sont si symboliques de la vie populaire, de l’histoire ouvrière. Je connais les efforts gigantesques d’invention et d’action, pour et avec les habitants, que ces villes ont dû faire pour sortir de leur statut de « communs de la société ».

Et comme chacun, aujourd’hui, je mesure ce qui se joue à Aubervilliers, à Saint-Denis et dans le Val-de-Marne : placés par les électeurs loin derrière les candidats Front de Gauche au premier tour, des candidats PS/EELV ont décidé de se maintenir au second, au rebours de toute l’histoire de la gauche -et ceci malgré les réticences de nombreux militants de ces deux partis, ouvrant par là même la boîte de Pandore des divisions à gauche.

Cette affaire n’est pas une guerre picrocholine. Elle pose, très au-delà des enjeux de pouvoir et de postes, une question fondamentale de morale. En balayant les principes qui avaient permis les victoires passées, les candidats PS/EELV concernés obèrent celles de l’avenir. Surtout, ils lâchent les digues de la compromission au pire moment, à l’un de ces instants où seule l’éthique peut sauver la politique.

Je le dis à hauteur d’homme, mais avec force : cela me déchire.

Les choses sont simples : pour l’emporter, les candidats PS/EELV ont besoin des voix non pas seulement de la droite, mais aussi de l’extrême droite. Et la droite, pour la première fois explicitement à Saint-Denis, appelle à voter PS/EELV. En lui-même, cet élément suffirait à disqualifier ce qui se produit ici. Mais allons au-delà. Imagine-t-on ce que serait un conseiller général de gauche qui, devancé au premier tour, l’emporterait au second par l’apport de voix de droite mais surtout, dans le rapport des forces actuels, par l’arbitrage du FN ? Mesure-t-on le désarroi, la confusion, la brèche que cela créerait ? Ainsi, un homme, une femme de gauche pourrait être élu-e à la faveur de pratiques devant lesquelles certains hiérarques de droite même reculent ? Et dans des territoires si emblématiques de ce que la gauche peut faire de meilleur au service des populations ? Mais c’en serait fini de la dignité de la politique, de l’honneur que l’on a, tous, de croire en quelque chose qui dépasse nos seuls intérêts !

Que l’on n’invoque pas ici le pluralisme, encore moins la démocratie. Ce qui blesse le pluralisme, ce n’est pas qu’un candidat respecte les principes du désistement républicain. Et ce qui souille la démocratie, c’est bien que l’on puisse sacrifier les valeurs fondamentales aux intérêts égoïstes.

Que l’on n’invoque pas davantage le vécu quotidien des habitants : je connais
les souffrances de ceux que rongent le chômage, l’insécurité, l’échec scolaire. J’habite en HLM à Aubervilliers, je n’ignore rien de Saint-Denis : ces souffrances me taraudent et me font lutter et chercher depuis 50 ans, avec d’autres, des réponses nobles, nouvelles, avec échecs et réussites. Mais au grand jamais, face à ces souffrances je ne proposerai d’agir autrement qu’envers les vrais responsables. Jamais je ne détournerai la colère ailleurs que vers ceux qui mettent le monde à l’envers, jamais je n’instrumentaliserai le malheur et la misère. Et jamais je ne dévaloriserai ce que des décennies de gestion de gauche ont gagné pour les habitants d’Aubervilliers, de Saint-Denis, et de bien d’autres villes, dans le domaine de la santé, de la culture, du social, de la jeunesse. Car dénigrer, instrumentaliser, c’est à terme ajouter les désillusions à la souffrance, remplacer la colère par la rancoeur, le chemin de l’action par la fausse route de l’abstention et du rejet de l’autre. Face à la misère, bien plus qu’ailleurs, il faut toujours et toujours rassembler. Et rien d’autre.

Je suis bien placé pour savoir que, même à gauche, il est souvent difficile de ne pas être celui qui l’emporte. Ministre communiste avec François Mitterrand, j’ai été minoritaire dans son gouvernement. J’y suis resté sincère, loyal, mais fidèle à moi-même. Maire d’Aubervilliers, j’ai travaillé avec mes partenaires dans le plus digne d’eux-mêmes. Ce ne fut jamais facile. Mais ce fut l’honneur de la gauche que d’avoir respecté ses composantes.

