Éducation nationale en danger

lundi 7 juin 2010

Le ministre de l’Education nationale veut faire plancher une équipe (de spécialistes, à n’en pas douter) sur les rythmes scolaires. Ça ne manque pas d’humour quand on sait que le même ministre a imposé la semaine de 4 jours sans aucune concertation (d’ailleurs, médecins et enseignants protestent, parce qu’ils constatent que cela n’est pas adapté au rythme biologique des enfants, mais passons).

L’idée, ô combien géniale, serait de faire étudier les scolaires le matin, et de leur faire faire des activités sportives et culturelles l’après-midi. Il est tout de même amusant de constater cette nouvelle tocade au moment même où en Allemagne, pays qui applique ces rythmes scolaires depuis des décennies, on s’interroge sur leur pertinence.

En fait, ceci expliquant cela, notre ministre sabre allègrement chaque année dans les effectifs. Avec des milliers de postes supprimés dans l’Éducation nationale – pas uniquement des postes d’enseignants d’ailleurs – il faut bien trouver des « solutions ».

C’est un peu comme avec les crèches : plutôt que de créer des crèches et de recruter du personnel qualifié, il suffit de pondre un décret qui entérine l’abaissement du taux d’encadrement des nouveaux nés et du niveau de formation des personnels. Évidemment, ce sont de fausses solutions. Quand il y aura eu des dizaines d’accidents graves, quelques scandales de bébés maltraités par du personnel insuffisamment formé en sous-effectif, on reviendra peut être à une meilleure prise en compte de la situation. Mais comme il s’agit avant tout de mesures à court terme pour pouvoir étaler des « résultats », la qualité du service public importe peu.

Revenons à l’Éducation nationale. Là, il faut que le gouvernement soit encore plus imaginatif. Déjà, une circulaire interne dévoile que le ministre veut imposer des classes en sur-effectif et des fermetures de classes, supprimer la scolarisation des moins de 3 ans, etc. Avec 11 000 suppressions de postes en 2008 et 13 500 en 2009, il vise pour 2010 la suppression de 16 à 20 000 postes ! Il faut bien les trouver quelque part.

Ce qui est franchement écœurant, c’est que l’équipe chargée de plancher sur les rythmes scolaires n’a d’autre feuille de route que de nous « expliquer » qu’il faut « alléger » les rythmes, afin de justifier de nouvelles suppressions de postes d’enseignants. Et quand bien même, il ne suffit pas de décréter que l’après-midi, les scolaires auront d’autres activités : lesquelles, avec quels moyens et quel encadrement ? D’un côté, on supprime en trois ans plus de 40 000 postes, de l’autre, on créé des activités qui nécessitent un encadrement. Comme tout est affaire d’argent, on imagine que le ministre n’a pas l’intention de recruter des animateurs sportifs qualifiés, des enseignants d’arts plastiques, ou que sais-je…

Pour une ville comme Aubervilliers qui n’a déjà pas suffisamment d’équipements sportifs – ce qui est le cas de beaucoup de communes –, il est totalement impossible d’imaginer une fréquentation accrue des scolaires sans équipements supplémentaires. Et ne croyons pas que le ministère donnera des moyens, puisque la manœuvre consiste justement à sabrer dans les budgets.

Décidément, ce gouvernement de droite joue les bulldozers. Il ne lui suffit pas de casser la sécurité sociale, le système de retraites par répartition, les services publics, les collectivités territoriales, et j’en passe. Il s’attaque aussi allègrement à l’Éducation nationale.

Mais je vous rassure : le fils de Sarkozy va dans une école privée à Dubaï. Et devinez qui paye ? Le ministère de l’Éducation nationale. On pourrait s’étonner que les frais de scolarité des enfants de l’aristocratie à l’étranger qui vont dans des écoles privées soient pris en charge par l’État. Et bien non : Sarkozy serait parait-il très attaché à la gratuité… pour les riches.

Caroline Andreani

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