Suite et fin de notre série d’articles sur l’OTAN

Tourner la page de l’OTAN

jeudi 2 avril 2009

Les circonstances historiques de la période de guerre froide ont conduit les « occidentaux » à créer l’OTAN. L’organisation s’est trouvée d’emblée sous domination étasunienne. Ce fait a largement obéré l’indépendance des nations qui en faisaient partie. La décision prise en 1966 par le général de Gaulle de quitter les organismes militaires intégrés de l’OTAN a mis en lumière cette question. Pour autant le principe même de l’existence de l’Alliance n’a, depuis lors, pas été mis en cause.

Le traité de Maastricht, adopté en 1992, a consacré le principe d’un politique européenne de sécurité commune « compatible » avec les options principales de l’OTAN. Une réinsertion de la France a été amorcée en 1994 lors de l’intervention en Bosnie. En décembre 1995, la France a réintégré le comité militaire et le conseil des ministres de l’OTAN dans l’espoir, fut-il dit, d’influer sur la réforme de l’organisation [1] Depuis lors les forces militaires françaises ont été placées (Afghanistan, Kosovo) sous les ordres d’états-majors alliés subordonnés de l’Etat-major suprême de l’Alliance.

Cette orientation, en grand recul par rapport à la logique qui découlait de la position prise en 1966, n’a cependant pas emporté une soumission complète (non participation au comité des plans de défense, non participation au groupe des plans nucléaires de l’Alliance, non responsabilité militaire de haut niveau dans la structure militaire permanente, négociation au cas par cas des règles d’engagement des unités déployées sous la bannière de l’OTAN).

Il s’agit là d’un moindre mal qu’il convient cependant de situer dans les caractéristiques politiques prise par l’OTAN aujourd’hui.

Nous l’avons indiqué, l’OTAN, si l’on se réfère aux buts originels poursuivis (critiquables et combattus par les communistes), n’a plus d’objet. Sa persistance procède d’une volonté de contrôle politique mondial (de type impérialiste) sous pilotage étasunien. G. Bush a clairement fixé l’orientation : dans un monde où se manifestent des tensions, crises et menaces multiples, toutes les questions doivent recevoir un traitement militaire. Le champ d’intervention de l’OTAN s’élargit en conséquence au monde entier et couvre une infinité de questions.

La réintégration de la France dans les commandements militaires intégrés signifie l’alignement sur cette orientation que les positions exprimées par B. Obama n’ont guère infirmé jusqu’à aujourd’hui. Peu de voix se sont élevées contre la réactivation de la VIIe flotte à nouveau déployée dans la zone des Caraïbes autrement dit face à Cuba, au Venezuela, à la Bolivie, à l’Equateur, au Nicaragua et au Salvador
Les questions de défense et de sécurité collective sont certes complexes et nous n’avons pas l’ambition de les aborder dans le présent papier.

Mais aujourd’hui, comme hier, le monde doit choisir soit de privilégier les logiques de dominations et d’affrontements soit d’œuvrer à la mise en place de coopérations et de solutions négociées en cas de conflits.

Il est clair que le maintien (voire le développement) d’un ensemble militaire intégré à vocation policière mondiale, tel que l’incarne l’OTAN, interdit de parvenir à l’objectif d’un monde pacifié.

Si l’on considère que la réalisation d’un désarmement général et contrôlé demeure à l’ordre du jour il faut simultanément engager les processus politiques mondiaux qui permettront de propulser cette perspective et donner à l’ONU des responsabilités nouvelles lui permettant de traiter (y compris dans la dimension militaire) les situations de crise.

Les questions de la paix et de la guerre, du développement sans dominations, doivent devenir l’affaire des peuples. En France, un grand débat est indispensable sur ces questions. S’agissant de l’OTAN lui-même, du principe d’appartenance à l’Alliance, du devenir de la structure, le peuple doit être consulté par referendum. C’est la position du Parti communiste.

André Narritsens

NdMT : cet article fait suite à deux autres articles d’André Narritsens sur le même sujet :

- France/OTAN 1966
- Naissance de l’OTAN

Notes

[1Cette initiative de Jacques Chirac se produisit à une époque où la seule question qui méritait d’être posée était celle du maintien même de la structure qui, si l’on se référait à ses buts originels, n’avait plus de raison d’exister.

2 Messages

  • Tourner la page de l’OTAN Le 4 avril 2009 à 10:46, par Denis Raffin, maitre toilier

    Un grand merci à André pour cet exposé très clair et très instructif !

    Je me permets de vous signaler un blog mis en place par l’Huma en guise de "contre-sommet de l’OTAN". On y trouve notamment un compte-rendu détaillé de chacune des actions pacifistes qui s’y déroulent. On y découvre aussi comment la ville s’est transformée en gigantesque no-man’s land militaire dans lequel seuls quelques militants UMP pro-Obama peuvent pénétrer. Édifiant !

    L’adresse : http://humastrasbourg.free.fr/

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  • Tourner la page de l’OTAN Le 4 avril 2009 à 20:59, par 58% des français sont pour la réintégration de la France dans l’OTAN

    Effet bourrage de crâne + effet Obama : Et bien, 58%, c’est pas lourd.

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