En Seine-Saint-Denis, Le COVID-19 est un miroir des inégalités sociales et territoriales

Une tribune des député.e.s PCF et France Insoumise de Seine-Saint-Denis

lundi 6 avril 2020

"Notre société n’a pas changé de regard sur la Seine-Saint-Denis et nous payons cher des décennies de rupture d’égalité. La crise sanitaire que nous traversons révèle les inégalités sociales et territoriales. Quant à l’engorgement déjà constaté des hôpitaux, malgré le formidable engagement du personnel soignant, il braque une lumière tragique sur l’importance de nos alertes répétées.

La population de notre département a régulièrement été pointée du doigt pour sa supposée « négligence » dans l’application des mesures de distanciation sociale. Les plus riches qui ont fui l’Ile-de-France pour rejoindre leur résidence secondaire n’écopent pas d’amende pour manque de vigilance dans la propagation du virus mais les jeunes des quartiers populaires qui ont mis quelques jours avant de rester confinés chez eux et de ne plus jouer dehors n’ont pas échappé aux amendes. Contrairement aux idées reçues, les habitants de la Seine-Saint-Denis respectent, comme les autres, la discipline de confinement. Le Préfet lui-même l’a rappelé. Nous regrettons que des reportages pointent du doigt les populations du 93 comme, décidément, incapables de respecter les règles de la République, alors même que c’est la République qui ne tient pas sa promesse d’égalité…

Les quartiers populaires ne sont pas à égalité de situation devant le confinement. La surpopulation de nombreux logements, quand ces derniers ne sont pas carrément insalubres, rend l’expérience particulièrement éprouvante pour des milliers de familles. Combien de personnes âgées se sont-elles déjà retrouvées confinées chez elles à cause des pannes récurrentes d’ascenseurs ? Quant au télétravail, il n’est pas la norme dans le département le plus pauvre de la métropole. Aides-soignantes, caissières, éboueurs, livreurs, femmes de ménage, ouvriers, sont appelés à tenir bon et à poursuivre leur activité, au risque d’attraper le virus et de contaminer leurs proches. Les images du quai bondé du RER B cette semaine donne à voir cette réalité et une dangereuse promiscuité. C’est ainsi qu’est décédée jeudi dernier Aicha Issadounène, 52 ans, employée et syndicaliste dans un Carrefour de Saint-Denis. Protéger celles et ceux qui travaillent pour assurer l’indispensable et cesser toutes les activités non essentielles est absolument vital, notamment pour les populations de notre territoire.

La fracture éducative, nourrie par celle du numérique, va quant à elle laisser des milliers de jeunes sur le carreau. Et concernant les structures de soin, certains redécouvrent combien elles sont dramatiquement sous-armées : le département compte trois fois moins de lits en réanimation que les Hauts-de-Seine, et 37 villes sur 40 sont déclarées déserts médicaux par l’ARS.

Face à la crise sanitaire, le désengagement massif de l’État depuis des décennies nous saute à la gorge. Loin d’être le « territoire perdu » que certains fantasment de l’autre côté du périphérique, le département de la Seine-Saint-Denis prend aujourd’hui plus que sa part dans la lutte contre la pandémie. Ses habitants sont parmi les premiers à subir les effets de notre impréparation nationale Le Covid-19 amplifie aujourd’hui des inégalités territoriales déjà gonflées par des années de néolibéralisme et d’austérité. Les catégories populaires seront les premières menacées par la crise économique qui pointe, et la fermeture des services sociaux, des banques alimentaires, agrandit encore un peu plus le trou dans la raquette d’un maillage social qui permet pourtant à beaucoup de « tenir ».

Pour résister à la pandémie, la Seine-Saint-Denis a pour elle sa jeunesse, son dynamisme et la formidable solidarité qu’elle s’est forgée. Nous sommes impressionnées par l’énergie et la créativité qui se déploient pour assurer une solidarité. Les initiatives d’entraide se multiplient, portées par des citoyens qui ont grandi avec l’amère conviction qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, puisque l’État et ses services publics ont déserté. Depuis des années, associations, citoyens, et élus, nous nous battons pour obtenir de l’État un plan d’urgence à la mesure des inégalités territoriales que nous éprouvons chaque jour.

