Retour sur le Colloque Léon Jouhaux

lundi 3 août 2009

Le 12 juillet 2009, s’est tenu, dans les locaux de La documentation française (qui ont, autrefois, abrité la Manufacture des allumettes d’Aubervilliers-Pantin), un Colloque consacré à Léon Jouhaux. Nous avons demandé à André Narritsens, qui y est intervenu, au nom de l’Institut CGT d’histoire sociale, de nous dire son sentiment à propos de cette initiative.

Quelles sont les raisons qui ont conduit à l’organisation de ce Colloque à Aubervilliers ?

Avant de répondre à la question posée, je souhaite préciser que mes propos ne sauraient engager l’IHS-CGT et, encore moins, la CGT. Je préciserai cependant les circonstances dans lesquelles la CGT et l’IHS-CGT ont accepté d’apporter une contribution au Colloque.

Ceci dit, il y avait une légitimité objective à réunir à Aubervilliers un Colloque sur Léon Jouhaux, dans la mesure où celui-ci y a vécu avec sa famille de 1881 à 1909, a travaillé à la manufacture des allumettes et y a fait ses premières armes de syndicaliste. La stature de Léon Jouhaux est d’autre part très importante en raison des responsabilités syndicales nationales et internationales qui furent les siennes depuis son élection au secrétariat général de la CGT, le 12 juillet 1909, jusqu’à sa mort en 1954.

Ceci étant précisé, la convocation de ce Colloque procédait d’une intention politique relativement ancienne que le maire d’Aubervilliers, Jacques Salvator, avait exposée dans le livre publié à la veille des élections municipales de 2008 [1]. Jacques Salvator y déclarait considérer que la figure de Léon Jouhaux n’avait pas été suffisamment mise en relief à Aubervilliers, que l’attribution de son nom à une voie en septembre 1998 constituait un acte symbolique insuffisant [2] et qu’il conviendrait de remédier à cela à l’occasion « d’un colloque à retentissement national » en juillet 2009 [3]. De ce point de vue il a tenu son engagement.

Dans quelles conditions le Colloque a-t-il été préparé ?

Ce fut, à vrai dire, assez curieux. Tout Colloque à vocation scientifique fait l’objet d’une préparation minutieuse qui débute au moins une année avant sa réunion. Un comité scientifique est constitué, un appel à contributions est lancé, les thématiques devant être étudiées sont précisées, l’organisation du déroulement en découle…

Le Colloque du 12 juillet n’a répondu à aucune de ces règles.

Bernard Thibault a été informé de l’initiative et convié à y associer la CGT début avril. L’IHS-CGT ayant reçu mandat de la direction confédérale d’examiner comment il serait possible d’apporter une contribution n’a pu nouer un premier contact avec les organisateurs que le 22 avril. A cette date, le projet était très flou et, pour tout dire, sans consistance, hormis le fait qu’il convenait d’honorer la mémoire de Léon Jouhaux. L’IHS-CGT a cependant accepté de contribuer au Colloque à la condition qu’il ait une ambition scientifique et que la CGT puisse y présenter une contribution. Ultérieurement, formellement satisfaits sur nos deux demandes, nous avons proposé que Louis Viannet, ancien secrétaire général de la CGT, puisse également présider une séance et intervenir.

L’IHS-CGT s’est donc placé en position constructive malgré le flou qui présidait à la conception du Colloque et a donc participé à deux réunions du « Comité scientifique » tardivement installé et de pure façade qui n’a d’ailleurs vraiment discuté que de l’organisation des séquences de la journée. De fait la préparation du Colloque a été confiée à une personne spécialement recrutée dans ce but et au responsable à la communication de la Ville. Coorganisatrice de l’initiative, l’association Les amis de Léon Jouhaux, que préside Marc Bondel, ancien secrétaire général de la CGT-FO, a joué un rôle majeur dans la mise en route puis la réalisation de la journée du 12 juillet.

J’ajouterai qu’en accompagnement du Colloque étaient prévues diverses initiatives qui ont partiellement été réalisées. Une exposition tout d’abord (qui échappa complètement au « Comité scientifique ») au contenu très discutable et même ponctuellement erroné, la projection de documents d’archives filmiques qui se sont avérées très décevantes, la lecture de textes de Léon Jouhaux qui fut bien décevante elle aussi. On ajoutera que le tournage d’un film de fiction sur le modèle de celui consacré à Roger Salengro, un moment envisagé, fut abandonné, Yves Boisset contacté n’ayant, en définitive, pas donné suite.

Comment le Colloque s’est-il déroulé ?

En raison de son objet à la fois très clair et très flou (Léon Jouhaux. Histoire d’un syndicaliste, d’Aubervilliers au Prix Nobel) un problème d’organisation des séances s’est posé. En effet, ou bien on visait à accroître les connaissances sur l’action de Léon Jouhaux et une journée était manifestement insuffisante, ou bien l’on se dirigeait vers une dimension simplement commémorative, autrement dit superficielle et orientée, au cours de laquelle on n’obtiendrait qu’un recensement très partiel de choses déjà connues. Non seulement la commémoration n’est guère propice à la connaissance mais l’on disposait déjà de matériaux non négligeables bien que souvent partiaux sur Léon Jouhaux qu’il était inutile de répéter [4].

Dans ce contexte, il fut donc convenu de construire le Colloque selon une approche séquentielle : l’avant 1914, 1914-1940, 1940-1954. Les périodes étaient inégales en durée, embrassaient des événements complexes au cours desquels les positions de Léon Jouhaux auraient mérité de faire l’objet d’approches exigeantes. En raison du temps imparti pour chacune des séquences (une heure trente), cette ambition ne pouvait être réalisée.

La tâche fut donc confiée à trois historiens (Michel Pigenet, Claude Pennetier, Michel Dreyfus) de balayer chacune de ces périodes. Ils se sont acquittés de leur mission avec le savoir faire synthétique des universitaires. C’était un exercice très difficile dont ils se sont tiré de bonne manière sous les contraintes qui leur étaient imposées.
Les contributions ont été, la plupart du temps, décevantes. Au cours de la première séquence, Didier Daeninckx a évoqué de façon littéraire les années anarchistes de Léon Jouhaux à Aubervilliers et Sabine Rudischhauser a abordé la question compliquée des relations syndicales franco-allemandes dans l’avant 1914 (n’ayant été sollicitée que quinze jours auparavant pour traiter de cette question, son exposé s’en est ressenti).

La seconde séquence a permis d’entendre les contributions de Luc Demaret sur le BIT et d’Alain Chatriot sur les Conseils économiques successifs auxquels Léon Jouhaux fut partie prenante, qui ont, somme toute, simplement souligné l’importance que Jouhaux accordait aux instances de concertation et d’élaboration de normes sociales, sans que l’on n’apprenne plus dans ces dimensions que ce que l’on savait déjà. Ces contributions se situaient explicitement dans une logique de commémoration. Morgan Poggioli, auteur d’une thèse sur La CGT du Front populaire à Vichy [5], a présenté une synthèse réussie de l’action de Léon Jouhaux dans la période. La surprise est venue de l’intervention de Jean-Jacques Marie, directeur du CERMTRI, autrement dit du centre de recherches lié au courant trotskyste lambertiste, qui, censé présenter les entretiens Jouhaux-Staline du 28 novembre 1937, dont Léon Jouhaux a rendu compte [6], s’est livré à une longue évocation des répressions staliniennes de la période sans que l’on apprenne quoi que ce soit sur Léon Jouhaux lui-même.

