Assemblée nationale. La majorité refuse de rétablir l’ISF et d’augmenter le Smic

Un article d’Aurélien Soucheyre paru dans l’Humanité du vendredi 8 mars 2019

vendredi 8 mars 2019

Les députés communistes ont défendu des revendications portées par les gilets jaunes et plébiscitées par une majorité de Français, jeudi, alors que l’ordre du jour leur était réservé au Palais-Bourbon. La Macronie les a renvoyés dans les cordes.

Rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et augmenter le Smic ? Certainement pas.

Ces deux propositions déposées par les députés PCF ont été balayées d’un revers de main, jeudi, à l’Assemblée nationale.

C’est que le retour de l’ISF constituerait « un frein pour nos entreprises », selon la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher, en nuisant à l’accumulation de capital, et donc à l’investissement et à l’emploi. L’ISF serait même « de nature à refroidir les plus grands et riches amoureux de la France », a argumenté la députée LaREM Cendra Motin. « Les mythes ont la vie dure en matière de fiscalité.

Pour justifier l’injustifiable, vous avez inventé que l’ISF ferait fuir les riches. Mais aucune évaluation ne le prouve ! » a martelé Jean-Paul Dufrègne. L’élu PCF a eu beau rappeler que « les inégalités de patrimoine sont les plus importantes et les plus structurantes » en France, puisque celui des plus riches est « 180 fois plus important que celui des dix pour cent les plus modestes », rien n’y a fait. Le rappel que la suppression de l’ISF a bénéficié aux 150 000 ménages les plus aisés, soit 0,5 % d’entre eux, au moment où la France se serrait la ceinture n’a pas non plus ému la majorité macroniste.

(...) C’est pourtant le président de la République, Emmanuel Macron, qui a lui-même estimé que le rétablissement de l’ISF était hors sujet dans sa lettre aux Français, quand bien même les gilets jaunes et 77 % des citoyens du pays le réclament. « Il y a un paradoxe à proposer une augmentation des impôts au moment où les Français ont exprimé un ras-le-bol fiscal », a enfin asséné le gouvernement. Drôle de façon de contrer le retour de l’ISF et la volonté du PCF de renforcer la progressivité de l’impôt sur le revenu. L’objectif était de passer de cinq à neuf tranches, pour « moins faire payer les couches populaires et les classes moyennes, et plus faire payer les gros et très gros revenus ». Il n’a pas été retenu.

La hausse du Smic a elle aussi été envoyée au tapis.

Si la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a reconnu que « les revenus tirés du travail ne permettent pas à tous de faire face aux dépenses du quotidien », elle a dans la foulée affirmé qu’une hausse « forte et soudaine » du Smic aurait « des effets négatifs sur l’emploi et la compétitivité des entreprises ». Aucune étude ne le prouve, a répondu Stéphane Peu, en s’appuyant sur les travaux de l’OFCE. L’élu PCF a ajouté que cette hausse du Smic était prévue en trois fois, pour atteindre les 1 800 euros brut (soit 1 400 euros net) au 1er janvier 2022. « France Stratégie dit que le Cice est un échec. Votre cabinet l’a confirmé. Il a coûté 111 milliards d’euros en cumulé pour 100 000 emplois créés ou préservés », a-t-il détaillé. Puis il a proposé d’éteindre progressivement ce dispositif pour allouer 10 milliards d’euros par an au soutien des PME et TPE, afin que la hausse du Smic ne les fragilise pas. Mieux, selon l’élu, augmenter le salaire minimum permettra d’augmenter tous les salaires, ce qui alimentera la consommation des ménages pour devenir « le principal levier de relance de l’activité économique du pays ». Un bon investissement, « qui ne partirait ni dans la finance, ni dans les paradis fiscaux », et viendrait renforcer le financement de la Sécurité sociale, a-t-il exposé. Sans être entendu.