Fronts et Front de gauche, quelques réflexions (2ème partie)

mercredi 15 juillet 2009

Rappels historiques autour du concept de "fronts" par André Narritsens : suite et fin.

Front de gauche

Depuis plus d’un demi siècle la forme politique du « front » n’a plus trouvé à se concrétiser en France. On notera pour mémoire la résurgence du terme sous l’expression « Front républicain » à l’occasion des élections législatives de 1956 qui ne recouvrait qu’une éphémère alliance électorale de centre-gauche pilotée par Pierre Mendes France. En réponse à cette construction purement électorale le Parti communiste tenta de relancer vainement l’idée d’un « nouveau Front populaire ».
La réapparition du vocable « front » aujourd’hui, procède de la réflexion stratégique du PCF. Le 34e Congrès du Parti (décembre 2008) a en effet proposé le lancement d’une « grande initiative de rassemblement : la construction d’un front progressiste et citoyen ». Le Front de gauche, réalisé avec le Parti de gauche, la Gauche unitaire issue du NPA et de nombreux acteurs syndicaux et sociaux à l’occasion des élections européennes de juin 2009 constitue une première forme de cette démarche.

Les résultats positifs obtenus à l’occasion du scrutin des européennes témoignent d’une dynamique sociale et politique possible et confortent les communistes dans l’orientation stratégique qu’ils ont adoptée lors du 34e Congrès.

Assez curieusement, cette orientation n’a, au cours des débats préparatoires et du Congrès lui-même, suscité que des critiques marginales. Seule la crainte de voir se dissoudre le Parti en tant que tel dans des constructions unitaires durables s’est parfois exprimée.

La démarche politique proposée repose en fait sur l’analyse critique des expériences anciennes et récentes de rassemblements et d’alliances. Elle capitalise, ce faisant, des leçons politiques et pratiques et débouche sur une analyse des contradictions à surmonter dans le cadre d’une orientation de longue durée.

Avant de tenter une présentation synthétique de la démarche, mieux vaut, sans doute, donner à lire la rédaction méticuleuse à laquelle les communistes sont parvenus au terme de leur Congrès. La voici :

« Notre démarche suppose une construction populaire permanente, pour discuter, élaborer et porter des projets de changement jusqu’à leur réussite ; une construction unitaire permanente avec des cadres, des fronts, des alliances adaptés aux contenus portés et aux échéances affrontées ; la volonté continûment affichée d’inscrire ces constructions dans le cadre d’une transformation durable de la société et du monde.

C’est pourquoi nous proposons d’ouvrir dans la durée un cadre de débat et d’élaboration politiques inédit : de créer partout où c’est possible, dans les quartiers et sur les lieux de travail, dans les ripostes engagées, des lieux de rencontre où, quelles que soient leurs formes, les citoyens, les salariés, avec toutes les forces politiques et sociales qui le souhaitent, avec des intellectuels, des créateurs, les acteurs du mouvement social, puissent se rencontrer, s’informer, confronter leurs analyses et propositions pour riposter et construire ensemble les fronts les plus larges possibles visant des objectifs politiques précis. Il s’agirait de travailler à faire naître une véritable dynamique politique nationale d’action et d’élaboration d’un nouveau projet politique de transformation.

Ces espaces pourraient prendre des formes diversifiées, évoluer en fonction des besoins et des possibilités du processus initié. L’essentiel, c’est leur objectif : animer en permanence une dynamique populaire et citoyenne la plus large possible pour construire les réponses aux questions posées, dans la vie, par les luttes sociales et démocratiques : quelles réformes une politique, des institutions, un gouvernement de changement devraient-ils promouvoir ? Et les imposer dans le débat politique.

Ces espaces doivent devenir le lieu d’un véritable bouillonnement démocratique où toutes les idées visant au changement pourront s’exprimer et se nourrir les une les autres. Et où celles et ceux qui le souhaitent pourront prendre ensemble des initiatives politiques (de travail, de luttes, de débat et de batailles d’idées, d’éducation populaire…) et créer pour cela les formes (comités populaires, collectifs, fronts…) permettant de les mener à tous les niveaux, du local au national et au-delà, avec l’objectif de faire grandir des exigences et de gagner.