Le département de la Seine-Saint-Denis, avec ses villes mondes et son formidable maillage associatif, ses fonctionnaires compétents et engagés, se révèle donc avec ses forces et ses fragilités, en tous cas très loin de la caricature violente à laquelle beaucoup voudraient le réduire. Nous tiendrons le choc, coûte que coûte, puisque nous n’en avons pas le choix. Mais dès maintenant, nous rappelons l’État à ses engagements. De l’hôpital à l’école, en passant par le logement, la pandémie agrandit des fractures sur lesquelles nous n’avons eu de cesse d’alerter, et qu’il devient chaque jour plus vital de colmater.

Entre le 21 et le 27 mars, les décès ont bondi de +63 % en Seine-Saint-Denis par rapport à la semaine précédente. Bien plus que dans les autres départements d’Ile-de-France. Il faut dire que non seulement les personnes qui travaillent, et donc restent exposés, sont plus nombreuses qu’ailleurs dans notre département mais les cas d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires, qui rendent plus fragiles face au Covid19, y sont également nettement plus nombreux qu’ailleurs. Les inégalités sociales et territoriales se trouvent imbriquées. Il faut conjurer le pire. Et pour cela, commencer à changer de regard pour basculer, tout de suite, dans le monde d’après, celui qui sera soucieux d’égalité et de justice sociale. Nous avons la conviction que pour penser les normes nouvelles d’une société refondée post-Covid19, la Seine-Saint-Denis est un point de repères universels et un atout dans la reconstruction.

Clémentine AUTAIN, Marie-George BUFFET, Éric COQUEREL, Alexis CORBIÈRES, Bastien LACHAUD, Stéphane PEU, Sabine RUBIN, député.e.s de Seine-Saint-Denis

10 Messages

  • Comment ne pas être en plein accord avec cette tribune ?
    Souhaitons qu’après cette épreuve la Seine Saint Denis puisse se reconstruire sur des bases plus justes , souhaitons que l’État ne nous oublie pas !
    Notre département et notre ville en particulier ne sont pas peuplés de premiers de cordée mais plutôt selon la formule de Vincent Lindon de " premiers de corvée " !
    Ne les oublions pas , ils font marcher le pays tout entier .
    Mais n’oublions pas non plus les attentes des habitants concernant leur territoire , leurs quartiers , leurs rues ...
    J’avais récemment écrit sur ce forum , et je n’avais pas été publiée pour ne pas dire censurée , que les rues et places de mon quartier étaient sales , même très sales .
    J’avais explicitement mis en cause les services rendus à notre ville par Plaine Commune .
    Aujourd’hui le constat est le même et rien ne change !
    J’espère que la Mairie saura bousculer cette institution , ce mammouth , afin que clairement nous soyons enfin bénéficiaires dans cet accord !
    Vous ne pouvez ignorer que ce qui ne va pas dans une commune et la propreté est un des thèmes récurrents de mécontentement , est imputé à la Mairie ?
    Alors que la Mairie agisse et qu’il ne soit plus répondu aux légitimes reproches que les habitants sont sales sans tenir compte de la surpopulation institutionnalisée de certains quartiers .
    Et si les habitants ne sont pas tous exemplaires et j’en conviens , la seule réaction possible est le nettoyage .
    J’ai régulièrement dans votre tribune remercié et félicité la Mairie de ses interventions et réactions et vous m’avez publiée ....
    Alors aujourd’hui , n’oubliez pas

    " que sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur "

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    • Je viens de lire ce commentaire et je partage le constat de l’impuissance tolérée de Plaine Commune .
      Ses services ont fait depuis longtemps la preuve de leur inefficacité par manque de souplesse et de réactivité
      Nous pouvons le constater tous les jours .
      Plaine Commune n’est plus au service des communes concernées et de leurs habitants .
      Mammouth : le terme est juste .
      La modernité c’est la décentralisation , les communes devraient retrouver une pleine compétence en matière de propreté de façon à pouvoir satisfaire les attentes de leurs admimistrés .