Au cours de la troisième séquence, Franck Georgi a abordé la question des relations de Léon Jouhaux avec les syndicalistes chrétiens. Pour n’être pas négligeable, le sujet était d’évidence très marginal, Jouhaux n’ayant guère entretenu de relations avec les syndicalistes chrétiens. Ceci dit l’exposé de Franck Georgi était intéressant. C’est au cours de cette séquence que je suis intervenu sur le thème « Léon Jouhaux et l’unité de la CGT » [7]. J’avais beaucoup travaillé pour préparer cette intervention. C’était un sujet compliqué. Il aurait fallu l’aborder tel qu’il s’est posé tout au long de la vie militante de Léon Jouhaux et le faire dans les contextes successifs. Or, on n’avait pas traité la scission CGT/CGTU de 1922, la réunification de 1934-1936 n’avait été qu’esquissée par Morgan Poggioli et il en était de même pour l’exclusion des communistes à l’automne 1939. Je suis donc revenu sur les événements syndicaux de 1939 et leurs conséquences en 1940 en intégrant les graves dérives que Léon Jouhaux a cautionnées, ai retracé les circonstances de la réunification d’avril 1943, brièvement évoqué la période de l’après guerre ou la CGT est unifiée et, bien sûr, présenté la position de Léon Jouhaux au moment de la scission FO de décembre 1947. En effet, Léon Jouhaux a combattu la scission et même s’il a suivi, en définitive, ses amis de tendance, il a marqué un tel désaccord sur le fond même du processus scissionniste que le fait méritait d’être analysé et présenté dans ses fondements.

Mon intervention a, en quelque sorte, mis le feu aux poudres. Denis Lefèvre, secrétaire général de l’office universitaire de recherches socialistes [8], a vivement réagi à mes propos. Il avait en effet préparé une intervention sur la scission (et non sur les positions de Léon Jouhaux sur la scission, qui était une justification de celle-ci. Vraiment je me suis cru un moment plongé dans les débats ultimes ayant décidé de l’acte scissionniste. Un vent de guerre froide s’était mis à souffler. L’anticommunisme était convoqué. Nous étions bien loin d’un débat serein. Deux militants FO (dont un responsable national) sont intervenus avec véhémence, tenant des propos, au demeurant assez confus et parfois loin du sujet, très agressifs. Louis Viannet, qui était intervenu en début de séquence sur la question de l’unité syndicale aujourd’hui et du syndicalisme rassemblé a été pris a partie par un auditeur. J’ai pour ma part été accusé de ne pas fournir de références concernant les positions évoquées et d’être un « historien maison ». Marc Blondel inquiet de la tournure des débats m’a glissé à l’oreille « Ne faut-il pas en rester là ? ». Je lui ai répondu : « Je pense que oui ». La séquence a été interrompue sans qu’il soit fait réponse aux « questions » posées.

Le Colloque s’est achevé par trois interventions de pure convenance du Président du CESE, Jacques Dermagne, de Marc Blondel et de Jacques Salvator qui se sont toutes situées dans une logique commémorative et d’hommage.

Quels enseignements peut-on tirer de ce Colloque ?

Du point de vue de l’affichage le résultat est plutôt bon : environ 180 personnes ont fréquenté l’une ou l’autre séquence mais il y avait bien peu d’habitants d’Aubervilliers. Une vingtaine de militants de la CGT se sont déplacés, ainsi qu’une quinzaine de militants du Parti. Le gros des participants a été constitué de représentants d’institutions et de militants Force ouvrière.

L’exposition a été très peu regardée car mal installée dans la salle. Ce n’est pas bien grave. Quant au Colloque lui-même, d’un point de vue scientifique, son résultat est quasiment nul. Ce n’est guère surprenant si on se rapporte aux conditions dans lesquelles il a été convoqué et aux conceptions sous lesquelles il était conçu.
La Journée du 12 juillet 2009 doit, semble t-il connaître un débouché éditorial sur l’un des supports de La documentation française. On verra bien ce qu’il adviendra de cette perspective. En tout cas pour ce qui me concerne et conformément au mandat qui m’avait été confié, j’ai rédigé une contribution écrite d’assez grande consistance sur le thème exposé oralement qui pourrait prendre place dans cette publication. Quant au reste on jugera sur pièces.

S’agissant des objectifs politiques locaux (car, objectifs politiques locaux il y avait), on peut se montrer très interrogatif. Il y a, manifestement, eu volonté de surdimensionner l’importance du Colloque. Celui-ci a été qualifié de « national » et le carton d’invitation signalait qu’il réunissait les « meilleurs historiens ». Je laisse bien entendu aux auteurs la responsabilité de la formulation.

Plus généralement il s’agissait d’installer dans la mémoire collective locale une personnalité dont la trajectoire biographique détonnait par rapport à l’importance au demeurant relatives des empreintes symboliques ouvrières et communistes dans la ville. Je suis par principe en profond accord avec le fait que l’histoire locale (mais la remarque vaut généralement) ne doit pas s’écrire avec une gomme et que toutes les réalités qui ont façonné l’histoire d’une ville méritent d’être étudiées. Je pense par exemple que la figure de Pierre Laval ainsi que celles de Charles Tillon et d’André Karman, qui appartiennent très profondément à l’histoire d’Aubervilliers, mériteraient d’être étudiées. Il faudrait réfléchir à ces études possibles, en garantissant les conditions d’une approche scientifique, autrement dit en s’écartant complètement des conceptions qui ont nourri l’épisode du Colloque consacré à Léon Jouhaux.

Notes

[1Une ville peut en cacher une autre. Chroniques d’Aubervilliers, Editions Bruno Leprince, 2007, 157 p.

[2Dans son allocation d’ouverture, Marc Blondel, s’est fait l’écho de cette opinion et a présenté le Colloque comme une revanche sur l’occultation de Léon Jouhaux par le « communisme ». Le propos a choqué et les organisateurs tentèrent de surmonter la vilenie en donnant la parole à Jack Ralite en bout de première séance. Jack Ralite ne tomba pas dans le panneau de la polémique stérile.

[3Op. cit. p. 32.

[4Georges(Bernard), Tintant (Denise), Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme (Des origines à 1921), PUF, 1962, 551 p. ; Georges(Bernard), Tintant (Denise), Renauld (Anne-Marie), Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français, PUF, 1979, 486p.

[5La note de Jouhaux rendant compte de la rencontre avec Staline, Vorochilov et Molotov a été publiée dans Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français (op. cit.), pp. 411-414.

[6Une synthèse en a été publiée par l’IHS-CGT : Poggioli (Morgan), La CGT du Front populaire à Vichy. De la réunification à la dissolution/1934-1940. IHS-CGT, 2007, 253 p.

[7Lire le texte de l’intervention d’André Narritsens ci-jointe en annexe.

[8L’OURS a été créé par Guy Mollet à l’époque de la SFIO.

32 Messages

  • Un Colloque pour pas grand chose ? Le 3 août 2009 à 17:41, par Jos

    J’ai assisté à l’intégralité des séance du Colloque Léon Jouhaux. N’ayant pas eu connaissance des conditions dans lesquelles il s’était préparé je l’ai vécu un peu différement d’André Narritsens qui apporte un regard très utile. Comme quoi il est parfois difficile de comprendre la totalité des situations même si on en est partie prenante.

    Je pense néanmoins que malgré la dimension "politicienne" qui a entouré ce Colloque nous avons appris un certain nombre de choses sur Léon Jouhaux et les problèmes rencontrés par le syndicalisme au cours d’une très longue période.

    Après tout l’exposé d’analyses très différentes au cours de la troisième table-ronde (période 1940-1954) ouvrait la possibilité d’un vrai débat. Dommage qu’il n’ait pu vraiment s’instaurer.
    Ceci dit, comme l’a noté Franck Georgi, la question de l’année 1947 et de la scission FO reste d’évidence un "objet chaud". Il est de mon point de vue regrettable que l’on n’ait pu débattre de façon approfondie sur les circonstances de la scission. Il aurait pour cela fallu du temps. Ca n’a pas été le cas.

