De retour de Gaza : témoignage de Mériem Derkaoui (2)

dimanche 1er février 2009

À Gaza-Ville, même désastre : l’hôpital el-Qods du Croissant Rouge (el-Qods signifie Jérusalem) bombardé avec des traces d’incendies à l’extérieur. Curieusement, alors que les murs semblent tenir, à l’intérieur tout est dévasté, brûlé, il ne reste rien. Une bombe a provoqué une déflagration à l’intérieur. En face une crêche et un jardins d’enfants ne sont plus qu’un amas de pierres et de tôles. C’est ce site qui était visé mais il a eu comme « dommage collatéral » l’aile du lycée voisin construit par le Japon. Trois lycéennes ont été tuées. Les 150 tonnes de médicaments fournis par l’ONU sont parties en fumée. D’une manière générale les institutions ont toutes été bombardées :les commissariats, le siège du parlement palestinien financés en grande partie par l’Union européenne, etc.

Nous continuons notre périple et les images se succèdent : des voitures, des camions et ambulances écrasées par les chars. À Khan Younès une station d’épuration et de distribution d’eau : un cube de béton retourné comme si c’était un petit dé. On essaie de comprendre comment cela s’est produit :le char s’est acharné sur les piliers en béton jusqu’à ce qu’il cède. Conséquence pour tout le secteur : plus d’alimentation en eau ! À côté une grande maison éventrée et désertée par ses occupants à l’exception d’un vieillard malade installé dans ce qui fut une pièce ; par respect, il exige de nous de le saluer avant d’aller plus loin : c’est encore chez lui. Dans toutes les pièces, des meubles par terre ;plus de portes, plus de vitres, des cloisons et murs détruits.

Une maison qui a servi de base d’opération où les soldats ont utilisé les habitants comme boucliers humains ; de là ils pouvaient tirer sur leurs cibles. Sur les murs à droite des fenêtres, ils ont dessiné des plans d’attaques ; c’est ce que l’on constate quand on adopte la position de celui qui a fait le plan le secteur a effectivement été touché . Les escaliers que nous empruntons où traînent encore des sandales de petite fille nous mènent vers ce qui reste de la terrasse : c’est un panorama d’innombrables traces de blindés dans les champs. Tout a été arraché sur leur passage. Des vignes (dont les cépages ont été achetés en Israël à un prix élevé) il ne reste plus rien ! Au loin des fermes et une usine détruites et un cimetière touché.

On ne comprend pas la logique militaire dans tout cela ! Dans ce secteur rural plat et dont la vue est complètement dégagée, pourquoi tant de dégâts ? La même vision à Zeitoun où l’odeur est insupportable dès qu’on prend le sentier qui mène vers le hameau où 110 personnes ont trouvé la mort. Des paysans et leur famille vivaient ici. Nous croisons une ONG qui distribue ce jour-là des lots contenant de l’huile de la farine et du lait en poudre. Un des rescapés témoigne : rien n’a arrêté l’armée. Ni les drapeaux blancs, ni les cris des enfants, ni les appels au secours après les premières rafales, ni les mains levées. Pas loin de nous des cadavres de moutons, de dizaines poulets (c’était une ferme d’élevage). Des orangers et des oliviers détruits aussi loin que nos regards peuvent se porter.

Des images m’assaillent encore : j’ai vu les autres membres de la délégation émus aux larmes en entendant certains témoignages d’exécutions à l’intérieur des maisons, de tirs à vue sur des enfants, d’hommes à qui on demande de se déshabiller devant leurs parents et leurs enfants.

Tout cela a un nom : crimes de guerres. Ceux qui les ont commis doivent en répondre.

Comment un soldat israélien peut-il manger sa barre de chocolat et son « collègue » des chips pendant que le troisième tire sur trois fillettes (deux sont mortes et la troisième hospitalisée en Belgique restera d’après son père paralysée à vie) et une femme de 60 ans ?

Des témoignages de ce que les palestiniens ont vécu et subi, je vous en livrerai d’autres…

NdMT : Vous pouvez d’ors et déjà noter dans vos tablettes la date du lundi 9 février. À 19h00 à l’espace Renaudie, Meriem Derkaoui participera à une rencontre-débat sur le thème "de retour de Gaza, ils témoignent".

1 Message

  • Confirmation Le 6 avril 2010 à 17:40, par Léna

    Je viens de lire le Rapport de la Mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations unies sur le conflit de Gaza connu comme le Rapport Goldstone, du nom du président de la Mission le juge Richard Goldstone, ancien juge de la cour constitutionnelle d’Afrique du sud et ancien Procureur du Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

    Je pense qu’il est très important de lire ce document que L’Humanité vient de publier en brochure. Le coût est de 10€. La brochure peut être commandée au journal.