À Aubervilliers, la « grève sanitaire » comme une nécessité

article d’ Olivier Chartrain paru dans l’Humanité le mardi 10 novembre 2020

mardi 10 novembre 2020

Le collège Diderot sera en grève ce mardi. Enseignants et parents exigent des réponses qui garantissent santé et éducation pour tous.

Un collège, parmi tant d’autres. L’appel intersyndical à la « grève sanitaire » dans l’éducation, c’est aujourd’hui, 10 novembre. Mais dès lundi matin à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), une dizaine d’enseignants grévistes et des parents d’élèves du collège Diderot étaient rassemblés devant l’entrée de l’établissement, pour une sorte de tour de chauffe. Sur des cartons et des banderoles, leurs revendications essentielles : « Des demi-groupes et des recrutements MAINTENANT, pour garder les collèges ouverts. » Car si le fonctionnement « hybride », mi-présentiel, mi-distanciel, se met peu à peu en place dans les lycées après que la mobilisation dans les lycées a contraint Jean-Michel Blanquer à reculer, en primaire et surtout dans les collèges, rien ne bouge alors que l’insuffisance du protocole sanitaire y est tout aussi criante.
Un protocole adapté

« Nous avons déjà exercé notre droit de retrait mercredi dernier », raconte Éric (1), enseignant dans le collège Diderot. « La direction nous refusait une journée banalisée afin de préparer ensemble une organisation qui assure la sécurité sanitaire de tous dans le collège. » Au cours de cette matinée, les profs et CPE (conseillers principaux d’éducation) ont donc réfléchi ensemble à un protocole adapté aux spécificités du collège. « Même si nous sommes en éducation prioritaire, avec “seulement” 24 élèves par classe, nous avons des salles trop petites, qui souvent ne sont équipées que de tables à deux places. Dans ces conditions, le respect de la distanciation est impossible », reprend Éric. « C’est un vieux bâtiment », explique Salwa El Khoussi, représentante des parents d’élèves. « Il n’est pas fait pour accueillir 650 élèves comme c’est le cas aujourd’hui. »

Mais enseignants et parents s’accordent surtout sur un point : « Ce sont les espaces communs qui posent le plus problème », insiste Salwa El Khoussi. « La cour trop petite, la cantine, les croisements dans les couloirs » empêchent le non-brassage et le respect de la distanciation. « Le bâtiment est desservi par deux escaliers où l’on ne passe pas à plus de deux de front, et qui se rejoignent au premier étage, décrit Éric. Les élèves sont obligés de se croiser. » Selon lui, la restauration ou le nettoyage sont également en limite de capacité : « Le nettoyage est fait assez régulièrement, mais le personnel n’a pas été renforcé, avec les évictions pour cause de Covid, ils ne sont pas assez, ils sont fatigués, leur santé est mise à mal. »

La mise en place, à partir de cette semaine, du « une classe, une salle » pour limiter le brassage n’est pas non plus la solution : parce que certaines salles sont trop petites mais aussi, détaille Éric, « parce que cela priverait les élèves des matières comme l’informatique, la techno, les sciences, les arts plastiques et la musique, qui nécessitent des salles spécifiques. De plus, les élèves se retrouvent seuls dans la salle à l’intercours, et l’expérience de l’an dernier nous a appris que, faute de surveillants en nombre suffisant, cela génère des problèmes de discipline ».

Enseignants et parents demandent donc la mise en place d’un fonctionnement en demi-groupes, en alternance un jour sur deux : « De cette manière, entre chaque jour de cours, les élèves ont des devoirs à faire qu’on peut leur donner sur papier, c’est la meilleure façon de contourner la fracture numérique et de combattre le décrochage, expose Éric. Mais pour cela il faudra aussi du personnel – enseignants, surveillants, agents de service – en plus. » Salwa approuve : « L’enjeu c’est de préserver la santé de tous, personnel, élèves, familles. Si les réponses ne sont pas à la hauteur, nous déciderons ensemble des suites. »

(1) Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.

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