Comment éradiquer l’habitat insalubre

Un article de Soizig Nedelec, Maire-adjointe au logement, paru dans l’Humanité du 20 février 2019

mercredi 20 février 2019

Le logement est une préoccupation majeure des habitants en région parisienne. On dénombre pas moins de 720 000 demandeurs de logement. Ce chiffre est un point de départ pour comprendre le marché ouvert à l’habitat insalubre.

La tension engendrée par cette offre insuffisante pousse des milliers de personnes dans les bras de propriétaires peu scrupuleux. Ce n’est pas un mal qui concerne les plus pauvres. Ce phénomène touche l’ensemble du monde salarié. Je le constate régulièrement auprès des habitant.e.s d’Aubervilliers.

En effet, c’est dans nos territoires populaires que la paupérisation et la précarisation des conditions de vie aiguisent les appétits des mal nommés « marchands de sommeil ». La dérégulation du marché de l’immobilier, les baisses de moyens aux collectivités leur donnent d’autant plus d’espaces pour prospérer. Plusieurs mesures sont à prendre pour inverser la tendance que nous avons rappelée avec plusieurs homologues maires d’Île-de-France dans l’appel d’Aubervilliers pour faire primer le droit au logement sur la loi du marché.

À l’échelle de notre ville mais aussi du territoire de Plaine Commune, nous agissons avec les outils qui sont les nôtres pour éradiquer ce fléau. Choix de la municipalité, nous avons dans un premier temps un service d’hygiène et de santé. De plus, nous avons renforcé nos moyens juridiques face aux propriétaires indélicats et aussi face aux marchands de sommeil. Nous avons mis en place le permis de louer cette année afin de dissuader et sanctionner les marchands de sommeil le plus rapidement possible sur le périmètre de notre ville le plus touché. Nous avons établi un protocole de la lutte contre l’habitat indigne avec l’État qui permet de mieux identifier l’habitat indigne et surtout le relogement des familles qui en sont victimes.

Nous mettons en place au niveau du territoire des programmes de prévention envers les copropriétés afin que les plus fragiles d’entre elles puissent obtenir un accompagnement de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Nous informons les copropriétaires sur leurs droits chaque année à travers le forum de la copropriété et aussi grâce à la maison du droit et de la justice.

Si nous plaçons cet enjeu au centre de notre action, l’habitat indigne doit devenir une cause nationale. Rien que pour Aubervilliers, c’est environ 500 millions qu’il faudrait pour résorber l’habitat indigne identifié sur la ville !

Il faut pour cela réhabiliter le logement public. Un moratoire sur les ventes de logements sociaux, permis par la loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan), est indispensable pour éviter les copropriétés dégradées de demain. Pour la seconde année consécutive, les chiffres de production de logements sociaux sont en baisse. Il faut inverser la tendance et vite. La loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU) doit être renforcée car ces constructions doivent avant tout avoir lieu là où le déficit de logements sociaux est le plus criant. Les maires de droite, très présents lors de la rencontre des maires avec Emmanuel Macron à Évry le 4 février dernier, demandent au contraire encore plus de souplesse… Voilà le cœur d’un affrontement idéologique. Il faut profiter du second programme de rénovation urbaine, dit Anru 2, pour inscrire ces ambitions.

Enfin, l’habitat privé doit être davantage encadré. C’est le cœur de l’habitat insalubre. Le permis de louer ainsi que l’encadrement des loyers devraient être généralisés pour ne pas laisser prospérer des pratiques prédatrices. Si des sanctions plus fermes doivent être prises contre ces individus qui surfent sur la vulnérabilité des gens, il faut avant tout assécher le terreau sur lequel ces pratiques prospèrent.

Au fond, l’habitat insalubre est le symptôme d’une économie dérégulée qui laisse l’espace aux comportements prédateurs et à l’économie informelle.

Répondre à cet article