Aujourd‘hui, nombreux sont les électeurs socialistes ou écologistes qui sont troublés. Leur choix, ils le savent, dépasse les enjeux locaux. Ils m’en parlent.
Je leur dis en sincérité : en votant dimanche pour les candidats arrivés en tête au premier tour, ils ne se renient pas : ils réaffirment leurs valeurs. En s’inscrivant dans la longue histoire du progrès social en France et de la gauche de ce pays, ils ne vivent pas au passé : ils préservent l’avenir.

Je leur dis en franchise : au moment où le Front national est plus menaçant que jamais, rien ne doit être fait qui le mette au centre du jeu, et rien ne doit être fait qui favorise la contamination par ses idées.

Je leur dis avec détermination : la période qui s’ouvre va être dure, violente pour les gens les plus pauvres, pour ceux qui sont au coeur de notre action et de notre pensée. En ces temps, abdiquer nos valeurs et nos principes, au nom d’un prétendu modernisme ou d’un opportunisme affamé, ce serait indigne.
Je leur dis enfin avec un grand respect : électeurs socialistes, écologistes, progressistes et aussi électeurs communistes : il vous appartient, très simplement, sans grandiloquence, de confirmer votre attachement à la gauche et de préserver l’honneur de vos partis, cet honneur qui sans vous va sortir entaché de ce triste épisode. Ce que les appareils n’ont pas encore su faire, c’est aux électeurs et électrices de le réaliser : rassemblez-vous dimanche derrière le candidat de gauche qui est arrivé en tète au premier tour.

Il n’est pas trop tard.


Jack Ralite
Sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis et
ancien ministre de François Mitterrand

19 Messages

  • Encore une fois, Jack Ralite rend une contribution qui sait prendre en compte nos colères, notre incompréhension et notre indignation pour livrer une lecture politique de ce qui se passe à Aubervilliers et, par résonance, dans la gauche.
    Voilà, rien à ajouter sinon qu’en quelques lignes tout est dit, à 1 000 kilomètres du méli-mélo autojustificateur vite dit, mal compris et surtout mal pensé d’E. Yonnet.

  • @DG :
    Goldberg dit "si des candidats soutenus par les socialistes, les écologistes et les radicaux de gauche rassemblés seront présents au second tour des élections cantonales ce 27 mars à Aubervilliers et à Saint-Denis sans être arrivés en tête au premier tour, c’est parce que des candidats communistes le seront dans les mêmes conditions à Montreuil et à Romainville"
    Il devrait s’informer davantage avant de sortir une resucée des "éléments de langage" (c’est comme ça qu’on appelle la langue de bois maintenant) dejà ressassés par ses camarades d’Aubervilliers.

    Je ne peux que le renvoyer au très bon papier de Zappi, dans le Monde, signalé par ailleurs sur ce site et qui montre bien l’enchaînement des choses, notamment la volonté politique de Bartolone de tout faire pour verrouiller sa majorité au conseil général.

    Golberg fait preuve d’une belle langue de bois politico-partisane d’apparatchik qui ne donne rien à penser. Le contraire d’une "réponse".
    C’est pas le tout d’être député (avec le désistement du candidat de gauche, communiste, arrivé derrière).
    Son texte au carré-béton-rien-ne-dépasse peut aussi être compris comme une forme de mépris.

    Enfin, je lui souhaite que le fait d’avoir posé sa prose et sa pensée à côté de celles de Jack Ralite – rendant ainsi la comparaison obligée si cruelle – ne va pas lui donner le vertige.

  • Jack-à-dit :
    "la période qui s’ouvre va être dure, violente pour les gens les plus pauvres, pour ceux qui sont au coeur de notre action et de notre pensée. En ces temps, abdiquer nos valeurs et nos principes, au nom d’un prétendu modernisme ou d’un opportunisme affamé, ce serait indigne"
    Et tout est dit.

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 25 mars 2011 à 16:10, par olivier

    Appelez-vous à voter pour la candidate divers gauche arrivée en tête à Romainville et la candidate écologiste arrivée en tête à Montreuil ? et donc contre les candidats PCF qui ne respectent pas le désistement républicain ?

  • @Olivier
    L’engrenage est, encore une fois, très bien expliqué dans l’article du Monde cité... le Monde, tu sais, le célébre journal bolchévik !
    Par ailleurs, le texte de Ralite s’adressent à chacun, y compris les électeurs communistes, quant au désistement.

