Article de Jack Ralite paru dans Libération le 17 décembre 2009

Usage de la grippe

mercredi 23 décembre 2009

Au-delà des débats sur la stratégie en matière de vaccination contre la grippe, des leçons politiques s’imposent.

Apprécions d’abord ce que signifie la foule de discussions sur le sujet. Mises bout à bout, elles ne sont pas anecdotique : la santé publique -quoi qu’on pense de la stratégie retenue- est désormais l’objet de débats non seulement médiatiques, d’experts ou de corporation, mais de tous les jours : en famille, au travail, au marché ou au café. C’est un signe que la santé publique est réellement devenue publique et je m’en réjouis.

Saluons ensuite le service public : ses acteurs, DDASS, mairies, santé scolaire, employés, infirmières, sous-préfets ou personnels de nettoyage, tous sont admirables : malgré des moyens rabotés depuis des années et les ravages de la RGPP, les voici mettant en place des dispositifs d’envergure, travaillant soir et week-end pour tenter une réponse adaptée à un besoin. Les plans les mieux préparés échouent si les personnels font défaut au moment décisif. Or les personnels que le gouvernement a malmenés, sont au rendez-vous. Que le Ministre du Budget s’en souvienne mieux que de ceux d’EDF, de la SNCF loin après les tempêtes. Et que chacun garde en tête que le service public, à nouveau, aura été performant, réactif, d’un engagement humain sans équivalent.
Parlons proximité : les dispositifs se sont noués, les difficultés résolues, au plus près des territoires, dans les départements, les communes. On est passé de la planification théorique à la vraie vie dans la fine articulation entre DDASS, préfets, mairies. Au temps de la réforme des collectivités, de la mise en place des ARS, n’oublions pas : si les échelons de proximité sont affaiblis, si les personnels et administrations sont décrochés des populations et territoires, nous irons à des fiascos et drames.

Dans ce contexte, la manœuvre de N. Sarkozy est indécente. Après avoir vilipendé, saigné service public et administration, il exige que l’on vaccine le dimanche, de 8h à 22h. Adapter les horaires aux besoins des familles, chacun le souhaitait : seules les difficultés créées par des années d’attaques contre le service public de santé y faisaient obstacle. Mais le dimanche de 8h à 22h ! Voici bien le croisement du césarisme, mettant l’Etat au service du caprice présidentiel et de la manœuvre de banalisation du travail du dimanche. Les signes de désorganisation que d’aucuns ont relevé sont le résultat de cet excès, de ce coup tordu, pas celui de la santé publique.

Que l’on tente ainsi de détourner le dévouement des professionnels en dit long sur la dignité du service public, et sur l’indignité de ceux qui tentent de l’abattre ou de le dévoyer.

Jack Ralite
ancien ministre de la santé
sénateur de Seine-Saint-Denis