À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette

jeudi 17 décembre 2009

Il y a quelques semaines, une rumeur courrait dans le quartier Villette sur l’implantation d’une déchetterie porte de La Villette, sous le pont du périphérique. Ça paraissait tellement aberrant que nous étions plusieurs à penser que c’était une plaisanterie.
Personne n’en avait entendu parler. Par contre, nous avions pu apprécier les embouteillages provoqués par l’aménagement du terrain.

Interrogé dans la presse, le Maire reconnaissait avoir été informé par la Ville de Paris dès le mois de juillet et avoir donné son accord.

Mais attention, il ne s’agit pas d’une déchetterie : nous aurons en entrée de ville un « centre d’apports et de valorisation ». En clair, une déchetterie qui ne dit pas son nom. Et, excusez du peu, conçue par de grands cabinets d’architectes. Si ce n’est pas de la valorisation, on se demande bien de quoi il s’agit !

Devant le mécontentement, les pétitions signées dans toute la ville, notamment à l’initiative de Jean Jacques Karman, conseiller général, la Ville de Paris et la municipalité d’Aubervilliers ont tenu une réunion d’information pour les présidents de groupes du conseil municipal. A cette occasion, le représentant de la ville de Paris leur a expliqué la distinction entre déchetterie et centre d’apports et de valorisation…

Puisqu’il ne s’agit pas d’une déchetterie, puisqu’elle va être conçue par le gratin des architectes, puisqu’en plus elle ne devrait durer que 4 ou 5 ans, dixit l’élu de la ville de Paris, on est en droit de se poser une question : pourquoi cette petite merveille ne trouve pas preneur dans Paris intra muros ? Pourquoi les maires des 18e, 19e et 20e arrondissements ne se battent pas pour qu’elle soit construite chez eux ? Pourquoi ont-ils la gentillesse de l’implanter à la lisière de leurs arrondissements ? En un mot, pourquoi construire un tel équipement structurant à l’entrée d’Aubervilliers ? Et autre question, comment se fait-il que la mairie d’Aubervilliers ne trouve rien à y redire ?
Finalement, si on y réfléchit bien, cela signifie qu’une déchetterie aux portes de Paris, c’est bien bon pour la banlieue. Il n’est finalement pas si éloigné le temps des « petits enfants d’Aubervilliers ». Ceux de l’après-guerre se baignaient dans le canal Saint-Denis bourré d’immondices. Ceux du 21e siècle bénéficieront des retombées des immondices parisiens.

Et puisque nous sommes dans une ville qui se targe de faire de l’histoire, cela rappelle la poudrette de Bondy, quand Paris faisait transporter par tombereaux entiers la merde de ses habitants que la banlieue transformait en « engrais ». Comme quoi Braudel avait raison : il y a une certaine continuité dans l’histoire.

C. A.

8 Messages

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 17 décembre 2009 à 23:10, par vigie

    La déchetterie, une affaire politique

    A l’heure du discours sur la coopération territoriale entre Paris et ses communes voisines, à l’heure où Paris, dans ses discours, ne traite plus « sa » banlieue comme un territoire de rejet, les édiles et l’administration parisienne ont pour projet d’installer une « déchetterie » dans leur sortie de ville sur la RN2, mais à l’entrée de la ville voisine d’Aubervilliers considérée jadis comme une « banlieue », comme un commun de Paris.

    La dite coopération territoriale, à l’heure de la démocratie participative et consultative, semble se passer entre élus de la même majorité, et non avec les habitants. En effet, ce n’est que bien tardivement que le projet décidé de déchetterie fut présenté par l’équipe municipale à la population. Il y a bien sûr eu la crainte de l’équipe municipale du rejet de la population.