    Dans l’environnement du Colloque il y avait des tables syndicales de l’Institut CGT, de l’UD FO du 93 et de la CFDT. La CFDT ne présentait que des brochures et objets syndicaux récents, sans lien aucun avec le thème du Colloque. L’IHS-CGT présentait une table de littérature riche en ouvrages d’histoire sociale. L’UD FO offrait le livre de Denis Lefèvre sur la scission de 1947 ainsi qu’un document synthétique sur Léon Jouhaux.

    J’ai été très choquée par le ton employé dans cette synthèse.

    Juste un exemple. Le texte évoque la réunification de 1943 et ses conséquences dans les termes suivants : "Cette réunification des sommets produira les conditions favorisant un régime soumettant la confédération à la combinaison politique gouvernementale des années 1945-1947. Elle ne permettra pas de réagir au lynchage moral des militants qui osaient soutenir les revendications et se voyaient accusés d’être des hitlériens. Elle ne lui permettra pas d’être en phase avec les revendications ouvrière, quand le parti qui cherchait à soumettre l’organisation syndicale avait décrêté que la grève était l’arme des trusts, qu’il fallait retrousser les manches et que produire d’abord était l’expression la plus élevée du "devoir de classe". Nous évoquions plus haut [en fait cette question qui semble concerner la période d’après guerre n’est pas traitée dans le texte] la destruction du mouvement ouvrier polonais qui avait été l’épine dorsale de la résistance du peuple polonais au nazisme. Les mêmes slogans et les mêmes procédés étaient à l’oeuvre, avec pour différence que les militants qui se rebiffaient ne se trouvaient pas immédiatement en prison".

    Avec de telles formules et raccourcis, le dialogue "scientifique" s’avère bien difficile...

  • Léon Jouhaux suite Le 3 août 2009 à 21:50, par Martine

    Rien n’est simple il est vrai. Si je comprends bien, la personnalité de L. Jouhaux mérite considération (et, au fond peu importe qu’il ait vécu à Aubervilliers à un moment de sa vie qui me semble d’ailleurs peu significatif de sa vie militante). Il a été anar, puis "social chauvin" (comme disait Lénine), puis un bon réformiste. Il avait, me semble t-il cependant une conception de la classe ouvrière et de son unité qui mérite considération. De ce point de vue on ne peut annexer Jouhaux à FO. Certes il a suivi la scission mais contre sa conviction profonde et tous ses amis ne l’ont pas suivi.

    Il reste cependant aujourd’hui des comportements scissionnistes de l’époque des conséquences qui perdurent. Il faut travailler à l’unité syndicale et à la reconstitution d’une Confédération générale du travail qui rassemble tous les travailleurs.

  • Littérature syndicale Le 3 août 2009 à 21:53, par Vlad

    Jos évoque une riche table de littérature syndicale présentée par l’institut de la CGT. Pourrait-on connaître ce qui y figurait ?

  • Sources Le 3 août 2009 à 21:56, par Ernesto

    Mon cher Vlad, fais comme moi : fais un tour sur le site internet de l’IHS-CGT. Tu y découvriras pas mal de choses. Tapes sur Google : IHS-CGT.

  • Lien Le 3 août 2009 à 22:15, par Denis Raffin, maitre toilier

    Pour l’IHS-CGT, suivre ce lien : http://www.ihs.cgt.fr/

    Une liste de publications est accessible dès la première page et on trouve facilement un catalogue plus exhaustif.

  • Déporté ? Le 4 août 2009 à 09:42, par Alain

    Je ne veux pas en rajouter mais je dois dire que j’ai été très choqué par un panneau de l’exposition intitulé (je crois bien) "le déporté".

    Si l’on entend par là que Léon Jouhaux fut transporté contre son gré dans le Tyrol autrichien, je n’ai rien à redire. Mais lorsqu’on ajoute en illustration une photographie des barbelés du camp de Buchenwald, je hurle.

    En effet Léon Jouhaux n’a jamais mis les pieds à Buchenwald. Il est certes resté un petit mois dans une annexe de Buchenwald (ou le régime n’avait strictement rien à voir avec celui du camp) puis a été dirigé vers le chateau d’Itter ou il a retrouvé le général Gamelin, Paul Reynaud, Ramadier et quelques autres. Sa secrétaire (qui deviendra sa femme) le rejoignit bientôt de son plein gré.

    Léon Jouhaux a bien été victime de la répression nazie et a été séquestré comme monnaie d’échange potentielle. Telle est la vérité à laquelle l’exposition aurait dû se tenir.

  • Oui, Benoît Frachon Le 5 août 2009 à 10:10, par Jacques

    Les écrits de M. Salvator ayant été évoqués je viens de me reporter à son "ouvrage" qu’il m’avait aimablement donné. Il critique le fait que l’on ait donné dans une même décision les noms de Léon Jouhaux et de Benoît Frachon à deux voies d’Auber. Il dit que Benoît Frachon ne méritait pas cet hommage n’ayant aucun lien avec Aubervilliers.

    Je suis très attristé de lire ça, car honorer deux dirigeants syndicaux qui se sont affrontés mais ont su aussi travailler ensemble était très important. C’était un message unitaire et ça n’a pas l’air de plaire à M. Salvator.

    De plus B. Frachon est une très grande figure du mouvement ouvrier. Durant l’Occupation il a été un dirigeant du PC clandestin. M. Salvator devrait lire la biographie de B. Frachon rédigée par Jacques Girault et publiée aux Presses de sciences po. Ca lui éviterait de raconter n’importe quoi.

  • Sur la "déportation" de Léon Jouhaux Le 12 août 2009 à 11:36, par André Narritsens

    S’agissant de la « déportation » de Léon Jouhaux, je pense que le plus simple est de se reporter à ce qu’en ont écrit ses biographes Bernard Georges, Denise Tintant et Marie-Anne Renauld, dans leur ouvrage Léon Jouhaux dans le mouvement syndical français (PUF, 1979).

    Voici donc l’intégralité de la 4e partie du Chapitre 7 intitulée « La captivité (novembre 1942-mai 1945) ».


    « Le 8 novembre 1942 a lieu le débarquement des
    Alliés en Afrique du Nord. Le 11 novembre, les troupes allemandes pénètrent en zone Sud.

    Le 26 novembre, à 6 heures du matin, Jouhaux est arrêté par des policiers français et conduit à Evaux-les-Bains, dans la Creuse, où un centre d’internement est installé dans un ancien établissement thermal.

    A - L’internement à Evaux (novembre 1942-mars 1943)

    Jouhaux se trouve plongé dans un monde nouveau singulièrement disparate : des généraux, tel le général de La Laurencie, des politiciens d’appartenances variées, le président Herriot, le leader démocrate populaire Champetier de Ribes, des ambassadeurs, d’anciens militants de la Cagoule. Quarante-huit heures après Jouhaux arrive André Blumel, ancien directeur de Cabinet de Léon Blum. Il se forme entre eux une amitié aussi profonde que durable : ils passent de longs moments à échanger leurs souvenirs et à tirer des leçons du Front populaire. Jouhaux reproche au gouvernement de n’avoir pas été attentif au compte rendu de son voyage en URSS en 1937 et de n’avoir pas voulu donner aussitôt un contenu militaire à l’accord franco-soviétique de 1935 (1).

    Parfois, Champetier de Ribes se joint à eux. Tous trois font des projets. Ils envisagent la création, après guerre, d’un Parti travailliste français à deux faces : l’une syndicale, l’autre politique et dans lequel se retrouveraient les socialistes, les résistants et les démocrates-chrétiens. Le juriste Blumel entreprend même la rédaction de statuts pour ce Parti (2).

