Tribune

"Une nouvelle bataille idéologique s’ouvre !"

Quelques réflexions sur la très grande lutte en cours

samedi 23 octobre 2010

La lutte engagée depuis six mois sur la question des retraites, s’inscrit dans la confrontation sociale à ce propos inaugurée en 1995.

Dans l’attaque qu’elles ont déclenchée, les forces de la réaction autrement dit le capital et la bourgeoisie ont sollicité le bon sens, asséné des évidences, menti par omission ou sans omission, brouillé les pistes, bref canardé le peuple avec des balles enrobées de sucre.

Nous avons connu ce genre d’attaque à grande échelle il y a cinq ans lors de l’épisode du projet de Traité constitutionnel européen. Mais le peuple, au terme d’un considérable effort d’appropriation des termes réels du débat, avait alors su disperser les brouillards dans lesquels on voulait le confiner.

Sur la question des retraites, le même processus, on peut le constater aujourd’hui, s’est en définitive déroulé.

Le retournement de l’opinion est spectaculaire et le fait constitue un élément politique extrêmement important.

Le processus au travers duquel s’est produit ce retournement s’est appuyé sur la multitude de micro initiatives souvent conduites dans un cadre unitaire et en concomitance avec des mobilisations sociales croissantes elles aussi unitaires.
Au fond, depuis six mois les questions posées au mouvement social n’ont pas varié : combiner la critique des projets, formuler des propositions et développer les luttes. Tels ont été et demeurent les éléments combinés pouvant déboucher sur une victoire populaire.

Si le retournement de l’opinion publique constitue un fait politique majeur doit-on considérer, pour autant que la clarté sur les enjeux soit suffisamment faite ?

Rien n’est moins certain : si la réforme est considérée injuste et rejetée, l’idée d’une réforme nécessaire est acquise et le débat se déplace donc sur un axe nouveau : celui des contenus de cette réforme.

Une nouvelle bataille idéologique s’ouvre où vont sans doute s’affronter des forces aujourd’hui unies dans le rejet de la réforme Sarkozy/Woerth.
Quel que soit le résultat de l’affrontement actuel, la question des retraites va hanter les années qui viennent.

Si le mouvement ne trouve pas assez de force pour mettre en échec l’actuel projet, les questions de la retraite ne disparaitront pas pour autant. Elles ont pris une telle place dans l’imaginaire et la conscience populaires, elles connaîtront des concrétisations si désastreuses qu’elles constitueront un marqueur politique durable.

Si l’attaque Sarkozy/Woerth est brisée les questions de la retraite continueront également d’être posées et le débat se déroulera sur les contenus de la réforme à réaliser.

Quelle que soit l’issue de la séquence de confrontation sociale actuelle, la question des retraites va donc s’installer dans le paysage des batailles politiques qui s’annoncent et la tentation sera grande en cas de passage en force du pouvoir de considérer que l’on pourra régler dans les urnes ce qui n’aura pu l’être dans la rue.

Soyons attentifs à ce qui se dit, de-ci-de-là, à ce propos. Ne le cachons pas, des manœuvres sont en cours et des cénacles politico-syndicalistes travaillent sur des pistes qui s’écartent des exigences populaires.

André Narritsens