    Faut pas non plus prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 25 mars 2011 à 23:46, par il faut le diffuser à ceux que l’on estime - tous -

    je pense qu’il faut arrêter de polémiquer avec les personnes qui n’attendent que des mots un peu mal dit pour écrire 3 ou 4 lignes ici.

    Il faut laisser le texte de Jack Ralite bien en place et si on pouvait le mettre dans la boite aux lettres de nos voisins qui même ne vont pas voter car pas dans le canton, nous ferions un geste, un beau geste.

  • candidate Yonnet cherche militants Le 26 mars 2011 à 08:29, par un passant de la rue André Karman

    Un monsieur m’a accosté hier matin pour me demander son chemin. Malgré son GPS et un plan des rues d’Aubervilliers, il semblait perdu. Parlant difficilemnt le français, il distribuait, pour le compte de la société I..., des tracts pour le couple Yonnet - Kanda dans les boîtes à lettres.

    Les militants PS sont donc à ce point découragés pour faire appel aux services payants d’une société privée de distribution de matériel publicitaire ?

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 09:07, par Yonnet rembarrée à la mosquée

    Elle se croyait peut-être à la synagogue où elle était intervenue samedi dernier pour faire sa campagne. Toujours est-il que sa présence aux abords de la salle de prière rue Félix Faure vendredi après midi n’a pas été du goût des fidèles qui le lui ont fait savoir. Se présentant comme inquiète d’une possible fermeture du lieu de culte, et sans doute pour faire une enième promesse, les fidèles n’ont pas été dupes de la manoeuvre et renvoyé l’intéressée vers d’autres terrains de chasse. Question : aujourd’hui à la synagogue, Yonnet brandira-t-elle encore le danger du front national comme la semaine dernière ?

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 09:37, par téléphobe

    France 3 a diffusé jeudi à 12h30 un reportage sur la situation électorale à Aubervilliers :

    Yonnet 68 secondes

    Beaudet 24 secondes

    Le numéro de téléphone de France3 - relations avec les téléspectateurs est le 08 90 71 03 03 de 9h à 20h du lundi au vendredi et de 13h à 20h samedi et dimanche

  • Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » (Albert Camus)
    Une citation qu’affectionne Jack Ralite.
    C’est exactement ce qui m’est venu en tête quand j’ai vu sur vos soutiens la présence de ce faux écolo que personne ne connait et Malika Ahmed qui n’a pas hésité à retourner sa veste.
    Ces deux candidats mal nommés au premier tour ont permis à Pascal Beaudet d’être placé en tête avec seulement 89 voix de plus qu’Evelyne Yonnet.
    Ceux qui sont à l’origine de ces deux candidatures, devenus soutiens, ajoutent effectivement aux malheurs de la gauche à Aubervilliers.

  • 11h, quartier paul bert, les soc font du porte a porte et distribue des tracts, est-ce normal, la fin de la campagne a été sifflée
    Hafidi, ce traitre de la culture, le représentant de la culture boboisante, a répondu a Ralite sans rien dire, seulement une verve, une bulle de savon, comme l’est la municipalité socialiste

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 14:10, par honnêteté intellectuelle

    Stéphane Troussel, candidat PS, est arrivé en tête au premier tour des cantonales à La Courneuve. En toute logique, Gilles Poux, candidat du Front de gauche, s’est désisté pour lui.

    Or, S. Troussel est venu ce matin à Aubervilliers aider E. Yonnet qui a refusé de se désister pour P. Beaudet, arrivé en tête au premier tour à Aubervilliers.

    Comment peut-on qualifier un tel comportement ?

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 15:31, par Jacques JAMES

    @DG :
    Vous écrivez :
    "Dans ces élections cantonales de 2011, comment espérer des désistements naturels à gauche quand, parmi les arguments développés par le candidat communiste, il est écrit « Le Parti socialiste, ce n’est pas la gauche » ? Est-ce lutter contre la montée du Front national quand certains communistes recouvrent les affiches de la candidate socialiste, Evelyne Yonnet, du seul argument « Elle ment ! » ? N’est-ce pas se compromettre quand les attaques personnelles sont préférées aux arguments de fond ?"
    Croyez-vous que la campagne d’affichage forcenée du PS local, qui s’en glorifie sur son site, soit un modèle de démocratie et soit vecteur d’élévation du débat ?

