Aubervilliers. La résistance s’accroche aux branches

un article de Adrien Louis, publié dans l’Humanité du lundi 29 Juillet 2019

lundi 29 juillet 2019

Un projet du Grand Paris Express menace le square de la Maladrerie, à Aubervilliers : un puits de ventilation doit rafler 85 arbres trentenaires

Au cœur d’Aubervilliers, comme rescapé du bitume, se trouve un petit îlot de verdure : le square de la Maladrerie, où 85 arbres trentenaires s’élancent fièrement, bravant la menace qui pèse sur eux… Car la Société du Grand Paris (SGP) aimerait les voir abattus pour planter, à leur place, un puits de ventilation pour la future ligne 15 qui reliera Saint-Denis-Pleyel à Champigny. Une voirie pour l’évacuation des gravats par les camions devra aussi être aménagée, soit, en tout, 4 000 m2 de chantier. L’ouverture est prévue en 2030… Mais les habitants, eux, ne sont pas de cet avis. Ils entendent bien sauver leurs acacias, tilleuls et érables.

« On est prêts à s’attacher aux arbres ! » Déterminé, Gilles Jacquemot, vice-président de l’association Jardins à tous les étages, annonce la couleur… Lui et sa compagne, Katherine Fiumani, deux architectes engagés de la Maladrerie, sont en première ligne dans ce combat contre la SGP. Dans leur métier, ils ont toujours déclaré la guerre au béton. « Chaque centimètre gagné sur le minéral, c’est une victoire », scande Katherine. Car la Maladrerie, quartier qui abrite le square, n’est pas un lieu comme les autres : créé dans les années 1970, ce quartier prioritaire détient le label « Architecture contemporaine remarquable », décerné par le ministère de la Culture.

Ici, l’architecture découpée et tranchante évolue avec la nature, le béton brut accueille des arbres, les terrasses lovent de splendides jardins… On croirait un lieu exotique, utopique. Et les habitants en sont fiers : « On sent que l’on a une identité architecturale et urbaine, ça nous rassemble, ça nous mobilise », confie Katherine, des étoiles dans les yeux. C’est aussi un coin de respiration, de fraîcheur. Pour preuve l’archi-militante, dans son agence, brandit une carte thermographique sur laquelle on peut voir, cernée de rouge, une tache verte… C’est la Maladrerie. « Et pourtant, ce sont 850 logements », souligne Katherine, alors que les autres halos verts qui parsèment la carte ne sont que des parcs.

Des solutions existent pour préserver leurs arbres

Mais le véritable noyau vert du quartier, c’est le square, où se trouvent les arbres menacés. Ces 85 flèches absorbent la pollution et offrent un coin d’ombre. La terre, elle, éponge l’eau. « On va perdre 60 % d’espace en terre, c’est le minéral qui gagne, là ! » s’exclame Katherine. Pour un arbre abattu, la SGP s’engage à en replanter trois après les travaux… Mais les deux architectes sont sceptiques. Ils craignent que ces promesses ne soient jamais tenues. Ou dans trop longtemps… Ils préfèrent conserver les arbres qui existent déjà, d’autant que les résidents d’Aubervilliers en ont besoin : ici, un habitant a seulement 1 m2 d’espace vert. La norme reconnue par l’OMS est de 20 m2 par habitant…

D’après Katherine et Gilles, des solutions existent pour préserver leurs arbres. Ils proposent de creuser le puits à quelques mètres seulement, dans une friche abandonnée et polluée. Cela nécessiterait de resserrer légèrement la courbure de la ligne 15… Impossible, selon la SGP. « Qu’ils nous le prouvent », rétorque Gilles. Selon lui, l’association Jardins à tous les étages se heurte à la mauvaise foi de ceux qu’il appelle des « technocrates » : « Quand ils ont décidé, ils ont décidé. Ce sont des maîtres absolus ! » Anthony Daguet, premier adjoint au maire, est du même avis : « On n’a pas l’impression qu’ils étudient sérieusement l’alternative », car cette friche est sur un terrain privé et il faudrait que la SGP le rachète… pour une modique somme, d’après les deux hommes.

Petit à petit, les habitants se sont engagés, car toucher au square, c’est toucher à l’identité du quartier. Ce sont eux qui ont joué le rôle d’alerte pour sauver cet espace de rencontre, de convivialité, où l’on vient de tout Aubervilliers, se félicite l’adjoint au maire. En lieu et place du futur puits, se tient actuellement un bar improvisé, avec, sur sa devanture, une pancarte : « Aux 3 bosses ». Le nom rappelle les trois monticules de terre sur lesquels les arbres sont plantés.