    Jouhaux demeure un peu en contact avec l’extérieur par l’intermédiaire de Mlle Bruchlen (3) qui, fin décembre 1942, a pu lui faire une visite à Evaux. Arrêtée à son tour début janvier 1943, elle est d’abord internée à Bruns, près de Gaillac, puis placée en résidence forcée à Evaux même, et autorisée à rendre visite à Jouhaux deux fois par semaine en présence d’un policier.
    Les fils qui relient le secrétaire général de la CGT au mouvement syndical sont déjà bien ténus. En mars 1943, ils sont brutalement rompus.

    B - Otage dans le Tirol (mars 1943 - mai 1945)

    En pleine nuit, fin mars 1943, une ambulance allemande vient chercher Jouhaux à Evaux pour le conduire à Aulnat, l’aéroport de Clermont-Ferrand, où il rencontre Léon Blum, Daladier et le général Gamelin. Il est transféré à Vichy, puis à Paris, dans un local de la Gestapo, avenue Foch, où il ne passe qu’une nuit. Le lendemain, après un long voyage en voiture, encadré par quatre officiers, il retrouve à Buchenwald Blum, Daladier, Gamelin. Tous quatre sont installés dans une petite maison de gardien, en bordure du camp de concentration Traités convenablement, n’ayant été soumis à aucun interrogatoire, ils comprennent qu’ils sont considérés comme « otages ». Durant un séjour qui se prolonge un mois (4), ils sont l’objet d’un examen médical très approfondi qui révèle à Jouhaux une affection cardiaque jusque-là inconnue. Mieux, on leur offre la possibilité d’être rejoints par un membre de leur famille ou de leur proche entourage acceptant de partager leur sort. Cette offre est transmise, par l’intermédiaire du ministre de l’Intérieur, à Mlle Bruchlen pendant qu’elle effectuait à Vichy des démarches pour savoir où se trouvait Jouhaux.

    Daladier, le général Gamelin et Jouhaux sont transférés, le 2 mai ‘943, dans leur résidence définitive, le château d’Itter, près de Wörgl dans le Tyrol. C’est là que Mlle Bruchlen les a rejoints le 19 juin 1943.

    Du 2 mai 1943 au 5 mai 1945, Jouhaux est donc prisonnier dans un château tyrolien sinistre et délabré : tribun sans auditoire, réduit à une vie monacale, militant placé hors jeu au moment où une grande partie s’engage, incapable de peser sur l’événement. Edouard Daladier, le général Gamelin et Léon Jouhaux, les premiers occupants de ce château réquisitionné, sont rejoints quelques jours plus tard par Paul Reynaud et Jean Borotra. Après Mlle Bruchlen arriveront, en juillet, Mlle Mabire, secrétaire de Paul Reynaud, et Marcel Granger, résistant et frère du gendre du général Giraud ; en septembre Nitti, ancien président du Conseil d’Italie, et un de ses amis, Giorgini, puis le Président de la République française, Albert Lebrun, et l’ambassadeur André François-Poncet ; en décembre, le général et Mme Weygand ; en janvier 1944, Michel Clemenceau et le colonel de La Rocque ; enfin en avril 1945, M. et Mme Caillliau, beau-frère et soeur du général de Gaulle.

    Le président Lebrun, pour des raisons de santé, André François-Poncet, Nitti et Giorgini ne feront qu’un séjour de quelques semaines à Itter.

    Le départ du président Lebrun, l’arrivée du général Weygand puis celle du colonel de La Rocque entraînent la formation de « clans », l’impossibilité de prendre les repas à la même table... Mlle Bruchlen et Borotra, étant seuls à parler allemand après le départ de François-Poncet, servent d’intermédiaire entre les prisonniers et leurs geôliers, s’efforçant d’établir et de faire respecter quelques règles de bon voisinage entre des hommes aussi différents dont certains ressassent le passé avec le souci de justifications personnelles ou de préparation d’une nouvelle carrière. Jouhaux, plus taciturne que jamais, observe, avec parfois une grande sévérité, ceux « qui se croient investis de la mission de conducteurs de peuple », qui ont « la conviction de pouvoir profiter des circonstances, fût-ce au mépris des positions prises antérieurement ».

    Il s’interroge sur lui-même : « L’universelle horreur m’a-t-elle purifié en me rendant plus sensible aux souffrances de l’humanité qu’au souvenir des heurts de conceptions opposées, si violents qu’ils aient été ? Je ne saurais l’affirmer. Tout au moins ai-je pour moi de croire servir sans ambitions personnelles la cause de la liberté et du progrès humain » (5).

    Jouhaux lit beaucoup. Il demande sans cesse à ses correspondants en France - Antoni à Marseille par exemple - qu’on lui expédie des livres : Proudhon, Michelet... Il écrit aussi. Cédant à la contagion - plusieurs de ses codétenus rédigent leurs mémoires, en particulier Paul Reynaud (6) - et, surtout, aux sollicitations de Mlle Bruchien, Jouhaux commence la rédaction de souvenirs qu’il ne pousse pas très loin, il est vrai : il n’a pas à sa disposition les documents et les références indispensables.

    Jouhaux ne se dérobe pas à la discussion. A Daladier il continue à reprocher sa démission du 7 février 1934. Avec Paul Reynaud le débat porte sur la loi de 40 heures, sur les décrets de novembre 1938, chacun restant sur ses positions. Ses interlocuteurs partagent par contre ses critiques de la politique française à l’égard de l’URSS en I937-I938 (7). Il s’entretient même de Proudhon, de Marx, du mouvement ouvrier.., avec l’ambassadeur André François-Poncet (8).

    Le colonel de La Rocque sollicite un tête-à-tête avec Jouhaux qui ne le lui refuse pas. Il lui expose ses projets de « politique sociale ». Jouhaux, placide, écoute.

    Un groupe de six : Jouhaux, Michel Clemenceau, le général Gamelin, Paul Reynaud, Mlle Mabire, se réunit le dimanche après- midi dans la chambre de Mlle Bruchlen pour des débats de caractère parfois très académique (9). On échange et on commente les informations. On évoque les perspectives d’avenir. Mais même dans ce cercle restreint on n’effleure qu’avec beaucoup de discrétion les problèmes susceptibles d’engendrer des polémiques.

    Grâce à la presse, à la radio, aux informations recueillies par les « interprètes », Mlle Bruchlen et Borotra, les prisonniers suivent assez bien l’évolution de la guerre. Par contre, les nouvelles relatives au mouvement syndical en France sont trop rares et parcellaires pour permettre à Jouhaux d’apprécier la situation et d’envisager l’avenir du point de vue de la CGT.

    Cette ignorance et le sentiment d’impuissance qui en résulte sont sans doute l’aspect de l’internement que Jouhaux supporte le plus mal, malgré les soins dont il est l’objet, ses douleurs cardiaques sont fréquentes. Ne supportant pas la position couchée, il doit souvent passer la nuit assis dans un fauteuil.

    La joie d’apprendre, en 1944, la libération de la France a pour les prisonniers une contrepartie : l’interruption des nouvelles des familles et des amis.

    L’heureuse perspective de l’effondrement du nazisme au début de 1945 provoque une légitime inquiétude sur le sort qui peut être réservé in extremis à des otages. Le 5 mai 1945, une unité américaine s’empare d’Itter, libère les prisonniers qui sont évacués sur Innsbruck avant d’être conduits, le 6 mai, au Quartier général américain d’Augsbourg et, le 7, au Quartier général de la Ire armée française à Lindau. Jouhaux passe la journée du 7 mai au milieu de journalistes correspondants de guerre (10).