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      • Saluons tout d’abord les agents de propreté de Plaine Commune qui agisse pour une ville plus propre depuis des années et d’autant plus en ce moment. Les choses ne sont pas aussi simples que vous le présentez en dégradant le service public existant : la saleté vient également des chantiers qui ne respectent pas la ville, des entreprises qui ne respectent pas les habitants. Plaine Communen dont les élus sont au service des habitants, comme les techniciens, a permis et permet des avancées notables dans les compétences pour toutes les villes. Aubervilliers est dans un ensemble qui compte dans la banlieue nord. Il y a encore des combats à mener mais seule dans une métropole soumis aux lois du marché, rien n’est possible, l’intercommunalité est bien un approfondissement de la décentralisation. Il faut que l’Etat donne les moyens aux collectivités.

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        • Ceci est une vision girondine (fédéraliste) de la décentralisation.

          Pourquoi il y a un mille feuille, c’est parce que la vision libérale et les gouvernements successif ont voulu substituer l’Etat, département et communes (la vision jacobine issue de la révolution française) par l’Europe, région, intercommunalité non sans résistance.

          Il y a eu des résistances fortes à cette vision girondine où deux visions se sont enchevetré en déléguant de plus en plus de pouvoirs et de prises de décisions aux institutions telle que les intercommunalités, métropole, les régions et l’Europe.

          La réalité, c’est que ses institutions sont vues comme des institutions technocratiques éloignées de la population et de leurs préoccupations, même si certains essayent d’incarner plus de coopération. Elle pourrait être utile pour être des espaces de coopération sur différents projets communs portés par des Etat ou communes.

          On constate que cette vision a toujours été rejétée par les français.

          Vote contre le 28 mai 1968 sur la réforme du sénat et de la régionalisation.

          Vote contre en 2003 de la modification du statut territorial de la Corse

          Vote contre en 2005 du traité constitutionnelle

          Vote contre en 2013 sur la création de la collectivité d’alsace.

          La question territoriale est une vision importante où les communistes font avec cette organisation bancale.

          Pour ma part, il faudrait revenir à une vision jacobine claire quand aux prises de décisions et de pouvoirs (Etat, département, communes). Il faudrait redispatchant les pouvoirs des intercommunalités (à garder pour les projets communs de coopération) et des régions (à supprimer) pour les redistribuer aux communes et départements tout à l’adaptant à la société actuelle. Aujourd’hui, est ce utile d’avoir des communes de moins de 500 habitants par exemple ? Le contours des département devrait être revu où les bassins de population ne sont plus les mêmes que par le passé.

          Je suis surpris que certains camarades s’illusionnent encore sur ses institutions et ses vertus même si les communistent doivent participer et même gérer ses institutions s’ils en ont la possibilité.

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  • J’ai lu votre commentaire et j’estime que vous vous trompez complètement .
    Mon objectif n’est pas de salir le service public , et ceux qui le servent , loin s’en faut !
    C’est ma déception concernant l’organisation et le fonctionnement de ce service public que devrait être Plaine Commune que je formule .
    L’essence du service public est l’exécution du service dans des conditions qui donnent satisfaction au plus grand nombre d’usagers .
    Pour Plaine Commune cet objectif c’est l’Hymalaya .... à un détail près , atteindre le sommet n’est plus un objectif si toutefois cette ambition a un jour existé .
    Détrompez vous Plaine Commune n’est pas un modèle de décentralisation , bien au contraire .
    La décentralisation ce serait l’exercice de la fonction au plus près des usagers et à leur satisfaction .
    Pour Plaine Commune l’habitant , usager de leurs services n’est pas au cœur de leurs préoccupations .
    Les habitants ne sont pas satisfaits et ils sont résignés .Ils ne parviennent même plus à croire que leurs demandes d’intervention , lorsqu’ils les formulent seront suivies d’effet !
    Regardez les rues , les places : les dépôts d’ordures non ramassés ....
    Comme partout , bien sûr que des entreprises peu scrupuleuses déposent leurs déchets de chantier , bien sûr que de trop nombreux habitants déposent des ordures n’importe où mais c’est la propreté qui engendre la propreté , moins les rues sont nettoyées moins leur " propreté " est respectée .
    Je sais que ce travail est dur et ingrat mais il s’agit là d’une obligation de résultat !
    L’importance des moyens mis en œuvre ne suffit pas à justifier une bonne exécution du service : elle doit être contrôlée .
    Quelle entreprise ne dispose pas de nos jours d’un contrôle qualité ?
    C’est cette exigence que je souhaiterais voir mise en oeuvre pour Plaine Commune .