Cette cabane a été érigée là par celui que le quartier surnomme Babar, un homme rayonnant et bien connu ici : c’est le grand cœur de la Maladrerie. Il s’investit corps et âme pour égayer « notre quartier abandonné », comme il l’appelle. « On ne sait pas ce qu’on va devenir si les arbres sont abattus », s’attriste-t-il. Alors, il informe les riverains, les jeunes particulièrement, car beaucoup n’ont pas connaissance du projet. « Maintenant, tout le monde est opposé », « ils sont prêts à venir »… « Et si je vois un engin, ça part en révolution ! » ajoute-t-il, un sourire aux lèvres. Sur un terrain qu’il a construit lui-même, avec sa pioche, il compte organiser un tournoi de pétanque. L’occasion d’échanger avec les riverains sur le projet qui les menace.

Les enfants ont réalisé des dessins contre les bulldozers

Chacun s’empare de la cause à sa manière. Une pétition (sur change.org) a été lancée par les habitants et associations du quartier. La maire communiste, Meriem Derkaoui, est un soutien précieux pour l’initiative : elle a rendu un arrêté municipal qui « fait gagner du temps », selon Katherine. Les enfants aussi résistent : sur les arbres menacés, ils ont accroché leurs dessins, comme des amulettes contre les bulldozers. Pour eux, le lieu est un refuge, car, en sortant du centre de loisirs installé à côté du square, ils peuvent jouer entre les arbres ou dans le city stade ombragé, plutôt que sur le bitume. D’autres habitants ont prévu de réaliser un court métrage qui se déroulera sur le terrain convoité.

« Dès qu’un engin arrive, les riverains nous appellent, ils sont sur le pied de guerre ! » prévient Katherine… Les « technocrates » n’ont qu’à bien se tenir…

14 Messages

  • Avancées Le 2 août à 15:09, par André Narritsens

    Après les articles parus dans Les Nouvelles d’Aubervilliers, Le Parisien, L’Humanité, France Bleue, FR3 rencontre Jardins à Tous les Étages ce samedi 3 août à 11 heures sur le territoire du Square.

    Esperons un bon rendu télévisuel.

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    • Modestie Le 3 août à 10:19, par Quand tu nous tiens

      André Narritsens est trop modeste. En plus des articles de l’Humanité, du Parisien et des nouvelles d’Auber, il convient de citer le remarquable article du site PCF Aubervilliers et le non moins remarquable débat qu’il a suscité. Car l’arbre est devenu à Aubervilliers l’enjeu de la prochaine élection municipale. Il y a l’arbre qu’on détruit parce qu’il pue, le ginko biloba, il y a l’arbre qu’il ne faut pas abattre même si on en replante trois et qu’on retardé les travaux de la ligne 15, il y a enfin l’arbre qu’on doit protéger même s’il n’est pas planté, l’accès pompier de la boulangerie industrielle.

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      • Suggestion Le 3 août à 11:03, par André Narritsens

        Il serait bien que « Qui nous tiens » organise un débat à la Maladrerie.

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        • Suggestion Le 3 août à 19:25

          Il a raison Narritsens sa suggestion d’organiser un débat est une bonne idée. D’ailleurs c’est bien connu il a toujours raison ! Dommage qu’il n’ait pas pensé à faire cette suggestion aux élus et aux riverains de la rue de la Commune de Paris au moment où la municipalité a fait couper manu- militari les Ginkgo Biloba sans aucune discussion ni consultation.

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    • Avancées Le 4 août à 19:25, par En manque d’infos

      Alors monsieur Narritsens pas de compte-rendu du reportage de FR 3 sur la sauvegarde des arbres du square de la Maladrerie ?

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      • ça brule en silence Le 4 août à 19:41, par Pimpon

        Cinq voitures brulées rue Charles Tillon la semaine dernière. Pas d’info, pas de communiqué, silence radio. Ça brule en silence, c’est les vacances ?

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        • Compteur Linky : Rien n’a changé Le 5 août à 11:24, par De la com rien que de la com

          Ici le communiqué du Président de l’OPH d’Aubervilliers à propos de l’installation des compteurs électriques "Linky".