    Le 8 mai, jour de la victoire, M. et Mme Cailliau, Miche] Clemenceau, Paul Reynaud, Léon Jouhaux, Mlle Bruchlen, Mlle Mabire sont escortés jusqu’à Strasbourg. Après le déjeuner(11) , l’avion personnel du général de Gaulle les ramène au Bourget.
    Le ministre du Travail du gouvernement provisoire, Alexandre Parodi, est sur la piste pour accueillir Jouhaux. C’est un « général » à la fois souriant et grave que retrouvent les camarades au bas de la passerelle. Le cauchemar est terminé, mais depuis la veille au soir il devine l’importance des soucis et des responsabilités qui l’attendent rue La Fayette. »

    (1) C’est une idée qui lui est chère. Il évoquera à nouveau la question avec Paul Reynaud à Itter.
    (2) On rêve un peu à Evaux, mais on essaie au moins de garder la bonne humeur un matin, un camarade de détention, exploitant la distraction de Jouhaux, place à sa boutonnière une rosette de la Légion d’honneur, et tous de défiler pour féliciter l’heureux bénéficiaire d’une distinction accordée par le gouvernement de Vichy...
    (3) Augusta Bruchlen épousera Léon Jouhaux après la guerre (note d’A. N.).
    (4)Pour Daladier, le général Gamelin et Jouhaux, car Blum demeurera à Buchenwald après leur départ.
    (5) « Cahiers de Jouhaux, Itter, juillet 1944 »), (archives Jouhaux). Notes citées par Mme Augusta Léon-Jouhaux dans son livre Prison pour hommes d’Etat publié chez Denoël-Gonthier, 1973. Dans cet ouvrage, Mme Jouhaux décrit la vie de la petite communauté française d’Itter, relate avec humour les intrigues et les crises qui la traversent, évoque, avec une pointe d’émotion, les craintes et les espoirs qui l’animent et brosse avec finesse le portrait des protagonistes.
    (6) P. Reynaud avait pu apporter à Itter une quantité importante de livres dans lesquels Jouhaux puisait largement. Il disposait même d’une machine à écrire qu’il prêtait à Mlle Bruchlen.
    (7)Paul Reynaud, Mémoires, Flammarion, 1963, t. II, p. 163.
    (8) André François-Poncet évoque ces entretiens avec sympathie malgré les accents paternalistes et le ton irritant de supériorité intellectuelle du récit (voir Historia, n°s 57, 58, 59, août, septembre, octobre 1951), Carnets d’un captif au château d’Itter par A. . François-Poncet, ambassadeur de France.
    « Jouhaux fait l’apologie de la classe ouvrière et prophétise l’approche de temps où elle triomphera. Il s’en prend à la réaction, il réclame la diffusion de l’instruction, la suppression des lycées et le développement de grandes écoles supérieures...
    « J’ai essayé de reprendre avec Jouhaux apaisé les idées développées la veille et l’aider à comprendre ce qu’elles Ont d’insuffisant et de dangereux. Il n’oppose pas une fin de non-recevoir absolue, il a du bon sens, de la bonne volonté, un souci de l’intérêt national hautement estimable. Au fond, il a lutté contre la démagogie révolutionnaire des communistes, il lui en reste quelque chose. Mais à l’heure actuelle, il a peur de paraître un modéré, un « mou », il se défend avec véhémence contre ce qu’il appelle un <t glissement », il tient à se retremper dans l’aversion à l’égard des privilèges et des riches, à se persuader qu’il n’est pas un bourgeois ni en péril de le devenir, à garder intacte sa « conscience de classe ». Et contre un préjugé aussi volontairement entretenu les arguments demeurent sans force... Ensuite, une courtoise controverse s’engage sur Proudhon, Marx, le communisme. Jouhaux s’y montre habile, clair, sommaire mais très capable de conduire un exposé et de suivre avec une grande force logique la ligne du raisonnement. Son ascendant sur les assemblées ouvrières s’explique et se justifie. »
    On s’imagine sans peine la confrontation entre l’ambassadeur, en chapeau à bord roulé et avec petit noeud, et le syndicaliste, en gros tricot, sur le chemin de ronde d’Itter.
    (9) Le général Gamelin fait un très bel exposé sur la bataille d’Iéna.
    (10)Parmi lesquels Maurice Schumann. Il va de l’un à l’autre, les interrogeant sur tous les aspects de la vie syndicale et politique française, s’efforçant de combler deux années de lacunes dans son information.
    (11) Déjeuner dans un mess d’officiers, place Broglie. Le « chef », militant syndicaliste dans le civil, sachant que parmi ces « rapatriés » il y a Jouhaux, apporte sur la table une omelette norvégienne sur laquelle était dessiné le sigle « CGT ».

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 12 août 2009 à 14:38, par André Narritsens

    Interpellé par des propos tenus dans les couloirs du Colloque Jouhaux sur le fait que l’on n’ait donné le nom de Léon Jouhaux qu’à une voie mineure d’Aubervilliers (d’aucuns disaient « une impasse ») je me suis rendu hier sur les lieux. Qu’en est-il vraiment ?

    Le mail Benoît Frachon et la rue Léon Jouhaux sont situés près du collège Rosa Luxemburg. Ce sont deux voies équivalentes en importance qui se rejoignent à angle droit. Je vois cette réalité physique comme un symbole : malgré des parcours syndicaux qui divergèrent mais convergèrent aussi dans de grandes circonstances, les deux voies se rencontrent tout en gardant leur autonomie. Deux grands dirigeants syndicalistes sont ainsi honorés.

    Ma surprise est venue de la lecture du libellé des plaques qui comporte des approximations dommageables ainsi que des inexactitudes.

    Les voici :

    - S’agissant de Benoît Frachon (l’accent circonflexe sur le « i » de « Benoît » est omis sur la plaque), il est indiqué « Résistant », la mention est banale alors que Frachon a été un grand dirigeant du PC clandestin. Il a, d’autre part, été élu co-secrétaire général de la CGT (avec Léon Jouhaux) lors du Comité confédéral national du 5 septembre 1945 (et non en 1944). Certes il a signé l’accord Matignon (et non « les accords Matignon ») mais d’autres en sont aussi signataires (Jouhaux notamment). Rien n’est dit sur ses responsabilités à la CGTU dans l’entre-deux guerres. Bref, mal rédigé, le texte figurant sur la plaque mériterait d’être complètement réécrit. On pourrait reprendre la rédaction figurant sur la plaque signalant la rue Benoît Frachon à Paris, libellé établi au terme d’une concertation entre la CGT et la mairie de Paris. Le texte n’en est pas très satisfaisant mais a au moins le mérite de ne pas dire de bêtises.

    Voici ce texte :

    « Benoît Frachon (1893-1975). Résistant. Dirigeant du Parti communiste clandestin. Secrétaire général de la CGT de 1945 à 1967. Président de la CGT de 1967 à 1975 ».

    - S’agissant de Léon Jouhaux, les dates de son séjour à Aubervilliers sont inexactes. Il aurait fallu écrire « 1882-1913 » et non « 1887-1913 ». D’autre part il a été secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947 et non de 1909 à 1945 (du 5 septembre 1945 à décembre 1947 il partage le secrétariat général avec Frachon). S’agissant de la CGT-FO créée par scission de la CGT on aurait pu indiquer qu’il en fut le président (ce qui était une fonction honorifique). Sur la mention « déporté » des choses ont été dites que je partage : le vocable est excessif et même inexact. Passons sur ce forçage de la réalité qui en d’autres temps aurait suscité la protestation des associations de déportés. On pourrait ajouter qu’il a présidé le Conseil économique et social.

    Pour résumer, si l’on veut faire preuve d’objectivité (dans les limites difficiles d’un texte bref) il faut revoir les écritures des deux plaques.