Le Parti communiste proposera et prendra lui-même les initiatives permettant aux formations de gauche d’exposer et de confronter leurs analyses et leurs objectifs, leurs points communs et leurs différences, d’entreprendre un travail de construction de réponses de gauche progressistes en liaison avec les ripostes indispensables, et aux citoyens d’intervenir dans ce débat et de contribuer à ses évolutions.
L’ambition visée est celle de la construction d’un Front progressiste et citoyen liant le développement de cette dynamique citoyenne et l’objectif d’une union de forces politiques de gauche déterminées à construire dans notre pays une majorité de changement. Il y a d a n s la société les bases sociales et les attentes d’un rassemblement de cette ampleur, construit à partir de la vie réelle, dans la proximité et dans l’action, par l’intervention populaire, la co-élaboration d’objectifs précis de progrès social et démocratique et des grandes réformes structurantes qui les rendraient possibles. Une telle perspective ouvrirait une nouvelle phase de l’histoire de la gauche, une nouvelle page du combat de notre peuple pour le changement. Les communistes s’engagent dans cette démarche en étant pleinement eux-mêmes, avec la volonté d’agir et de travailler avec toutes celles et tous ceux qui voudront faire rayonner une telle dynamique politique, Oui, nous voulons rassembler une majorité pour battre Sarkozy, la droite, le Medef et leur politique, pour trouver une issue de progrès social et humain à la crise du capitalisme, pour que ça change !

Ce processus impliquerait des étapes, des rendez-vous qui devront être définis pour mesurer et rendre compte de l’avancement de ce travail et pour lui donner de nouvelles impulsions.

Dans cette démarche, nous pensons que ni l’action des forces politiques représentatives, ni la dynamique citoyenne et populaire - liées par leur objectif, mais autonomes l’une de l’autre - ne doivent être chapeautées par quelque cartel que ce soit. Les partis qui le veulent concourent - et c’est notre choix - à faire vivre ces lieux de citoyenneté, à donner toute l’ampleur possible aux fronts d’idées et de luttes qui s’y forment. La remontée de l’influence du parti communiste, pleinement engagé dans cet effort, y contribuera .Ce travail politique n’est pas prédéterminé par la question des alliances ou des fronts électoraux, car ce serait réduire à tout moment le champ des acteurs visés par cette démarche, et du même coup sa portée. En revanche, il sera nécessaire de prendre en permanence les initiatives politiques unitaires, d’alliances les plus adaptées, en sachant que notre autonomie, comme celle largement revendiquée des autres acteurs sociaux et politiques, doivent être respectées et vécues comme des atouts et non des handicaps ».

Synthèse

Objectif :

Il s’agit de réaliser une construction populaire permanente pour élaborer et porter des projets de changement jusqu’à leur réussite.

La démarche :
- intègre des échéances à l’occasion desquelles peuvent se concrétiser des accords de contenu pouvant recevoir des appellations différentes : cadres, alliances, fronts ;
- a vocation à s’élaborer à la base, dans des formes souples mais visant le même but : la transformation durable de la société appuyée sur une dynamique populaire et citoyenne ;
- vise à réaliser l’union des citoyens dans la confrontation des idées. Elle peut (doit) trouver à s’exprimer dans des accords de Partis ou d’organisations ;
- préserve, à l’intérieur des alliances, cadres, fronts, l’autonomie de chacun dans le cadre du but commun poursuivi.

Premier bilan et perspectives

L’expérience du Front de gauche lors des élections européennes a été la première forme d’expression de la démarche.

Les résultats positifs enregistrés valident l’orientation proposée par le 34e Congrès du PCF. Cette orientation doit, maintenant s’enraciner dans la durée et offrir l’outillage politique permettant la reprise d’initiative politique de la gauche de combat.

André Narritsens

Répondre à cet article