    La déchetterie est, une fois présentée au public, renommée comme « centre d’apport et de revalorisation des déchets ». Elle sera ouverte aux habitants et entreprises de Paris et d’Aubervilliers. Pourquoi pas de Plaine Commune puisque Aubervilliers y est intégré et que la communauté d’agglomération exerce la compétence traitements des déchets et à ce titre a construit trois déchetteries ? La voirie d’un carrefour déjà bien remplie sera utilisée, et donc les flux de circulation automobile seront augmentés, pénalisant les artères d’Aubervilliers. Sauf si un débat public aurait été ouvert entre Aubervilliers – Plaine Commune - et Paris. En effet, aucune étude n’a jusque là était rendue public. Par ailleurs, il y a quelques mois, un projet fabuleux devait s’implanter dans cette zone : un complexe hôtelier de standing de 15 000 m², un centre commercial et un parking de 300 places. En contrebande s’est installé un projet « provisoire » parait-il de déchetterie, déménageant dans quatre ans à Pantin !

    Il est vrai que la déchetterie installée dans un silence de contrebandier sera dans le canton de Jean-Jacques Karman ! La visée symbolique et politique est évidente. Mais s’attaquer aussi à lui, sans vouloir le défendre, c’est s’attaquer à celles et ceux qui ont voté pour lui.

    Si le débat public aurait eu lieu, il aurait apparu, outre la verve habituelle et le non non non, la différence entre l’usage des parisiens et la proximité des albertivillariens. L’impact de la déchetterie sera direct sur les albertivillariens, les habitants de Paris sont à plusieurs centaines de mètres. Ce sont encore eux qui vont subir une entrée de ville encore plus bouchée.

    Enfin, ce genre de projet et la méthode « démocratique » et silencieuse, confirme l’imaginaire de la ville-musée et la banlieue poubelle ! A contre-courant non-productif des discours de Pierre Mansat, adjoint communiste aux collectivités territoriales. Le projet de déchetterie est cité d’ailleurs, dans le bilan de mandat 2009 par l’équipe Delanoë, comme un « projet intercommunal ». Ceci confirme que le projet est ancien.

    Je m’étonne alors pourquoi l’opposition au projet, non pas seulement la déchetterie, mais la méthode, le discours des parisiens n’est pas plus aigue.

    Je ne suis pas opposé au projet mais je m’étonne du silence plombant, de la méthode non-démocratique ; une question se pose : pourquoi les opposants aux projets ne se révoltent pas plus ?

    Je m’étonne que le projet n’ait pas été présenté bien en amont, lorsque les élus parisiens en ont parlé aux élus de la majorité socialiste : démonstration de la nécessité d’une déchetterie ici et pas ailleurs, insertion dans la ville, relation avec les déchetteries de Plaine Commune, personnel, usages, stationnement et circulation, garanties, contreparties pour Aubervilliers, coopération avec Plaine Commune, participation aux gestes de tri sélectif d’Aubervilliers…A quand le complexe hôtelier ?...Bref un argumentaire public aurait été honnête et signe que les élus ont une relation mûre avec sa population pris en majorité.

    Il faudrait mettre en relation avec la révision actuelle du Plan Local d’Urbanisme.

    Des méthodes plus directes sont à envisager devant ce déni de démocratie : se faire entendre dans les réunions de quartier du 20°, dans les conseils de quartier d’Aubervilliers, à Pantin (puisque les pantinois seront impactés dans quatre ans), faire des actions spectaculaires : opération 200 personnes dans la mairie amenant chacun leur sac poubelle, et pourquoi pas dans la mairie du 20°, comme les activistes de Greenpeace, bloquer le carrefour aux heures les plus fréquentées. A quand de la révolte imaginative et non-violente ?

    L’affaire de la déchetterie de la Porte de la Villette révèle et devrait manifester à toute la population comment la municipalité socialiste considère les habitants.

    L’affaire de la déchetterie de la Porte de la Villette révèle combien la métropole a dans les faits Paris pour centre, Paris se veut le centre de tout encore. L’heure n’est pas encore à la métropole, une affaire mineure le montre clairement.

    A quand une véritable métropole où la Ville de Paris reconnaîtra à part entière, même si elle possède toutes les qualités, les villes attenantes comme des villes autonomes ?