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  • Déport Le 13 août 2009 à 11:40, par Vlad

    Si je lis bien, A. François-Poncet et Augusta Léon-Jouhaux (l’ex secrétaire de Jouhaux, qui rejoignit celui-ci à Itter) ont écrit deux livres sur Itter, l’un intitulé (François-Poncet ) "Carnet d’un captif", l’autre (Augusta Léon-Jouhaux) "Prison pour hommes d’Etat".
    Aucun des deux ne parle de "déportation". La "déportation de Jouhaux" est bien une invention politique.

    Après tout, à chacun ses héros.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 13 août 2009 à 11:47, par Plaque de Rue

    Formidable de constater comment on ergote ici sur la déportation de Jouhaux.
    On nous sort un texte pour dire qu’il n’a pas été "déporté" mais qu’il a seulement été otage des nazis après être passé entre les mains de la Gestapo.

    Excusez du peu !

    Qu’on marque sur la plaque : "Otage des nazis, retenu en otage par les nazis dans une annexe du camp de Buchenwald".

    Les gens savent ce que signifiait le terme d’otage en ces années-là.

    En ce qui concerne Benoit Frachon et Léon Jouhaux, monsieur Naritsens aurait été un peu plus élégant en signalant que les plaques bourrées de fautes ont été apposées par la municipalité à direction communiste, au lieu de faire semblant de laisser penser que c’est plus récent.

    Pour la plaque Benoit Frachon, il faudrait aussi faire d’autres rectifications.

    Le 17 juin 1967, dans le journal l’Humanité, Benoit Frachon signait un article où il écrivait, à propos des manifestations pro-israéiennes organisées à Paris après la Guerre des 6 Jours : une cérémonie "où Satan conduit le bal, contemplant dans la fange et le sang le résultat de ses machinations diaboliques. Les représentants d’une tribu cosmopolite de banquiers bien connus, Alain et Edmond de Rotsschild, avec à leurs pieds des morts encore saignants".

    Il suffit de se reporter au jounral pour vérifier la citation dans son exactitude.

    Je propose donc d’ajouter sur la plaque :

    "Benoit Frachon, résistant communiste et néanmoins antisémite".

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 13 août 2009 à 16:32, par juifmaispasisraelien

    en réponse à “Plaque de Rue”,

    la citation attribuée à B. Frachon dans l’Huma du 17 juin 1967 est sans doute extraite du site internet du C.R.I.F., dont les dirigeants actuels se distinguent par un anticommunisme d’un autre âge.

    A défaut de disposer de l’original de l’Huma du 17 juin 1967, je me permets de préciser qu’un extrait moins tronqué de l’article en question figure dans l’ouvrage de Béatrice Philippe “Etre juif dans la société française du Moyen-Âge à nos jours”.

    Dans cet ouvrage, B. Philippe s’en prend à tous les courants politiques (De Gaulle inclus) qui ont pris position contre la politique de l’Etat d’Israël et assimile donc critique de celle-ci avec antisémistisme ; cet amalgame existe toujours aujourd’hui !

    Merci donc à “Plaque de rue” de ne pas accoler au nom de Benoît Frachon ce qualificatif insultant.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 13 août 2009 à 17:38, par Plaque de Rue

    Ce qui est formidable avec le stalinisme, c’est qu’en un demi-siècle, ça ne bouge pas d’un poil.

    Quand Plaque de Rue produit une citation facilement vérifiable de Benoit Frchon dans l’Humanité du 17 juin 1967, que lui répond-on ?

    Que ce serait une citation "attribuée au camarade Frachon", tout comme en 1956, au moment où Khroutchev dénonçait les crimes de Staline, Thorez avait inventé cette formule du "rapport attribué au camarade Khroutchev".

    Fabuleux qu’à Aubervilliers les militants du PC soient restés aussi bien conservés dans la langue de bois et le réflexe du bottage en touche.

    Et pour être bien en phase, mon interlocuteur a recours au bon vieux procédé de l’amalgame. La citation de Frachon viendrait des sionistes du CRIF.

    C’est d’un lamentable.

    Le problème est que Frachon a bien écrit sur les tribus cosmopolites, les banquiers à la Rothschild, avec le sang frais à leurs pieds, qu’il évoquait le diable par deux fois dans la même phrase.

    C’est dans l’Humanité du 17 juin 1967. Facile à vérifier.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 13 août 2009 à 18:17, par juifmaispasisraelien

    Si la citation est facilement vérifiable, merci de la reproduire dans son intégralité.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 13 août 2009 à 19:05, par La Commune

    La question de l’antisemitisme constitue souvent une aubaine pour ceux qui régulierement convoquent les 6 millions de victimes de l’Holocauste comme témoins alors que ceux ci n’ont rien demandés. L’accusation d’antisemitisme est en general un argument qui permet de couper court à tout débat et qui est surtout trés utile quand on a rien à dire sur une personne, j’ai en tete notamment les attaques contre Chavez lorsque celui ci avait évoqué les "marchands du temple" du capitalisme mondial.

    L’allusion de Plaque de Rue à cet article de Benoit Frachon dans L’Humanité aprés la Guerre des Six Jours est à peu prés du meme ordre car sorti de son contexte.

  • Deux précisions et un document à venir Le 13 août 2009 à 21:58, par André Narritsens

    "Plaque de rue" détourne les questions soulevées dans la discussion. Voici deux précisions et un document à venir.

    1 - Sur les libellés des plaques : je croyais avoir indiqué que l’inauguration des voies Jouhaux/Frachon datait de 1998, c’est-à-dire à une époque où Jack Ralite était maire. Les libellés datent donc de cette époque. Ils sont erronés, je l’ai constaté.

    Je ne connais ni les rédacteurs ni les circonstances de la rédaction. Ceci dit ils sont gravement faux. Ma demande est donc simple : on rectifie. Il n’y a pas davantage à polémiquer sur ce point.

    2- la question de la "déportation" de Léon Jouhaux est venue en discussion suite à l’émoi suscité par le fait qu’un des panneaux de l’exposition présentée le 12 juillet contenait une photographie de la clôture du camp de Buchenwald, alors que Léon Jouhaux n’y a jamais mis les pieds.

    En fait, il est établi, et Léon Jouhaux n’a jamais rien dit d’autre, qu’il n’a pas été déporté mais interné au château d’Itter avec d’autres prisonniers d’Etat par les nazis.

    Ceux-ci, manifestement, avaient constitué une réserve d’otages, en vue de négocier des échanges que les circonstances de la guerre pouvaient provoquer. Les prisonniers d’Itter étaient donc potentiellement en danger, c’est indiscutable.

    Ceci dit, Léon Jouhaux, s’il a été convoyé dans l’annexe de Buchenwald par la Gestapo n’a jamais été soumis à interrogatoire. Il n’est pas passé entre les mains de la Gestapo.

    S’agissant du document à venir et qui concerne Benoît Frachon, je considère l’accusation d’antisémitisme portée contre lui comme infamante.

    Non seulement B. Frachon, en tant que dirigeant du PCF clandestin, a impulsé la solidarité à l’égard des juifs (et de quelle manière, on pourra y revenir) mais a organisé l’action armée des FTP-MOI dans laquelle les communistes juifs ont joué un rôle très important.

    Je suis vraiment scandalisé par l’utilisation que "Plaque de rue" fait de la "citation" de Benoît Frachon qui est, en fait, issue du discours de clôture qu’il prononça lors du Congrès de la CGT de 1967 et qui prend sens à partir de l’analyse qu’il fait d’une manifestation sioniste particulièrement outancière que s’était déroulée devant le Mur des lamentations lors de la Guerre des six jours.

    Je ne puis donner, pour des raisons "techniques", ce soir, le texte intégral de cette intervention dont "Plaque de rue" ne livre d’ailleurs qu’une version incomplètre totalement dégagée de l’économie générale du dévelloppement et du contexte global naalysé. Je le ferai demain en produisant le texte complet de l’intervention.

