8 mai - Pourquoi il ne faut pas perdre la mémoire par temps de Covid

jeudi 7 mai 2020

Vendredi 8 mai marquera le 75e anniversaire de la capitulation nazie.

Le confinement ne permettra pas d’organiser les commémorations de grande ampleur qui étaient légitimement prévues, ni même celles habituellement tenues chaque année. Une belle initiative a toutefois été prise par plusieurs associations mémorielles comme le Comité parisien de la Libération : il s’agit d’aller déposer, individuellement, en respectant toutes les précautions sanitaires, une fleur, un dessin, un poème, un simple texte là où se dressent les monuments aux morts, où sont fixées des plaques…

S’agit-il d’un luxe déraisonnable ? Nous ne le croyons pas. Certes, les nombreux parallèles dressés entre les années 1930 et notre époque ne sont jamais pleinement convaincants : Le Pen n’est pas Déat, Olivier Faure n’est pas davantage Léon Blum et, plus encore, aucun pays n’incarne aujourd’hui ce qui apparaissait à tant comme le vif espoir soviétique.

Reste qu’à la veille d’une crise économique qui s’annonce redoutable – et que le Covid révèle bien plus qu’elle ne la cause –, la terrible leçon des années 1930 ne doit surtout pas être oubliée. Or on voit bien que les mirages xénophobes, les tentations autoritaires, déjà bien présents dans notre « monde d’hier », entendent se présenter comme des solutions effectives aux problèmes déjà là comme à ceux qui nous attendent, le « jour d’après ». Le 8 Mai doit permettre de se rappeler qu’il n’y a jamais là de solution – et par 8 Mai, on entend aussi, ici, le sinistre printemps algérien 1945 marqué par cette répression atroce qui ne résolut aucun des problèmes posés.

Il peut aussi, si on en fait vivre la mémoire, indiquer des chemins d’alternative : n’est-ce pas là que se pense et se construit la Sécurité sociale qui montre chaque jour son bien-fondé ? Sans nostalgie, sans tentation de penser le présent comme décalque du passé, on gagnera à voir "L’Esprit de 45" de Ken Loach que le cinéaste britannique met à disposition gratuitement pour celles et ceux qui ont Internet.

(...)

En pleine crise du Covid, c’est bien, à toutes les étapes, la criminelle logique du capitalisme qui est mise à nu dans toute sa hideur. Ce sont ces mots de Marx dont on retrouve le macabre écho : « Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste […] Le capital n’a […] aucun scrupule s’agissant de la santé et de l’espérance de vie du travailleur, s’il n’y est pas contraint par la société. À toutes les plaintes concernant le délabrement physique et intellectuel, la mort prématurée, la torture de l’excès de travail, il répond : et pourquoi ces tourments devraient-ils nous tourmenter puisqu’ils augmentent notre plaisir (le profit) ? » (Le Capital, livre I, section 3 , chapitre 8 – trad. J.-P. Lefebvre).

Guillaume Roubaud-Quashie, membre du Comité exécutif national du PCF

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