    Puis "Alors oui, de manière douloureuse, le Parti socialiste a décidé de permettre aux citoyens d’Aubervilliers d’avoir le choix au second tour entre deux candidats de gauche, en l’absence de tout candidat de droite ou d’extrême-droite. Ce sont donc les habitants d’Aubervilliers qui décideront en conscience."
    Avez-vous appelé M Gilles POUX à revenir sur son désistement afin de laisser ce choix aux citoyens de La Courneuve ?

  • A propos de la citation de Camus mis en exergue par notre sénateur :
    "Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde"

    Je la trouve aussi idéale pour la profession de foi de Pascal Beaudet :
    Titrer : la gauche rassemblée alors que chacun peut constater que ce n’est pas vrai...

    Faire croire que l’on a le soutien de tous les partis de gauche en utilisant leurs sigles alors que ce n’est pas vrai.......

    Je n’ai pas vu ce genre de pratique sur la profession de foi d’ Evelyne Yonnet

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 16:39, par honnêteté intellectuelle

    J’insiste sur l’honnêteté intellectuelle.

    J’ai reçu la profession de foi d’ E. Yonnet pour le deuxième tour.

    Tous les projets concernant Aubervilliers y figurent sous le prétexte qu’ils nécessitent une aide financière du conseil général.

    Inutile de polémiquer..., mais, par exemple, citer la ligne 12 du métro dont le financement par le conseil général est antérieure à la présidence de C. Bartolone est quand même bien exagéré ! Sans doute tout est bon pour grapiller des voix.

    Le comble étant pourtant le discours prononcé jeudi soir au meeting de clôture auquel j’ai assisté :

    J’ai entendu ,entre autres,

    - "les constructions d’écoles" (prévues bien avant 2008 à ma connaissance),

    - "la rénovation de la voirie" (n’est-ce pas Plaine-commune ?)

    - "mes concurrents pensaient que cette ville seraient la leur pour toujours", " qu’ils se la transmettraient en héritage", "avec une dégradation dont on mesure l’ampleur".
    Ces trois phrases ont été prononcées par E. Yonnet qui fut maire-adjointe pendant plusieurs mandats.

    Elles confirment le très mauvais sentiment que j’ai que les socialistes d’Aubervilliers rompent avec l’union des forces de gauche. C’est très inquiétant face à la montée des idées d’extrême-droite.

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 26 mars 2011 à 16:58, par le dernier guerillero

    en réponse à DU CALME CAMARADES SOCIALISTES :

    Je pense qu’il faut rester serein dans le débat.

    L’allusion à Daeninckx qui aurait "mangé au ratelier pendant des années" est totalement infondée.

    Difficile d’ouvrir ici, en public, un débat sur la position de Daeninckx dans le débat politique local.

    Je l’ai déjà signalé ici-même : je crois savoir que Daeninckx soutient la démarche du Front de gauche au plan national ; ce n’est pas par de tels propos que la blessure ouverte avec lui en 2008 sera soignée.

  • Un conseil à Monsieur Vannier : Quand vous êtes en vélo, vers 17h50, ce samedi, devant le lycée Le Corbusier, évitez d’arracher les affiches de Pascal Beaudet et Leïla Tlili juste au moment où je passe. Pour un maire-adjoint chargé de l’urbanisme, ça fait désordre...

  • La gauche, la morale, St-Denis, Aubervilliers et ailleurs… Le 2 avril 2011 à 10:23, par top-rose

    Il y en a quand même un au PS qui voulait le désistement à l’issue du premier tour. Minoritaire, comme un bon soldat, il a avalé la couleuvre et est venu tous les samedis matin soutenir Evelyne Yonnet. Mais bon, voilà, il faut un bouc émissaire. Et comme à l’office HLM, ça chauffe, on s’est dit qu’on avait un lampiste* tout trouvé. Réponse jeudi soir au conseil municipal.

    *lampiste : celui qui tient la lanterne.

  • Arréte Hugo !!! Le 2 avril 2011 à 10:37, par Le Vengeur

    Arréte Hugo de te justifier sur le site du PCF.
    on t’a reconnu.
    Normal d’être sanctionné quand on a un mauvais bilan et qu’on est toujours absent !!