    Ceci dit Benoît Frachon étéit anti-sioniste (et je le suis aussi).
    On pourrait donc ajouter sur le libellé d’une plaque réécrite : "militant internationaliste".

    Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Benoît Frachon, ils peuvent lire la biographie que Jacques Girault lui a consacré : Benoît Frachon, communiste et syndicaliste publiée aux Presse de la Fondation nationale de sciences politiques.

    A demain.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 14 août 2009 à 10:05, par toto

    C’est fou comme les discussions et commentaires deviennent intéressants lorsque l’on prend le temps de réfléchir, d’argumenter sur des faits historiques et des sources vérifiées
    merci N Narritsens

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 14 août 2009 à 10:46, par Plaque d’égout

    Benoît Frachon parle dune tribu cosmopolite de banquiers, les Rotschild, qui pataugent dans le sang frais et tout benoîtement, monsieur Narritzen nous explique qu’il faut replacer ça dans le contexte !

    Ce qui revient à dire qu’on peu être antisémite dès lors que les circonstances l’exigeraient.

    Cela montre à quel niveau de désagrégation en est la pensée communiste à Aubervilliers.

    Et l’on ne peut que se féliciter de la clairevoyance des habitants de cette ville qui ont mis au rencart une équipe qui piétine allègrement tous les principes du mouvement ouvrier.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 14 août 2009 à 14:37, par André Narritsens

    Comme je l’ai indiqué hier soir, vous trouverez, en annexe à ce message, le texte intégral d’où « Plaque de rue » a extrait (sans rappel de contexte ni insertion dans le développement du discours) quelques mots (*).

    Vous pourrez constater que l’attaque portée contre Benoît Frachon est inqualifiable. Non seulement « Plaque de rue » (qui quittera bientôt, je l’espère, son anonymat) a trafiqué la « citation » mais il n’a manifestement pas eu sous les yeux L’Humanité du 17 juin. Si ça avait été le cas il n’aurait pas dit que B. Frachon avait signé un article mais que le journal avait publié le discours prononcé, la veille, en clôture du 36e Congrès de la CGT. Passons.

    Dans la même veine, « Plaque de rue » en rajoute sur le contexte en indiquant que la rédaction des propos incriminés se comprend en réaction à des manifestations de soutien à Israël intervenues à Paris à la fin de la Guerre des six jours. Cela est faux : vous pouvez le lire.

    B. Frachon consacre un long développement à la situation internationale et présente l’analyse que fait la CGT de la crise du Proche-Orient et de la guerre qui vient de s’y dérouler. L’action des impérialismes est mise en évidence ainsi que les enjeux autour du pétrole. Le capital est accusé de « mener le bal ». La manipulation des travailleurs et croyants israéliens par ceux qui ont intérêt à la guerre est soulignée. Le combat des progressistes israéliens est salué.

    Alors, oui, on peut toujours discuter de formules. Mais rien dans cette analyse de la situation au lendemain de la Guerre des six jours ne permet de crier à l’antisémitisme. A moins que l’antisionisme, l’anti-impérialisme et l’internationalisme ne soient interdits d’expression.

    (*) Le discours de Benoît Frachon est publié aux pages 568-579 du second tome des textes choisis de Benoît Frachon, paru en 1969 sous le titres Au rythme des jours (Editions sociales). Les pages 572-574 sont reproduites en annexe.


    (merci de cliquer sur les images pour les afficher en grand, puis éventuellement cliquer à nouveau pour encore les agrandir)

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  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 14 août 2009 à 17:57, par Plaques de dégout

    Toujours formidable l’esprit stalinien : monsieur Narinsens, qui portait le doute sur la citation antisémite de Benoït Frachon ergote en aançant que ce n’est pas un article de l’Humanité mais un discours repris par l’Humanité. Histoire de noyer un peu plus le poisson, il tente de jeter du brouillard : il n’y serait pas question de manifestations pro-israéliennes.
    Malheureusement pour lui, le texte de Frachon est sans équivoque. On peut lire :
    "En effet, les informations nous indiquaient qu’avaient assisté à ces saturnales, deux représentants d’une tribu cosmopolite de banquiers bien connus dans tous les pays du monde, Alain et Edmond de Rotschild. A leurs pieds des morts encore saignants".
    Il est éfgalement question de Veau d’Or...

    Toute la panoplie de l’antisémitisme basique est déployée devant la masse des militants de la CGT, qui applaudissent, puis repris dans l’Humanité de Jaurès, puis publié dans les Mémoires de Frachon.

    Faites l’effort de mettre cette phrase dans la bouche de Le Pen, vous verrez qu’elle s’y place sans effort.

    Quand Frachon prononce cette phrase, la loi antiraciste dite Loi Pleven n’existe pas encore, sinon, il en était redevable.

    Il n’y a pas d’excuse de contexte : cette phrase d’un racisme effrayant ne peut être que condamnée par toute personne qui se réclame du combat émancipateur.

    Que les responsables du PCF d’Aubervilliers lui trouvent une résonnance et la défendent est proprement sidérant.

    Jusqu’à cet échange, j’étais plutôt partisan d’une recherche d’union entre les différentes fractions de la gauche, dans lea ville. Il est clair que cela me fait changer d’optique. Et je me prépare, dans ma section, à demander que soit débaptisée la rue Benoït Frachon.

  • Esprit stalinien ? Le 15 août 2009 à 15:37, par André Narritsens

    Ce sera mon dernier mot. "Plaque de dégout" m’y invite. Le poisson n’a pas été noyé, ni le brouillard installé. Une accusation a été produite, elle reposait sur une "citation". La "citation" était approximative, la source était exacte/inexacte. J’ai donc produit le texte dont elle était issue et qui n’est pas repris des "Mémoires" de Benoît Frachon mais de l’édition de ses "textes choisi". Ce ne sont pas là des détails car je considère que toute approche historique ne peut reposer sur des à peu près mais sur la confrontation de sources qui se situent dans des contextes.

    Le fait d’histoire auquel fait référence B. Frachon est la manifestation, ou plus exatement le "pélerinage" organisé par les autorités israéliennes le 14 juin 1967. Lors de la guerre des six jours Jérusalem-est avait été repris et le Mur des Lamentations revenait de ce fait dans le territoire désormais occupé par Israél. C’est d’ailleurs toujours le cas malgré les résolutions de l’ONU.

    Cette manifedstion regroupa, dit-on, 200 000 personnes et donna lieu à des scènes "mystiques" aux dimensions intégristes. Les plus hautes autorités de l’Etat y participèrent ainsi que des frères Rothschild.

    La lecture de la totalité du discours de clôture de B. Frachon suffira au lecteur à se faire une idée de la position de celui-ci (et de la CGT) sur les racines de la guerre et sur le racisme. Je ne crois pas nécessaire d’en dire davantage : le texte parle très clairement.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 16 août 2009 à 11:49, par Léon Jouhaux, visionnaire ?

    La polémique ouverte à propos de la déportation de Léon Jouhaux est d’un intérêt limité dans la mesure où les faits semblent avoir été clairement établis par les biographes de l’intéressé.

    En revanche, je suis resté sur ma faim lors du colloque quant à la responsabilité de Léon Jouhaux sur la scission de 1947. Certains intervenants ont insisté sur le fait que Léon Jouhaux aurait plus subi cette scission qu’il n’y aurait tenu un rôle moteur, puisque davantage impliqué sur les questions internationales. D’autres ont relevé des propos qui montraient que Léon Jouhaux tenait des positions clairement anti-communistes. Une intervenante, membre de FO, s’est d’ailleurs montré surprise de découvrir cette facette du personnage. Marc Blondel a d’ailleurs du convenir qu’il y avait "des interventions à charge et des interventions à décharge" lors de ce colloque sur Léon Jouhaux, ce qui nécessitait une exigence de travail scientifique.