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 18 décembre 2009 à 00:11, par Déchetterie et développement durable !

    A l’heure de Copenhague, de l’ère des écolo-bobo, pas une voix pour s’élever contre un équipement destiné à récupérer pour recycler des tonnes de produits dont on a mal pensé à la fois les circuits de récupération et le mode de recyclage, parce qu’il y a du pognon à faire sur la "valorisation des déchets"

    Combien de pognon récupéré par l’éco-taxe quand on achète une machine à laver ? Combien d’énergie utilisée pour incinérer ce qui reste de ces déchets et pour les transporter ?

    Comme s’il ne fallait pas mieux penser en amont la limitation des emballages, la conception et la qualité des produits pour limiter ces quantités phénoménales de plastiques, de ferrailles, de cartons, de verres... qui sont certes recyclables mais au prix d’une débauche de moyens dont on veut nous exposer le symbole au milieu de la place de la Villette.

    Non, décidément, quand les élus locaux manquent encore plus de vision que ceux qui les représentent à Copenhague, voilà le résultat !

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 18 décembre 2009 à 19:52, par Ecocitoyen écoeuré

    J’aurais aimé, pour croire à la sincérité de tous ces propos sur la déchetterie, que les mêmes s’offusquent ,interviennent publiquement, pétitionnent et s’autoproclament dans des tribunes municipales, sur la réalité de la place de la Villette avant cette histoire de déchetterie ou de centre de valorisation et de recyclage.
    Combien se sont élevés contre les monceaux et tonnes de gravats stockés sous le périphérique. y at-il eu des tribunes dans Aubermagazine ? Des partis politiques faisant pétitionner les riverains ? Des dizaines de réactions sur ce blog.
    Et pour les SDF qui y vivaient dans des constructions de fortune ? Combien d’interpellations au conseil municipal ?

    Rien, Nada, zéro.

    Par contre, Pour dénoncer un centre de traitement des déchets recyclabes qui n’est peut-être pas à la bonne place. Quelle levée de boucliers. Opposition et une partie de la majorité montent au créneau . Et on voudrait nous faire croire que ce n’est pas une instrumentalisation politique ?
    De qui se moque t-on ?

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 18 décembre 2009 à 21:17, par Parisien d’Auber

    A Ecocitoyen écoeuré :

    La colère des habitants d’Aubervilliers s’explique facilement : il s’agit d’un nouvel aménagement, en contradiction avec ce que Paris proposait jusqu’à maintenant (Casser ce grand rond-point, constructions, etc..) et qui devait établir une continuité urbaine entre Paris et Aubervilliers-Pantin.

    Il y a quelques années, la municipalité, sollicitée par les habitants, s’était mobilisée pour soutenir ces derniers dans leurs actions, couronnées de succès, contre la vente sauvage de véhicules sur ce rond-point : Il y avait donc bien eu des "levées de boucliers" !

    Comme quoi il faut toujours faire appel à l’histoire...

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 18 décembre 2009 à 23:09, par vigie

    C’est bien d’être écoeuré, mais que fait on collectivement, que décide la population ?

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 19 décembre 2009 à 18:00, par Devoir de mémoire

