Débat au Sénat sur l’audiovisuel public - Discours de Jack Ralite

jeudi 12 juin 2008

Monsieur le Premier Ministre,

8 janvier : le président de la République annonce, avec une feinte désinvolture, la suppression de la publicité sur la télévision publique. Sans concertation. Aucune.

16 février : il crée une commission pour réfléchir au « nouveau modèle de télévision publique », présidée par Jean-François Copé, et la compose de personnalités qu’il choisit pour leur « compétence ».

21 mai : la commission présente des hypothèses de financements alternatifs notamment une augmentation très modeste de la redevance.

27 mai : le président de la République réplique « je vous le dis c’est non ».

L’arrogance arbitraire présidentielle déprécie, désavoue, méprise, encage et démissionne la commission devenue … « incompétente ».
En ces temps de révision constitutionnelle, le président décide sans jamais débattre, engage et démissionne à son gré, pose des questions et ordonne la réponse. C’est la démocratie au plafond bas.

Comme les héros de Molière, « j’enrage ».

Ce mauvais coup est à plus longue portée. Si la commission préconisait des taxes sur les FAI, les opérateurs télecoms et la manne publicitaire que récupèreront les chaînes privées, l’Europe a prévenu de son opposition.

Le service public de la télévision, déstabilisé le 8 janvier, n’a plus de visibilité sur ses ressources. Il est à un moment brèche de son histoire : on nous annonçait son renouvellement, c’est son déclin qui est programmé, le privé se tricotant un bel avenir soutenu par l’Elysée.

L’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit, c’est le règne de la loterie du marché. A cela, « je vous le dis, c’est non ». J’exerce la fonction du refus à l’étage voulu.

C’est l’heure exacte de la conscience.

Monsieur le premier ministre, voilà 50 ans que la télévision publique fait visage jusque dans le plus petit village et dans le logement le plus modeste. Elle est comme une maison commune, détentrice d’une grande part de la mémoire et de l’imaginaire de notre pays. Une telle richesse, pour ne pas avoir de « retard d’avenir », doit se mettre en état d’alerte et autour d’elle la société française. C’est ce que font nombre d’associations le 2 juin aux Folies-Bergères et les personnels de la télévision en grève le 18 juin.

La commission Copé démissionnée par son auteur, la « globale-manipulation » du président de la République a éclaté. Monsieur le premier Ministre, Je vous demande de revenir sur la suppression de la publicité et d’organiser, en urgence, un débat parlementaire.