Tribune de Lucien Marest

À propos de la chute du mur de Berlin

mercredi 16 septembre 2009

L’anniversaire de la chute du mur de Berlin, en 1989, donne lieu à de nombreux commentaires. Moins anticommunistes qu’il y a vingt ans, mais tout aussi revanchards. En plus, fâcheuse coïncidence, qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, 1989 c’est aussi le bicentenaire de la Révolution Française. On ne s’étonnera donc pas que le journal « l’Humanité » ait consacré à ce deux cent vingtième anniversaire la place qu’il mérite.

Le moins que l’on puisse dire c’est que presque tout l’univers médiatique français est, lui, concentré sur la chute du mur de Berlin dont on ne saurait sous-estimer les conséquences pour l’Europe et le monde et dont les communistes français eux-mêmes espéraient depuis longtemps la disparition.

Faut-il considérer la chute du mur de Berlin, mais aussi l’éradication de la R.D.A. comme la fin de la 2ème guerre mondiale, complétée 2 ans plus tard par l’effondrement de l’URSS censé figurer la fin définitive de l’espoir né de la révolution russe de 1917, ainsi que celle du communisme à l’échelle de l’histoire de l’humanité ? C’est aller vite en besogne. Il faut se méfier de ceux qui racontent, ces jours-ci, l’histoire à leur façon, à des fins idéologiques évidentes, mais au risque de se prendre les pieds dans le tapis des contradictions bien réelles du monde où le capitalisme semble, seul, faire et défaire toutes les lois.

L’anniversaire de la chute du mur de Berlin donne l’occasion à certains de dire toute leur haine des aspirations populaires à la justice sociale, à l’égalité, à la fraternité, à la solidarité. D’autres réécrivent l’histoire. Ainsi la forfaiture du pacte germano-soviétique est en passe de devenir le déclencheur de la 2ème guerre mondiale en tentant d’effacer tout ce qui le précède :
- la fin de la guerre de 14-18 et l’écrasement en Allemagne de la révolution « spartakiste »,
- la contribution de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, à la défaite de la République espagnole et le « laisser faire » de la France et de l’Angleterre,
- le traité de Munich en 1938 et la capitulation de la France et de l’Angleterre, qui allait permettre aux armées nazies de dépecer la Tchécoslovaquie,
- le refus des mêmes puissances d’accepter le moindre accord de défense avec l’URSS.

Cela fait tant « d’oublis » qu’il faut parler de falsification de l’histoire.

Qu’on ne se méprenne pas : l’idéal né des partisans les plus radicaux de la Révolution Française, par exemple de Babeuf, puis du mouvement socialiste, libertaire, du mouvement ouvrier et communiste, de toutes les révolutions populaires, libératrices et progressistes dans le monde, a été terni, terriblement humilié par ce que devait devenir l’absolutisme stalinien et ses cortèges de cadavres. Ce n’est pas là le moindre de ses crimes !

Mais faut-il, au nom de cette lucidité douloureuse, exclure totalement les peuples soviétiques de la libération de l’Europe ? Plus de 20 millions de morts pèseraient moins dans cette victoire sur le nazisme et le fascisme que les 800 000 américains et anglais qui eux-aussi donnèrent leur vie pour abattre la « bête immonde » en Europe. Qui peut-croire à une telle absurdité ?

Ceux qui pensaient qu’après 1989, après la désagrégation de l’URSS, c’était la fin de l’histoire ou dit autrement la victoire définitive du capitalisme, commencent à déchanter.

L’éternelle grande trouille des possédants, des dominateurs cyniques, qui leur fait dire que tout doit changer dans le monde de la finance pour que rien ne change dans l’univers capitaliste est en train de prendre un coup derrière les oreilles.

Tous se précipitent sur la lecture de Marx, dernier auteur à la mode ! qu’ils le lisent, ça ne leur fera pas de mal ! Mais jamais, l’aspiration à se libérer des chaînes de l’aliénation et de l’exploitation capitalistes, de la marchandisation de tous les rapports humains ne s’éteindra. On ne rêve pas d’être moins libre, plus pauvre, plus humilié, plus exploité, plus dominé, moins instruit ! c’est pourquoi en ces jours d’anniversaires douloureux, il faut réaffirmer le droit de l’humanité à anticiper son devenir prévisible hors des sentiers battus du « calcul égoïste » qui plonge toutes les sociétés qui lui cèdent dans les « eaux glacées » de la déhumanisation, de l’obscurantisme, des nationalismes et des guerres.

Lucien Marest

Le 9 septembre 2009