    Il n’y a pas de raison de ne pas croire à la sincérité de ceux qui revendiquent une entrée de ville respectueuse de ses habitants. C’est un peu facile de se dire écoeuré et de critiquer les actions menées sans bien tout connaître. C’est aussi trop facile de parler d’instrumentalisation politique pour faire douter de cette sincérité. Bien sûr qu’il faut faire Plus sur beaucoup de questions : en particulier sur l’installation de SDF ou sur le maintien durant de nombreuses années d’un accueil de migrants dans des conditions d’habitat désastreuses, sur le stationnement anarchique de ce quartier, sur l’entrave mis à circulation pour géner la pénétration dans Paris, sur l’absence de propreté, sur le manque de sécurité etc... "Ecocitoyen écoeuré" ne doit pas trop participer à la vie citoyenne du quartier, sinon il n’aurait pas oublié certaines actions engagées au cours des années passées. Plusieurs pétitions et manifestations pour obtenir l’interdiction du marché illégal de vente sauvage de véhicules sur la place, les nombreuses démarches pour réclamer une organisation du stationnement sur ce quartier qui ont conduit Paris à le rendre payant, la requalification de la rue Emile Reynaud, les multiples protestations concernant la mise en service des feux tricolores qui ont eu comme effet d’amplifier les embouteillages sur Aubervilliers, le déplacement du marché des quatre Chemins et la requalification de la hall du marché et des rues adjacentes. Ne pas oublier non plus l’extraordinaire fête de la RN 2000, qui n’était pas que festive puisqu’elle posait aussi la question de l’urbanisation de ce no man’s land pour qu’il reçoive un aménagement qui soit aussi paysager. Ne pas gommer de sa mémoire la grande exigeance de voir le foyer migrant réhabilité, se souvenir de la création de l’association avec Pantin pour travailler à la requalification des Quatre-Chemins etc... Où sont tous ces projets qui sont nés de ces actions et revendications ? Où en est le projet hotelier qui devait revaloriser ce quartier de notre ville ? Où en est la transformation de l’ancien supermarché "Casino" en deux équipements commerciaux de moyenne surface ? Où en est le parking de 300 places ? Où en sont tous ces projets d’avant 2008 ? Aujourd’hui le maire de Paris dit qu’il ne faut pas espérer voir le moindre projet urbain démarrer avant 2015, et c’est à ce motif qu’il faudrait se résigner à accepter une déchetterie provisoire pour 4 à 5 ans ? Ce qui est condamnable dans cette affaire ce n’est pas la déchetterie comme équipement nécessaire, c’est le choix du site retenu et le fait que le maire d’Aubervilliers ait passé ce choix sous silence. Pour le surloyer, on fait silence pour ne pas faire peur aux locataires, pour la déchetterie, on fait de même en expliquant tardivement, et parce que le débat à été lancé, qu’il vaut mieux un centre de retraitement et de valorisation des déchets que rien du tout. On appelle ça la politique du moins pire.

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 21 décembre 2009 à 17:59, par écocitoyen écoeuré

    Je me souviens très bien de toutes les actions menées sur ce quartier : marché, stationnement, foyer, y compris la grande fête de l’an 2000. Mais j’ai beaucoup de mal à voir le rapport avec les tonnes de gravats et ordures et les SDF qui n’indisposaient,sauf erreur de ma part, personne.
    A moins d’avoir été distrait, je n’ai vu circuler aucune pétition sur ce sujet dans le quartier, je n’ai lu aucune tribune dans le journal local ni jamais lu d’articles, ni de réactions sur ce blog. Mais je peux me tromper.
    J’aimerais simplement qu’on m’en apporte la preuve sans changer de sujet.

  • À propos de la déchetterie à la Porte de La Villette Le 21 décembre 2009 à 18:53, par Devoir de mémoire

    Aucune pétition ne supprimera et ne réglera la difficile question de la présence des SDF. En là circonstance pour ce qui concerne les personnes privées d’abri, la démarche doit être d’abord une démarche de solidarité et de batailles pour le droit au logement pour tous. En dehors de cette nécessaire solidarité et des indispensables batailles pour le logement qui doivent s’amplifier, aucune pétition, article ou tribune dans quelques journaux que ce soit ne solutionnera ce douloureux problème. Ne confondons pas tout, cela n’a rien à voir avec la protestation contre le choix du site qui a été fait, dans une quasi-clandestinité, pour venir poser cette déchetterie. En tout cas pour ma part, sauf à vouloir tenter d’intrumentaliser mon commentaire, je ne confonds pas les gravats, les ordures, l’environnement ou les actions menées pour obtenir un aménagement urbain de ce no man’s land et la présence des SDF.