Tribune

"Nous ne laisserons pas enfumer le peuple."

Quelques réflexions sur la très grande lutte en cours (suite)

dimanche 24 octobre 2010

L’adoption par le Sénat dans la soirée du mercredi 20 octobre d’un amendement appuyé par le Gouvernement vient de mettre en lumière les grandes manoeuvres qui se profilent derrière le débat sur l’actuelle réforme.
L’amendement propose en effet d’ouvrir en 2013 une « réflexion nationale » en vue d’une « réforme systémique » de la retraite. Il s’agirait d’étudier « les conditions de mise en place d’un régime universel par points ou en comptes notionnels ».

Cet amendement est à triple cible : les centristes tout d’abord qui soutiennent l’orientation « système de retraite par points », la CFDT ensuite qui réclame elle aussi un système de ce type, le Parti socialiste dont des segments très importants se situent sur la même ligne.

Encore une fois un exemple étranger inspire les réflexions. Cette fois-ci c’est la Suède dont on ne retient d’ailleurs que quelques éléments car le système suédois présente l’inconvénient d’être bâti sur deux étages répartition et capitalisation auxquels s’ajoute un minimum garanti par l’Etat, du même type que le minimum vieillesse français.

Quelle est l’essence du système suédois ?

Le principe fondateur du système suédois est celui de la neutralité actuarielle. Sous cette expression barbare se cache une réalité très simple : le montant global de la retraite (c’est-à-dire le montant cumulé des sommes versées tout au long de la période de retraite) doit correspondre au montant cumulé des cotisations versées.

Le montant de la retraite s’ajuste automatiquement à l’espérance de vie. On convertit annuellement le montant des cotisations sous forme de points et chaque individu parvenu aux alentours de la soixantaine connaît donc son pactole. Les tables de mortalité par catégories socioprofessionnelles établies selon les techniques pratiquées par les assurances lui permettent de connaître son espérance de vie.

En divisant son pactole par le nombre d’annuités chacun connaît le montant de sa retraite. Il peut choisir de partir tôt avec une pension faible (il a davantage d’espérance de vie) ou plus tard avec une pension plus forte (il a moins d’espérance de vie). Les femmes ayant une espérance de vie plus importante que les hommes et des cotisations cumulées plus faibles sont vouées aux pensions de faible montant.

Le régime se présente sous l’enseigne de la liberté individuelle, chacun arbitrant ses choix en fonction de ses paramètres personnels. Il s’agit d’une mécanique acceptée ne demandant aucune évaluation politique périodique. Le système repose sur les seuls salaires et laisse, par principe, complètement à l’écart les revenus financiers des entreprises.

La modèle suédois a été étudié par le Conseil d’orientation des retraites qui lui a consacré un rapport et par des économistes socialistes tels Antoine Bozio et Thomas Piketty particulièrement mis en valeur sur le site de Ségolène Royal.
La CGT a fait connaître depuis longtemps son hostilité à ce système qui brise les solidarités collectives. Le Parti communiste y est également opposé.

En tout cas nous voici prévenus d’un nouveau danger que seule la puissance de la mobilisation populaire peut mettre en échec. Le débat sur l’alternative à la réforme dévastatrice Sarkozy/Woerth a besoin de se dérouler dans la plus complète transparence.

Nous ne laisserons pas enfumer le peuple.

André Narritsens

4 Messages

  • Il faut être clairs Le 25 octobre 2010 à 08:30, par Clara

    Il est vraiment nécessaire que l’on parle des propositions alternatives à la réforme Sarkozy.

    Merci au site du PCF de faire cet effort.

    Bien sûr il faut continuer à maintenir le front uni le plus large conte la réforme Sarkozy mais il n’est pas anti-unitaire de mettre en avant les positions des uns et des autres pour l’avenir.

    C’est même d’une très grande utilité.

  • Triste rencontre Le 26 octobre 2010 à 11:58, par Albert

    Ce matin alors que nous collions des affiches de la CGT pour la manif de jeudi, nous avons été interpellés par un monsieur qui nous a dit être jeune retraité.

    Il n’était pas content de nos affiches et nous a déclaré que nous politisions une question "technique". Le raisonnement était simple : pour payer les retraites il faut une caisse équilibrée autrement dit avec des entrées d’argent et des sorties qui s’équilibrent.

    On s’est un peu peu accroché mais l’impétrant ignorant que les revenus financiers ne contribuaient pas au financement de la protection sociale et s’inquiétant pour la santé des entreprises du CAC 40, l’échange a tourné court.

    A t-on croisé un mec de droite classique ou un enfumé ? Allez savoir. Peut-être un mélange des deux.

  • Salauds de grévistes ! Le 26 octobre 2010 à 15:10, par En panne d’essence en allant bloquer Grand Puits

    Alors qu’un copain m’envoyait un sms pour aller vers une destination inconnue, illico, un petit coup sur les enjoliveurs de la simca 1000, et en voiture Simone ! Le réservoir était presque à vide. Je fais une, deux, trois stations, la peur au ventre avec mon compagnon d’infortune. Et ce qui devait arriver arriva, la bagnole tomba en rade, juste le temps de me garer sur le bas côté. On fait 2 km à pieds, on est accueilli par le piquet de grève qui nous annonce que les cuves sont presque vides !

    Et moi qui avait été assez con pour croire Borloo qui annonçait que les problèmes seraient réglés pour les vacances !!! Le problème de l’essence, pas celui des retraites parce qu’il va encore falloir se bouger le cul !

  • Manifs (pour demain) Le 27 octobre 2010 à 20:23, par Denis Raffin, maitre toilier

    Demain, la manifestation parisienne pour la retraite à 60 ans démarre place de la république à 13h.

    Pour ma part, je ne serai pas des vôtres mais je vais rejoindre les cortèges ... toulousains ! Eh oui, même pendant mes vacances, je ne perds pas une occasion pour faire entendre mon désaccord contre cette réforme injuste.

    Je vous enverrai des photos du cortège de la ville rose ; pensez à m’envoyer les vôtres !

    Bonne manif’ à tous !

    Denis Raffin