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    • Ma réponse va sans doute surprendre Annie.

      Je sollicite très souvent AlloAgglo (par téléphone ou par internet) pour des problèmes de déchets, dans ma rue ou dans un autre quartier. Globalement je suis satisfait de leur réactivité. Dernier exemple en date pour ne pas être trop long : J’habite une maison individuelle et ma poubelle de déchets ménagers n’a pas été le lundi ni le mercredi. Le vendredi, elle l’a été. Le jour même, j’ai eu un appel d’un agent de Plaine-Commune me disant être venu vérifier que ma poubelle avait bien été vidée. J’ai bien apprécié cette démarche ; et donc le suivi des problèmes. C’est un exemple, mais j’en ai d’autres où mes signalements sont résolus dans les 48h.

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      • Bonsoir Concombre masqué !
        Vous en avez de la chance !
        J’ai un signalement qui concerne un commerce au RDC de mon immeuble , pas moi personnellement : ce signalement a été enregistré il y a une dizaine de jours et n’a toujours pas reçu de solution . Peut être cette semaine ?
        Je veux bien croire qu’il est plus facile et gratifiant pour Plaine Commune d’intervenir en zone pavillonnaire , hors des grands ensembles .
        Ne pensez pas que je poursuive une vindicte particulière , simplement je constate et votre propos l’illustre que le service public ne s’exerce pas en tous lieux de la même manière ...

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        • En participation aux commentaires concernant cette Tribune publiée :

          ii faut reconnaître que beaucoup de moyens financiers ont été apportés par l’Etat à ce département et particulièrement sur notre Ville .
          Mais ont-ils été bien utilisés dans le sens de l’intêret général ?
          Les problèmes soulevés ont-ils été vraiment résolus ?

          Au quotidien, nombre de citoyens ici se heurtent à la complexité de ce mille-feuille administratif et technocratique auquel notre intercommunalité elle-même est partie prenante , " qui fait quoi, avec qui, , comment... ? " lorsque surgit un problème spécifique : bien souvent la réponse, si réponse il y a , n’est guère satisfaisante ou n’est pas à la hauteur des espérances prévues.

          Après cette période face au covid-19, éprouvant à tout le monde, il y a lieu d’espérer une véritable prise de conscience politique et non politicienne de ce qu’il ne faut plus faire, tel qu’en matière d’urbanisme par exemple , particulièrement des projets ( irréalistes) en attente dans les cartons et non classés à ce jour.
          Ceci pour l’avenir prochain d’Aubervilliers qui collectionne tous les handicaps possibles accumulés compte tenu , à l’évidence, de sa trop forte densité de populations .
          Ainsi ce grief récurrent concernant la mal propreté des quartiers liée à l’incivisme réel existant auxquels les services de Plaine Commune sont confrontés en permanence en dépit de leurs interventions .
          Soit la quadrature du cercle en quelque sorte .

          Oui à une véritable décentralisation du territoire menée par des acteurs compétents et sans aucune idéiologie partisane .
          Mais ce débat-là dépasse les citoyens de bonne volonté que nous sommes .

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        • Je précise que je n’habite pas en zone pavillonnaire.

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          • Je crois que tout le monde s’accorde à revoir la politique de propreté au niveau de Plaine commune.

            L’élu de Modem (Macroniste) Denis Redon est en charge de cette délégation.

            Il me semble que cette délégation qui a le plus gros budget avec le plus grand nombre d’agents qui ont été en première ligne face à l’épidémie mériterait une réelle vision, un véritable projet et une plus grande ambition ainsi qu’une vice présidence à Plaine commune et un élu moins technocratique et plus proche des préoccupations de la population.

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