Un souffleur de conscience à qui il faut rendre sa liberté

par Jack Ralite

jeudi 10 mars 2011

Avant le conflit assassin de l’autre, le Musulman, considéré comme étrange, étranger, il a refusé la « paix froide ».

Pendant la guerre atroce provoquée par Milosevic, il fut le courage même, la gentillesse envers chacune, chacun, et la fidélité au pluralisme de Sarajevo.

Depuis la paix de Dayton, il consacre sa vie citoyenne à une solidarité indéfectible avec les innombrables orphelins du martyr bosniaque dont l’horrible symbolique est le massacre de la population de Srebrenica.

Ainsi, à toutes les étapes de sa vie, Jovan Divjak a illustré cette phrase du Résistant Jean-Pierre Vernant : « Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être, on se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont. » Divjak était, a été et demeure un pont pour l’homme et, à ce titre, rejette les identités pures.

Eh bien, cet homme, « toujours à l’horloge exacte de la conscience », a été arrêté à Vienne (Autriche) le jeudi 3 mars dernier sur l’accusation de crimes de guerre formulée par Milosevic et reprise par ses successeurs qui, depuis quinze ans, n’ont pas trouvé le moyen d’arrêter Ratko Mladić, le bourreau du peuple bosniaque.

Le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie a refusé d’ouvrir une investigation à ce sujet. La justice anglaise a rejeté la demande d’extradition d’Ejup Ganic, en juillet 2010, accusé pareillement.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères vient d’affirmer : « D’après nos experts en droit international, une extradition de Jovan Divjak vers la Serbie est impensable », ce qui a permis à celui-ci d’être libéré sous caution, mais avec interdiction de quitter l’Autriche.

L’émotion est immense en Bosnie. Plus de 5000 habitants de Sarajevo ont manifesté pour sa libération. Une pétition est lancée par le Centre culturel français André Malraux à Sarajevo et par le CCFD-Terre solidaire en France (1). J’ai pris l’initiative de proposer aux membres du groupe interparlementaire France-Balkans occidentaux de s’adresser à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, afin qu’il intervienne auprès des autorités autrichiennes pour la libération du Général Divjak.

L’arrestation de Jovan Divjak est un retard d’avenir pour la Bosnie, pour la convivialité et la mêlée des peuples. Ses pensées et ses actes sont des souffleurs de conscience, une aubaine humaine. Cet homme est un compagnon lumineux qui sait, avec René Char, que « l’inaccompli bourdonne d’essentiel ».


Il y a de l’essentiel dans la liberté à reconquérir immédiatement de Jovan Divjak.

Jack Ralite,
Sénateur de la Seine-Saint-Denis,
Ancien Ministre

- 1) http://www.petitionenligne.fr/petition/petition-pour-la-liberation-immediate-de-jovan-divjak-/990

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