Accueil des migrants : Le serment du 104

mardi 30 octobre 2018

article de Gégory Marin paru dans l’Humanité le 29 octobre 2018

Plus de 1 000 personnes, citoyens, représentants d’associations, militants politiques et personnalités ont investi jeudi soir le Centquatre, à Paris, en solidarité avec les migrants, à l’initiative d’une dizaine de titres de presse (1). Après le succès du Manifeste pour l’accueil des migrants (plus de 50 000 signatures), la salle de 400 places n’a pas suffi. Il y a eu le serment du Jeu de paume en 1789, le Serment du rassemblement populaire de 1935, rappelait l’historien Roger Martelli, l’un des organisateurs de la soirée : « Désormais, il y aura le Serment du Centquatre sur la question des migrations. »

Les organisateurs veulent endosser « la responsabilité de poursuivre le travail d’éveil et de réveil des consciences » en continuant de « rendre compte de la réalité des maltraitances » faites aux migrants, comme « des initiatives généreuses et courageuses des associations, des maires et des personnes qui portent secours et accueillent ». Mais ce « serment » n’est pas qu’une promesse de vigilance citoyenne et médiatique. Il s’adresse aux responsables politiques : « Nous leur demandons de s’engager pour que cessent l’aveuglement politique, l’indifférence et surtout la banalisation des idées et des politiques de rejet », écrivent ses signataires. Le premier pas est fait : jeudi, ils ont déjà rassemblé « la gauche », selon Roger Martelli.

Considérant que l’humanité n’est pas assignée à résidence et qu’il n’y a pas de crise migratoire mais une crise de l’accueil ; considérant que toute concession aux idéologies de rejet des étrangers et aux politiques de préférence nationale nourrit les peurs et fait le lit de la haine, au lieu de faire reculer les ombres qui menacent ; considérant que, de même qu’hier un peuple qui en opprimait un autre ne pouvait être libre, aujourd’hui un peuple ne sachant pas être au rendez-vous des solidarités avec l’humanité ne saura plus les défendre pour lui-même ; considérant que toute dérobade au devoir d’hospitalité ouvre la voie à la remise en cause de l’égalité des droits, fondement premier d’une politique démocratique, au plus grand bénéfice de l’autoritarisme et du fascisme qui grandissent.

Les médias initiateurs du manifeste « Pour l’accueil des migrants » demandent aux élus locaux, nationaux et européens, à tous les responsables politiques qui entendent solliciter les soutiens et les suffrages des citoyennes et citoyens pour pouvoir agir et gouverner de faire le serment d’accueillir les migrants.

C’est-à-dire :

Le serment de s’engager à respecter les droits fondamentaux de tout être humain à quitter tout pays, y compris le sien, à y revenir et à circuler librement à l’intérieur d’un État, tels qu’ils sont énoncés par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le serment de promouvoir un accueil digne de tous les nouveaux arrivants, de leur assurer les droits civils, sociaux et politiques qui leur sont dus, avec des dispositifs publics assurant la prise en charge des personnes les plus vulnérables et l’information complète de tous les migrants sur leurs droits.

Le serment de garantir le respect effectif du droit d’asile des personnes menacées de persécution, avec l’élargissement des critères ouvrant droit au statut de réfugié afin de prendre en compte les causes variées de l’exil forcé.

Le serment de refuser toute discrimination liée à l’origine, à la culture, à l’apparence ou à la croyance, tout comme au sexe et au genre.

Le serment de faire en sorte que le pays où furent proclamés sans frontières les droits de l’homme et du citoyen ne soit pas celui de sa seule déclaration, mais celui qui leur donne vie et réalité, par une politique volontaire et exemplaire.

Paris, le 25 octobre 2018

(1) Politis, Mediapart, Regards, Bastamag, l’Humanité, Alternatives économiques, le Bondy Blog, Là-bas si j’y suis, la Marseillaise, Siné Mensuel et le Courrier des Balkans

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