          Cher.e.s locataires,

          La société Enedis (ex-ERDF) procède actuellement au renouvellement des compteurs électriques par des nouveaux, dits intelligents.

          Ces compteurs, appelés « Linky », ont la particularité de communiquer en direct la consommation électrique du foyer.

          Cette nouvelle technologie fait aujourd’hui débat dans notre société, notamment à cause des signaux émis par les antennes relais.

          A ce jour, sans le recul nécessaire pour connaitre le véritable impact provoqué par ces ondes et face aux différentes réserves formulées sur « Linky », notamment de la part de la Cour des Comptes dans son dernier rapport, l’Office Public d’Habitat d’Aubervilliers rappelle à l’ensemble de ses locataires que suite à l’arrêté municipal pris le 23 mai 2018, ces nouveaux compteurs ne peuvent être installés sans leur accord.

          Il n’est pas acceptable que les locataires se voient imposer cela. C’est à vous de décider, à partir d’éléments concrets, si ce nouvel équipement est utile ou s’il comporte un caractère intrusif voire nuisible.

          Par ailleurs, je demande à ce qu’une rencontre soit rapidement organisée entre ENEDIS, l’OPH d’Aubervilliers et des représentants de locataires afin de connaitre dans le détail ce à quoi nous sommes exposés. Dans l’attente de ce rendez-vous, ENEDIS doit arrêter l’installation de compteurs sur notre patrimoine.

          Il en va de même pour la mise en place potentielle des compteurs « Gazpar » par GRDF.

          Vous pouvez compter sur ma vigilance sur ces dossiers.

          Merci pour votre attention.

          Anthony DAGUET
          Président de l’OPH d’Aubervilliers


          Ça date du mois de mai. On aimerait savoir qu’elle suite a été donnée a ce communiqué du président de l’oph. La rencontre exigée avec ENEDIS a t-elle eu lieu et qu’elles en sont les conclusions ? A Aubervilliers il y a trop de com sans suite !

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      • FR3 Le 5 août à 14:28, par Michelle HUREL

        Le reportage a été annulé, l’équipe de FR3 ayant prévenu samedi qu’elle ne pourrait être présente. La rencontre est donc repoussée en septembre.
        Dommage car il y avait pas mal de monde. Il faudra qu’en septembre il y en ait encore plus...
        Michelle Hurel.

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      • Info plus Le 5 août à 14:45, par Anne

        Merci à Michelle Hurel d’avoir cloué le bec au harceleur grincheux et impitoyable qui ne s’etait pas déplacé samedi.

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        • Info plus Le 5 août à 16:40, par En manque d’infos

          @En manque d’infos n’est pas du tout un harceleur grincheux impitoyable mais juste un vacancier absent d’Aubervilliers qui vient aux nouvelles et qui est en accord total avec l’action menée pour préserver ce lieu de vie agréable de la Maladrerie. Anne Narritsens a tort de voir des ennemis derrière chaque commentaire qui a échappé à son contrôle. En tout cas grand merci à madame Hurel qui a l’intelligence de répondre sans polémique et de contribuer à informer celles et ceux qui, pour diverses raisons, ne peuvent être présents.

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  • Aubervilliers. La résistance s’accroche aux branches Le 9 août à 15:06, par Y’a pas qu’aux branches que la résistance s’accroche !

    Entre André Narritsens et des internautes qui veulent systématiquement couper court à tout débat et imposer la ligne sans tolérance aucune des opinions des autres, reconnaissons qu’on est mal barrés et qu’il y a une page à tourner à Aubervilliers.

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  • Aubervilliers. La résistance s’accroche aux branches Le 21 août à 16:37, par Julien Mala

    Il est vrai que la médiatisation contre la suppression de ce coin de verdure fait du bien. Mais deux remarques :
    - Pas un mot sur la supression de la cabane de l’association Aux 3 Bosses tant valorisée par le premier adjoint. En effet c’était un lieu de rencontres et convivial, mais personne ne s’en émeut. Que fait JTE.
    - la photo qui accompagne cet article n’a rien à voir avec le lieu évoqué. Le bassin n’est pas les 3 bosses.

    Et pour finir un coup de chapeau à Babar qui s’est bien battu pour rassembler le quartier et au-delà dans la convivialité et le respect de tous.
    Chapeau Babar.
    Maintenant il faut surveiller le terrain de pétanque.

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