A propos de la commémoration des fusillades de Châteaubriant

Déclaration de la section d’Aubervilliers du Parti communiste français

jeudi 22 octobre 2020

La section d’Aubervilliers du Parti communiste français, inquiète de l’abandon par la municipalité de la commémoration du massacre du 17 octobre 1961, s’est adressée à la Maire afin de connaître ses intentions à l’égard de la commémoration des fusillades de Châteaubriant du 22 octobre.

En effet, cette commémoration ne fait pas partie des cérémonies officielles. L’annonce d’une commémoration a été publiée il y a quelques jours, mais le cabinet de la Maire a fait comprendre que celle-ci refusait au Parti communiste le droit de s’exprimer à l’occasion de la cérémonie.

On rappellera simplement que, du temps de son mandat, Jacques Salvator avait toujours donné la parole au Parti communiste en raison du tribut résistant particulièrement lourd payé par les militant.e.s d’Aubervilliers, notamment en 1941.

Les communistes d’Aubervilliers regrettent cette mise à l’écart et entendent brièvement rappeler le contexte de la répression qui conduisit à l’exécution d’Antoine Pesqué, Adrien Agnès et Raoul Gosset, tombés tous trois à Châteaubriant.

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Pesqué, Agnès et Gosset ont été arrêtés en octobre 1940 dans le cadre de la répression anticommuniste menée avec un zèle particulier à Aubervilliers par le commissaire Georges Betchen.

Un an plus tard, ils sont tous trois incarcérés à Châteaubriant. Les nazis vont puiser là, avec la complicité des pétainistes, pour riposter au développement de la lutte armée. En effet, l’été et l’automne 1941 ont marqué un grand tournant.

Certes ; depuis une année, des réseaux et mouvements divers ont surgi et développent quelque activité mais l’action résistante est somme toute bien maigre. Pour ce qui le concerne, le Parti communiste s’est réorganisé, a développé une structure armée, l’Organisation spéciale. Il a parallèlement créé le 15 mai 1941 une organisation politique unitaire, le Front national de lutte pour l’indépendance de la France, dotée d’une structure militaire dans laquelle sont versés 10% des effectifs du parti : les Francs-tireurs et partisans qui se substituent à l’Organisation spéciale. Dans le Nord, à l’initiative de militants communistes, parmi lesquels émerge la figure de Michel Brulé, les mineurs ont engagé le bras de fer en déclenchant une grève générale du 26 mai au 9 juin que les groupes armés de l’Organisation spéciale dirigés par Charles Debarge appuient et qui sera durement réprimée.

Au cours de l’été 1941, au terme de longs et difficiles débats, la direction du Parti communiste a décidé du passage à la lutte armée : c’est une décision stratégique considérable.

La confrontation militaire avec les nazis et les vichyssois est tout d’abord le fait de cadres politiques ayant souvent l’expérience des Brigades internationales. Ce n’est que progressivement qu’elle va se développer jusqu’à atteindre un caractère de masse au printemps 1944 et viser à l’insurrection nationale.

Pour l’heure, le 21 août 1941, à Paris, Pierre Georges, le futur colonel Fabien, frappe en abattant l’aspirant Alfons Moser sur un quai de la station de métro Barbès-Rochechouart. L’action se situe en riposte aux exécutions de Samuel Tyszelman et Henri Gautherot arrêtés le 13 août lors d’une manifestation à la porte Saint-Denis et fusillés le 19. « Titi est vengé » dira Fabien.

Cette action ouvre la voie au développement de la lutte armée. Le 20 octobre, à Nantes, Gilbert Brustlein et Guisco Spartaco exécutent le lieutenant Karl Hotz. Le lendemain, à Bordeaux, Pierre Rebière abat le conseiller d’administration militaire Hans Reimers.
La riposte nazie/vichyssoise ne tarde guère : le 22 octobre, on exécute 27 otages à Châteaubriant (parmi lesquels Antoine Pesqué) , 16 autres au champ de tir du Bèle à Nantes et 5 au fort du Mont-Valérien. A Souges, près de Bordeaux, 50 otages sont fusillés en représailles de l’exécution de Reimers.

Au soir du 22 octobre, Pétain non seulement ne condamne pas les fusillades mais appelle à la délation. Il déclare : « Par l’armistice, nous avons déposé les armes. Nous n’avons plus le droit de les reprendre pour frapper les Allemands dans le dos (…). Aidez la justice. Je vous jette ce cri d’une voix brisée : ne faites plus de mal à la France. »

Mais qui donc faisait du mal à la France ? Ceux qui, avec des armes de fortune, attaquaient les nazis et leurs amis, ou bien ceux qui pactisaient avec Hitler ? L’engagement dans la lutte armée fut une décision difficile à prendre, mais une fois prise elle fut irréversible.

Au lendemain des fusillades du 22 octobre, la population de Châteaubriant et de ses alentours déposait des fleurs à l’emplacement des neuf poteaux d’exécution. La réponse du peuple au chantage qu’on lui faisait ne laissait place à aucune interprétation.

Mais, dans le contexte du développement de la lutte armée, les fusillades se poursuivaient. Adrien Agnès, membre du comité régional Paris-Nord du PCF, et Raoul Gosset, secrétaire de la section d’Aubervilliers du PCF, tombaient le 15 décembre à Châteaubriant, rejoignant Antoine Pesqué dans le martyr.

Aubervilliers, qui a toujours honoré ceux de Châteaubriant, sans oublier tous ceux que le nazisme et le pétainisme ont persécutés et assassinés, se doit de maintenir le souvenir des sacrifices consentis au cours des année noires.

La section d’Aubervilliers du Parti communiste, dépositaire de cette histoire, y veillera.

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