    La question est intéressante aujourd’hui ;, à la lumière de l’intervention de Louis Viannet qui posait la question de savoir quel est aujourd’hui le prix payé par le monde du trzvail à cause de la division syndicale et l’existence de huit confédérations.

    De ce point de vue, il convient d’établir le rôle et la responsabilité de Léon Jouhaux dans cette division que certains historiens semblent éluder. Car le caractère visionnaire du personnage que nombre d’intervenants ont souligné, en prendrait un sacré coup.

  • Ombres et lumières Le 17 août 2009 à 11:40, par Ernesto

    Léon Jouhaux est forcément un personnage complexe. Anarchiste dans sa jeunesse il évolue vers le réformisme, abandonne l’internationalisme et est l’un des protagonistes de l’Union sacrée, exclut les révolutionnaires en 1921/1922 avant qu’ils ne deviennent majoritaires, fait l’unité du bout des lèvres en 1936, se comporte correctement au moment de la guerre d’Espagne, participe très activement à l’exclusion des communistes en 1939, glisse vers la collaboration avec le patronat et l’Etat, se reprend et favorise l’unité en 1943, combat la scission en 1947 mais ne rompt pas avec ses amis.
    Ceci dit pour pointer les difficultés auxquelles le Colloque était confronté. Bien sûr la tentation de célébrer les vertus de Léon Jouhaux était grande. Certains s’y sont essayés mais le début de débat apparu au cours de la deuxième séance de l’après-midi a redéplacé le regard. Léon Jouhaux mérite en tout cas bien mieux qu’une approche caricaturale.

    Merci au site d’avoir éclairé les circonstances dans lesquelles s’est déroulé le Colloque ainsi que les vrais enjeux qu’il recouvrait.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 17 août 2009 à 16:25, par vidange

    On retiendra de cet échange que les penseurs du PC local ont tenté de minorer le fait que Léon Jouhaux a été retenu comme otage par les nazis, dans une annexe du camp de Buchenwald, qu’ils se sont attachés à décortiquer le terme de "déportation", mais qu’ils ont été beaucoup moins sourcilleux lorsqu’il s’est agi de lire, pour ce qu’elle est, la prose antisémite de Benoît Frachon dans son discours de juin 1967.
    On sait aujourd’hui que les penseurs du PC local accetent de prendre à leur compte des termes qui tombent aujourd’hui sous le coup des lois antiracistes.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 18 août 2009 à 07:48, par Faut-il à tout prix héroïser Léon Jouhaux ?

    A lire les échanges précédents, on se croirait aux pires heures staliniennes où il fallait absolument fabriquer des personnages de légende. Décidément, 60 ans de communisme à Aubervilliers laissent des traces, mais pas forcément là où on pense !

    Merci en tout cas à ceux qui apportent avec rigueur des éléments d’éclaircissement.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 18 août 2009 à 09:45, par Kolmogorof

    Il est toujours agréable aux sionistes de stopper le débat avec les accusations d’antisémitisme. On retiendra l’exemple du maire Salvator et de son équipe qui ont été très très prudent dans leur déclarations pendant la guerre de Gaza par peur de perdre un certain électorat.

  • Retour sur le Colloque Léon Jouhaux Le 19 août 2009 à 14:54, par Jacques JAMES

    Il faut rendre hommage à ce site qui permet le débat démocratique c’est-à-dire que chacun puisse, même anonymement, donner son point de vue et/ou critiquer celui qui s’exprime "à visage découvert" !

    Merci à vous et longue vie au site.

  • Démocratie Le 19 août 2009 à 18:03, par Démocrate satisfait

    Je suis entièrement d’accord avec le message de Jacques James. Je pense que le site a permis non seulement la confrontation de points de vues différents mais que les questions soulevées ont été traitées de façon sérieuse et très argumentée. J’ai, en tout cas, appris beaucoup de choses et c’est très bien ainsi.

  • Il faut sauver le général ! Le 25 août 2009 à 08:45, par Ernesto

    Je viens, par le plus grand des hasards, de lire sur le site de la Fédération FO du commerce une bio de Jouhaux tout à fait hallucinante.

    Pässons sur les excuses concernant la période de l’Union sacrée et les félicitations pour l’exclusion des révolutionnaires en 1921-1922. L’hallucination commence avec la condamnation de la réunification de 1936 et l’engagement de la CGT en soutien au Front populaire. Elle se poursuit dans la critique des "faiblesses" de Jouhaux à l’égard de l’Union soviétique. Elle se déploie dans le silence sur les collaborations de 1939-1940 et la réunification syndicale de 1943. L’apothéose consiste dans la conclusion : Jouhaux a freiné la création de FO (ce qui est vrai) mais, un peu mégalo et soucieux de conserver une base matérielle qui lui permettrait de jouer un rôle international, il voulait sauvegarder l’unité syndicale internationale. Jouhaux termine sa vie quasiment prosoviétique en prétendant "tenir la balance égale entre les deux blocs".

    Voila ce qu’il advient de l’histoire lorsqu’on veut manipuler la mémoire.

  • Cher Léon Le 11 septembre 2009 à 11:26, par Ernesto

    Aubermensuel de septembre vient de tomber (si l’on peut dire). De Léon Jouhaux il y est discrètement question, p.12-13 (rubrique "La rétro"). On indique que "la Ville a rendu hommage à son prix Nobel". Le syndicaliste est oublié. Une curieuse phrase suit, s’agissant du Colloque où est notée "la participation d’historiens de renom dont (sic) deux leaders syndicaux...". Deux photos de Blondel et Viannet accompagnent ce chef-d’oeuvre rédactionnel.
    Quant aux enjeux scientifiques du Colloque...

  • Voynet veut liquider B. Frachon ! Le 25 septembre 2009 à 10:37, par Rabcor

    On apprend que D. Voynet (ou tout au moins son entourage) envisage de débaptiser l’esplanade Benoît Frachon à Montreuil. Les mêmes avaient envisagé il y a quelque temps d’enlever le buste de Ho-Chi-Minh installé dans le Parc Montreau. La communauté vietnamienne avait vivement réagi et les bobos anti coco de Montreuil avaient dû reculer.

    Prévenons-les : s’ils osent s’attaquer à Benoît Frachon dirigeant du PC clandestin et grand syndicaliste (CGTU puis CGT) ils déchaîneront la colère et ne l’emporteront pas au paradis.

    Bobos, bas les pattes devant la classe ouvrière !

  • Encore une fois sur Léon Jouhaux Le 17 juin 2010 à 08:24, par Jos

    Je viens de trouver chez un bouquiniste le livre (Prison pour hommes d’Etat) que Mme Jouhaux a consacré au séjour forcé qu’elle fit avec Léon Jouhaux dans le Tyrol autrichien en 1943-1945. C’est un livre intéressant qui décrit de manière précise et très honnête ce que fut la vie quotidienne du petit groupe de personnalités qui étaient retenues dans le château d’Itter.

    Des photos y sont publiées où l’on voit les prisonniers se promener dans l’enceinte du château, jouer au desk-tennis...

    Ce livre tort complètement le cou aux affirmations que certains ont assénées il y a un an sur ce forum à propos de la déportation de Jouhaux. J’ai d’ailleurs découvert avec surprise que des déporté(e)s extraits des camps servaient à Itter qui comme cuisinier, qui comme femme de ménage.
    Voilà.

    Ceci dit, peut-on me dire si les actes du colloque ont été publiés ? Je ne les trouve nulle part alors qu’ils étaient annoncés pour l’automne 2011 à La Documentation française.